La chasse au plastique, ou l'art de salir les autres !
Des récupérateurs fouillent les poubelles pour ne prendre que les bouteilles en plastique, laissant le reste éparpillé sur les trottoirs.
Cette pratique transforme les espaces publics en décharges et oblige les agents de propreté à ramasser des déchets déjà ensachés.
L'auteur dénonce un incivisme qui dégrade le cadre de vie et complique le travail des services municipaux.
Les autorités doivent sanctionner ces comportements car l'espace public appartient à tous et non à quelques individus.
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Le Quotidien d'Oran
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Ils préfèrent explorer les profondeurs de nos bacs à ordures, convaincus qu'au fond de chaque sac-poubelle se cache un trésor. Leur expédition commence à l'aube, se poursuit à la nuit tombée et se termine presque toujours de la même manière : un trottoir éventré, des déchets éparpillés et une collectivité qui paie le prix de leur incivisme.
Regardez-les s'affairer avec l'enthousiasme d'un chercheur d'or. Ils plongent tête la première dans les conteneurs, éventrent méthodiquement les sacs et ne s'intéressent qu'aux bouteilles en plastique et aux matériaux revendables.
Le reste ? Il est abandonné sur place, au vu et au su de tout le monde.
Sous couvert de récupération, ils sèment derrière eux un véritable champ de bataille. En moins de deux minutes, un trottoir propre se transforme en décharge à ciel ouvert. Le plus remarquable est sans doute cette étrange prouesse physique : ils trouvent l'énergie nécessaire pour ouvrir, fouiller et disperser des dizaines de kilos de déchets, mais sont soudain frappés d'une paralysie foudroyante dès qu'il s'agit de remettre un sac en place ou de refermer le couvercle du bac.
Le résultat est affligeant. Les habitants doivent slalomer entre des emballages graisseux, des restes alimentaires, des couches usagées et toutes sortes d'immondices répandues sur la voie publique. Ce qui relevait de la collecte des déchets devient un spectacle quotidien de négligence et de laisser-aller.
Les premières victimes de ce désordre sont pourtant les grands oubliés de cette histoire : les agents de propreté. Comme si leur métier n'était pas suffisamment éprouvant, ils doivent désormais ramasser, un à un, les déchets qu'ils avaient pourtant trouvés correctement ensachés quelques heures auparavant. Au lieu de collecter les ordures, ils passent leur temps à réparer les dégâts causés par ceux qui confondent récupération et vandalisme.
Qu'on ne s'y trompe pas : récupérer des matériaux recyclables ne saurait justifier le saccage systématique de l'espace public. Fouiller dans les conteneurs en dispersant leur contenu n'est ni un droit, ni un métier, encore moins une fatalité. Lorsqu'une pratique dégrade le cadre de vie de tous et complique le travail des services publics, elle cesse d'être une simple débrouille pour devenir un véritable problème de civisme, voire un problème de respect de la loi lorsque les réglementations locales l'interdisent.
Une ville propre ne repose pas seulement sur le travail des éboueurs ; elle dépend aussi du comportement de chacun. Il est temps que les autorités fassent respecter les règles et sanctionnent les comportements qui transforment chaque tournée de collecte en opération de nettoyage supplémentaire.
Quant à ceux qui considèrent les trottoirs comme leur centre de tri personnel, qu'ils se souviennent d'une évidence : l'espace public appartient à tout le monde. Le salir pour servir son intérêt particulier n'a rien d'une aventure héroïque ; c'est simplement une démonstration éclatante d'incivisme.