High-tech : L’essor des centres de données IA déclenche une contestation mondiale

L'essor de l'intelligence artificielle générative provoque une contestation mondiale contre les centres de données, accusés de consommer autant d'énergie que des villes entières et d'aggraver le stress hydrique dans des régions déjà fragilisées.
Aux États-Unis, l'opposition a dégénéré en violences ciblant des dirigeants technologiques, tandis qu'en Inde, en Espagne et au Japon, des riverains et agriculteurs dénoncent accaparement des terres et nuisances environnementales.
Face à cette pression, plusieurs gouvernements réagissent : New York et Amsterdam ont décrété des moratoires, le Danemark dé-priorise leur raccordement électrique, et l'Australie prépare une loi les obligeant à réinjecter plus d'énergie qu'ils n'en consomment.
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El Watan
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Alors que l’essor de l’intelligence artificielle générative accélère la course mondiale aux centres de données, ces infrastructures soulèvent de plus en plus de critiques. Leur multiplication alimente une bataille entre ambitions technologiques et préoccupations environnementales.
Face au développement rapide des outils d’intelligence artificielle (IA) générative, de nombreux pays cherchent à construire de nouveaux centres de données, infrastructures indispensables à leur fonctionnement mais aussi très gourmandes en énergie, suscitant une opposition croissante d’associations et de riverains.
Ces immenses bâtiments, qui abritent des machines informatiques très consommatrices en électricité et en eau, provoquent régulièrement des débats autour de leur installation, au point qu’une association américaine avait appelé à manifester dans tout le pays samedi 18 juillet.
Des centres qui avalent autant d’énergie qu’une ville
Les opposants aux centres de données contestent principalement la pression qu’exercent ces immenses installations sur le foncier, ainsi que leur consommation en eau et en électricité.
Dans certains pays, des habitants dénoncent des expulsions liées à la construction d’infrastructures technologiques. En Inde, des agriculteurs de l’État de l’Andhra Pradesh (sud-est) affirment ainsi avoir été contraints de céder leurs terres, comme l’a rapporté en avril le site d’actualités Rest of World. Les centres de données équipés des puces informatiques les plus récentes peuvent consommer autant d’énergie qu’une ville. Dans une analyse publiée en septembre 2025, Bloomberg News révélait que le prix de gros de l’électricité était jusqu’à 267% plus élevé dans les régions des États-Unis où les centres de données étaient fortement concentrés.
Les turbines à gaz sur un site situé à Memphis de xAI, société d’IA d’Elon Musk, ont elles fait l’objet de plaintes. En avril, l’association américaine de défense des droits des Noirs (NAACP) a intenté une action en justice, alléguant que les polluants émis par ces turbines nuisaient principalement aux quartiers où résident des personnes noires. Les centres de données ont également besoin d’être refroidis, principalement à l’aide d’eau. Même si la quantité totale d’eau utilisée reste faible (environ 0,3% de l’approvisionnement total aux États-Unis en 2023, selon le magazine spécialisé IEEE Spectrum), de nombreux centres sont construits dans des régions déjà confrontées à un stress hydrique important. L’association américaine Humans First avait appelé samedi 18 juillet à une journée nationale de protestation contre «la multiplication incontrôlée des centres de données», après des mois d’opposition croissante à travers les États-Unis. En parallèle, le groupe de recherche en sécurité et renseignement The Soufan Group a indiqué en mai observer aux États-Unis «une hausse des menaces directes visant des personnes perçues comme faisant progresser la technologie de l’IA». Deux incidents majeurs ont eu lieu cette année : une attaque au cocktail Molotov contre la maison de Sam Altman, le patron d’OpenAI, l’entreprise à l’origine de ChatGPT, et une attaque à main armée contre le domicile d’un homme politique d’Indianapolis, où a été laissée une note disant «No Data Centers» («Pas de centres de données» en français).
En Europe, des projets de centres de données sont contestés dans plusieurs pays, sur fond de préoccupations environnementales ou de soupçons de favoritisme des autorités, comme en témoigne le recours contre la construction par Amazon de plusieurs centres de données dans la région d’Aragon, en Espagne. Au Japon, pays à forte densité de population, le manque d’espace conduit à la planification de projets au cœur ou à proximité de quartiers résidentiels, ce qui a donné lieu à des actions en justice de la part de riverains, notamment contre un projet de nouveau centre de données à Inzai, ville-dortoir de Tokyo qui compte déjà dix installations de ce type.
Comment ont réagi les gouvernements ?
En Australie, le Premier ministre Anthony Albanese a l’intention de légiférer afin d’obliger les centres de données à réinjecter dans le réseau électrique plus d’électricité qu’ils n’en consomment et à réduire leur consommation d’eau.
Mardi, l’État de New York a annoncé un moratoire d’un an sur les nouveaux projets de grands centres de données, invoquant lui aussi la consommation excessive d’eau et d’électricité. Une première pour un Etat américain. En Europe, Amsterdam a imposé un moratoire sur la construction de nouveaux centres de données en raison de préoccupations liées à l’espace et à l’approvisionnement en électricité. Le Danemark a lui placé les centres de données en bas de sa liste des priorités en matière d’accès à l’électricité, redoutant une surcharge de son réseau électrique.
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