Approche d’étude psychologique de ces« fanfarons » du volant !

Par Mammar Bouchakour•7 min de lecture
Brifa
Approche d’étude psychologique de ces« fanfarons » du volant !
Résumé IA

Un neurochirurgien oranais analyse les comportements agressifs au volant comme le symptôme d'une violence devenue norme sociétale, contrastant avec le respect et la civilité des décennies passées.

L'« effet bulle » transforme l'habitacle en espace d'anonymat et d'impunité où le conducteur désinhibé exprime sa colère refoulée, l'arrogance s'amplifiant avec le prestige du véhicule.

Psychologiquement, cette domination masque un complexe d'infériorité et un manque d'estime de soi compensés par le mépris des règles et l'étalage ostentatoire de signes de richesse.

L'auteur préconise une répression immédiate et sévère dès la moindre infraction pour créer un électrochoc préventif avant que ces comportements ne deviennent une seconde nature dévastatrice.

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Le Quotidien d'Oran

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Qui d’entre nous n’a pas été, pendant qu’il était au volant de son véhicule, dans une situation cocasse et très inconfortable de se faire agresser, verbalement ou physiquement, par un autre usager de la route qu’il soit chauffeur de bus, de camion ou de voiture, motocycliste, utilisateur de trottinette électrique ou même piétons et ceci en total irrespect du code de la route ni même des règles élémentaires d’éducation ou de civisme ?

Sachant, aussi, que les accidents de la circulation sont dus à plus de 90% par le « facteur humain », il m’est paru intéressant cette fois ci de m’attarder un peu sur la chose en essayant de décortiquer le pourquoi du comment de ces comportements que l’on peut qualifier de criminels de certaines personnes surtout quand elles sont au volant d’un véhicule souvent utilisé comme un jouet ou comme une véritable arme mettant en danger la vie d’autrui !

Je me suis dit qu’au vu des changements de comportement de certains par rapport à ceux des années 60, 70, le bon vieux temps pour notre génération, où régnait le respect des gens et des ainés, des lois, ou prévalait la bonne éducation, l’entre-aide, la solidarité, l’honneur, la politesse, le bonheur aussi même si on été pauvres ainsi que les normes comportementales inculqués par nos parents, étaient naturels au sein de notre société. Il est important de rappeler, aussi, qu’à l’époque, l’Etat « éduquait » les gens, il était interdit de marcher sur la chaussée ou de traverser en dehors des « passages cloutés » (passages piétons actuellement !) sous peine de se faire rappeler à l’ordre par des agents, il était interdit d’étendre son linge sur les balcons des façades des immeubles sous peine de se faire verbaliser aussi, par ex. Alors est-ce -que la violence est en train de devenir actuellement une norme sociétale, du moins a ce que je vois régulièrement, à Oran c’est-à-dire un grand pôle urbain ?

J’ai décidé de me pencher sur la question et voir quelles sont les causes qui sont à l’origine de ces différents comportements agressifs pour ne pas dire primitifs. La première explication, me semble-t-il, consiste en l’« effet bulle » que procure le fait d’être dans un espace personnel,« à défendre coute que coute », procurant une impression de puissance-impunité qui augmente avec la marque et la gamme du véhicule ; plus la marque est prestigieuse, donc plus chère, plus l’arrogance, sous tendue par une sensation d’appartenir à une « caste sociale privilégiée », sera amplifiée et étalée au grand jour !

L’« effet-bulle » est une sorte de phénomène psychologique où l’habitacle du véhicule représente un espace de repli, de protection et d’anonymat derrière les vitres dans lequel le conducteur, ou conductrice, désinhibé se sent permis de tout faire, pour lâcher tous ses accès de colère enfouie en lui , ou en elle, par les insultes, les coups de klaxons, les gestes parfois obscènes qui lui sont plus faciles de les exprimer dans cet « intérieur protégé » que lors d’une confrontation directe face à face où les choses seraient, probablement, différentes !

Pour d’autres, certains peuvent trouver dans cet espace une forme de « sas de décompression » après une longue et dure journée de travail pour souffler un peu et faire le vide avant de rentrer chez eux !

Si en plus de cela vous y ajoutez la drogue qui sévit au sein de notre société, l’alcool et l’inconscience qui s’y associe, l’absence d’éducation, l’immoralité et les différents complexes psychologiques existants chez une partie des gens on ne peut que se poser des questions quand nous constatons presque tous les jours des conducteurs et conductrices, « bruler un feu rouge » ou emprunter un « sens interdit » normalement sans froncer les sourcils!

A notre époque celui qui le faisait était comparé à un criminel et ne pas respecter un feu rouge était l’équivalent de tuer quelqu’un volontairement alors personne n’osait le faire encore moins y penser éducation et conscience obligent !

Que doivent ressentir ces personnes ou bien est-ce leur nature d’arrogance qui les habite ?

Psychologiquement parlant, la posture de domination qu’adopte l’arrogant en général représente en fait un mécanisme de défense contre un complexe d’infériorité, un manque d’estime et de confiance de soi, une peur de voir sa propre vulnérabilité exposée au grand jour en monopolisant la parole et rejetant les opinions différentes, qu’il compense par le mépris, le rejet des codes qui régissent la société, le manque de sociabilité et d’empathie ainsi que de l’usurpation de pouvoir en pensant rabaisser les autres par l’étalage de manière ostentatoire de leur bien de luxe et leurs vêtements griffés par exemple !

L’arrogant est celui qui est impudent, effronté qui ne ressent aucune gêne dans ses attitudes, c’est l’insolent qui manque de respect de manière provocante et agressive, c’est le dédaigneux celui qui regarde les gens de haut, le hautain celui qui traite les gens avec mépris en se sentant supérieur et bien entendu le prétentieux, celui qui traite les autres avec dédain !

On peut l’être aussi par l’étalement de ses biceps et ses pectoraux, par un langage vulgaire et agressif comme le font certains « voyous » de la route souvent jeunes sans moralité qui utilisent la brutalité primitive dans leurs propos et leurs actes, l’intimidation, l’obscénité, la contrainte en utilisant leur véhicule ou leur bus comme un « bélier » parfois, terrorisant les bons conducteurs …

C’est sous cet aspect différent que j’ai voulu traiter une des causes majeures de toutes les incivilités et comportements délictueux de certains conducteurs, que nous qualifions de « facteur humain » dans les communications scientifiques, que nous observons malheureusement sur nos routes et dont certaines sont à l’origine d’accidents de la circulation avec toute la morbi-mortalité qui s’en suit et endeuille de nombreuses familles algériennes. J’ai sciemment zappé le coté état des routes, augmentation du parc automobile, « épaves » qui continuent à rouler, congestion de la circulation, excès de vitesse, alcool, drogues..que je laisse aux spécialistes de la circulation routière.

Je ne prétends pas avoir cerné l’ensemble de la problématique mais je pense qu’il pourrait s’agir d’un point de vue qui permettrait de mieux comprendre et donc mieux traiter en amont, c’est-à-dire à la moindre infraction aussi minime soit-elle dans les agglomérations afin de créer chez les conducteurs un électrochoc en sévissant plus et plus fort si possible avant qu’elle ne devienne une habitude et une seconde nature plus dévastatrice !

Cette situation d’insécurité routière réelle et psychologique dans nos villes et l’hécatombe sur nos routes doit s’arrêter, ces énergumènes , bien que peu nombreux doivent être rappelés à l’ordre afin qu’ils cessent de pourrir et ne pas mettre en danger la vie des honnêtes conducteurs !

Mieux vaut prévenir que guérir !

*Professeur. Ex Médecin chef de service - Neurochirurgie CHUO Oran. Clinique Ennadjah Oran

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