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La première équipe nationale de football algérienne (FLN) : Analyse historique sur sa filiation et son origine

Par R. N.12 min de lecture
La première équipe nationale de football algérienne (FLN) : Analyse historique sur sa filiation et son origine
Résumé IA

L'équipe nationale du FLN trouve ses racines dans les clubs musulmans de la résistance en Algérie colonisée, où ses futurs joueurs ont reçu une formation technique et un éveil patriotique simultanés.

Les trente-six professionnels ayant rejoint Tunis en 1958 provenaient presque tous de clubs algériens comme le MCA, l'USMA, le GCS ou l'OMSE, issus de milieux populaires et peu scolarisés mais bilingues.

Mohamed Allam, commissaire politique et ancien footballeur, a imposé une discipline quasi militaire et une éducation politique rigoureuse à ces jeunes ambassadeurs pour éviter tout impair protocolaire à l'international.

Cette « équipe sans balles ni fusil » est devenue un instrument diplomatique majeur du FLN, rencontrant des sélections de pays souverains malgré l'interdit de la FIFA et tissant des liens avec le Maghreb, le monde arabe et le bloc socialiste.

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Par Youcef Fates (*)

La généalogie de la création de l’équipe nationale de football du FLN a été assez bien documentée par des journalistes et des universitaires sur le plan descriptif de l’événementiel de sa constitution et les nombreuses conséquences médiatiques, politiques et sportives. Cependant, un point important n’a pas été abordé, celui de sa filiation. D’où vient-elle ?

Aussi, cet article essaye de répondre à cette question et tente d’analyser cet aspect historique. Cette équipe nationale n’est pas née du néant, elle n’est pas sans parents. Les liens antérieurs historiques sont importants car ses joueurs ne sont pas une génération spontanée.
Ils sont tout d’abord le produit de la formation et de la continuité du long travail élaboré dans les clubs musulmans de la résistance, même s’il était inconscient et non élaboré.
Il y a aussi des traces du conscient vécu de colonisés. En effet, avant de rejoindre les clubs en France, où ils entament une carrière de professionnels, les jeunes footballeurs ont fait leur début de sociétaires dans les clubs insoumis, les clubs musulmans en Algérie où beaucoup ont reçu non seulement une formation technique mais aussi une éducation et un éveil au patriotisme. Pour leur cas, on peut donc dire : apprentissages techniques sportifs, et apprentissages politiques et idéologiques se faisaient simultanément. Ce passage par l’Algérie colonisée a donc laissé des traces et les a marqués. Il en a fait des patriotes exilés.
Sur les trente-six joueurs professionnels qui rejoignent par vagues successives Tunis pour former la glorieuse équipe du FLN, l’entière majorité de ces professionnels est passée, à quelques exceptions près, par les clubs algériens suivants.
Said Amara (Racing Club de Stasbourg), Galia Club de Saida, GCS, Abderrahmane Boubekeur (AS Monaco), Croissant Club Algérois, (CCA), Hassen Bourtal (FCSète), Mouloudia Olympique Constantine, MOC, Abdelaziz Ben Tifour (AS Monaco), OHD, Espérance Sportive de Tunis, Ali Benfadah (Alès), Etoile Sportive de Zéralda, ESZ, Abdelhamid Bouchouk (Toulouse Football Club), Club Universitaire de Constantine, Mohamed Boumezrag (Girondins de Bordeaux), Football Club Blidéen, Groupe sportif Orléanville, FCB et GSO, Said Brahimi (FCToulouse) Jeunesse Bône Athlétique Club, JBAC, Mohamed Bouricha (Nimes Olympique) Jeunesse Sportive Musulmane Boufarikoise, JSMB, Kaddour Bekhloufi (ASMonaco) Association Sportive Marine Oranaise, ASMO, Ahmed Benelfoul (entraîneur du stade Tunisien), Union Sportive Musulmane Blida, USMB, Chérif Bouchache (Havre Athlétique Club), Jeunesse Sportive Musulmane Philippeville, JSMP, Hocine Bouchache (Havre Athlétique Club), Jeunesse Sportive Musulmane Philippeville, JSMP, Hassan Chabri (Sporting Club Toulon), Union Sportive Musulmane Alger, USMA, Dahmane Defnoun (Alès) l’Olympique Musulman Saint Eugène, OMSE, El habib Draoua (Havre Athlétique Club) Union Sportive Musulmane Oranaise, USMO, Abdallah Hadad (Football Club de Sète), Mouloudia Club Alger, MCA, Abdellah Hedhoud ((Girondins de Bordeaux), Abdelhamid Kermali (Olympique lyonnais), Union Sportive Franco-Musulmane Sétif, USFMS, Abderrahmane Ibrir (Olympique de Marseille), Jeunesse Sportive El Biar, JSEB, Sétif, USMAlger, Abdelkader Mazouz (Olympique de Nimes) Union Sportive Musulmane Blida, USMB, Ahmed Oudjani (RC Lens), Jeunesse Sportive Musulmane Philippeville, JSMP, Amokrane Oualiken (Nimes Olympique), Mouloudia Club Alger, MCA, Mohamed Maouche (Stade de Reims), Association Sportive Saint Eugène, ASSE, Rachid Mekhloufi (AS Saint-Étienne) Union Sportive Franco-Musulmane Sétifienne (USFMS), Amar Rouai (SCO d’Angers), Club musulman de Saint Arnaud, Mouloudia Club, Mohamed Soukane (Havre Athlétique Club), Jeunesse Sportive El Biar, JSEB, Abderahmane Soukane (Havre Athlétique Club), Jeunesse Sportive El Biar, JSEB, Abdelkader Zerrar (Espérance Sportive Tunisienne) Union Sportive Algéroise, USMA, Mustapha Zitouni (AS Monaco ), Olympique Musulman Saint Eugène, OMSE, Abdelhamid Zouba (Equipe de Niort) l’Olympique Musulman Saint Eugène, OMSE et ASSE.
La plupart de ces joueurs sont jeunes, issus des masses populaires, du prolétariat et du lumpen prolétariat. Ils sont non engagés politiquement dans les partis politiques structurés, légaux et les associations de jeunes et sans formation politique militante approfondie. Tous sont de niveau scolaire moyen, issus de «filière de relégation», car ils ont très vite quitté l’école ou sont en échec scolaire, pour gagner leur vie et se consacrer au football, sauf Bouchouk qui était universitaire. En revanche, ils maîtrisent tous parfaitement le français, l’arabe dialectal et non l’arabe classique et sont autodidactes. Il fallait donc les encadrer et les former pour donner une image positive de ces jeunes footballeurs qui allaient représenter l’Algérie en lutte sur le plan international et surtout d’éviter qu’ils fassent des erreurs protocolaires dans les pays où ils sont reçus. Aussi cette équipe du FLN est formée, entraînée à une discipline de fer, presque militaire, à une vie de spartiates, et surtout éduquée politiquement. Ils étaient parmi les nouveaux premiers ambassadeurs. Pour ce faire, Mohamed Allam, le commissaire politique, seul porte-parole, était leur pédagogue. Il lui est donc revenu la double mission de formation politique de ces joueurs, mais aussi d’organisation des matchs ayant lui-même été footballeur brièvement en Tunisie et connaissant les règles du jeu. Il est à la fois un combattant du FLN, sans armes, un ancien footballeur mais le premier diplomate du football, de l’Algérie en guerre, de l’Afrique et du tiers monde.
Né le 24 avril 1926 dans la Basse-Casbah d’Alger, très jeune, il a commencé sa formation de jeune nationaliste dans les scouts musulmans, dans le groupe El Falah à Sidi Abderrahmane. Il a ensuite intégré les rangs du Parti du peuple algérien (PPA), Militant actif du PPA, activement recherché par la police coloniale, il s’enfuit vers la Tunisie, en 1948 avec l’aide d’Henry Alleg, militant communiste, pro-indépendance de l’Algérie. A Tunis il porte les couleurs de la fabuleuse équipe de l’Espérance de Tunis (EST), mais sa carrière de footballeur s’arrête avec une blessure au genou, mal que connaissent les footballeurs. En 1958, avec Mohamed Boumezrag, il met en mouvement l’équipe de football du FLN au sein de laquelle, il assumera la charge de « gestionnaire coordinateur » en étant la « cheville ouvrière » de cette équipe de football. Mais, il va être surtout « le premier diplomate » dans le monde de « l’équipe sans les balles et le fusil » qui établira des relations internationales fraternelles et amicales du FLN avec de nombreux Etats souverains.
A l’indépendance de l’Algérie, cette immense figure du mouvement libérateur sportif aide à la structuration du mouvement sportif national naissant en participant à la fondation du Comité olympique algérien en 1963 où il est assesseur et à de nombreuses fédérations avec une autre figure du nationalisme Mahmoud Abdoun qui s’adonne à la mise en place du nouvel appareil sportif algérien. Il va occuper plusieurs postes de responsabilité, dans les structures sportives qui se mettaient en place. En revanche, il fera surtout une carrière diplomatique, relevant du ministère des affaires étrangères algérien. Son premier poste est ambassadeur en Amérique latine.
En rencontrant officiellement les équipes des Fédérations nationales de football de pays souverains, principalement des pays maghrébins, des pays arabes et des pays socialistes et en passant outre l’interdit de la FIFA , désormais, les joueurs de l’équipe du FLN vont être « des combattants en maillots vert et à crampons » d’un genre nouveau et surtout des ambassadeurs auprès des sportifs du monde entier et des peuples qui soutiennent l’Algérie combattante. Le football devenait un véritable instrument diplomatique du FLN en guerre dans le Tiers-monde : au Maghreb (Tunisie, Maroc, Lybie) dans le monde arabe (Irak, Koweit, Jordanie, Egypte, Syrie, Arabie Saoudite), en Europe de l’Est (Hongrie, Yougoslavie, Bulgarie, Roumanie, Tchécoslovaquie, Pologne), en URSS, en Asie du Sud-est (Vietnam), en Chine.
Ainsi grâce au football, des relations diplomatiques amicales entre les responsables des sports des pays visités et la commission de la jeunesse et de sports du FLN, sont instaurées. Des échanges culturels sont établis ainsi que des rencontres à des congrès nationaux et internationaux. Des invitations affluent ainsi que des aides matérielles importantes en équipements culturels, sportifs et techniques.
En définitif, on peut affirmer que l’apport du football du FLN fut multidimensionnel : politique, diplomatique, géopolitique, culturel, logistique, pourvoyeur de finances et de prestige sportif.
Ainsi, le Code de l’EPS de 1976, le seul véritable texte doctrinal et idéologique, dans son introduction, n’a pas oublié d’insister sur le rôle joué par cette équipe sur le plan médiatique : «L’impact était tel sur l’opinion nationale et internationale que durant la lutte de libération nationale, les dirigeants de la révolution algérienne décidèrent de créer l’équipe du FLN dont le rôle fut loin d’être négligeable dans le cadre d’une campagne de plus grande sensibilisation de l’opinion internationale».
Appelée «l’équipe de la liberté», cette équipe de football a permis à l’Algérie de renforcer le crédit de Nation souveraine et indépendante. Son maillot officiel est entièrement vert avec une inscription FLN en blanc.
A partir de l’exemple de cette équipe nationale du FLN, Pascal Boniface, géopolitologue, fondateur et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), a modélisé cette expérience unique dans le monde. Il soutient que la définition de l’Etat ne doit pas se limiter aux trois éléments traditionnels : un territoire, une population, un gouvernement, mais il faut ajouter un quatrième : une équipe de football. C’est ce qu’a démontré magistralement cette équipe du FLN. Ce faisant, chaque pays colonisé, dominé ou nouveau revendiquant le statut d’Etat, prenant exemple sur l’Algérie, se doit donc d’avoir une équipe nationale de football, pour son existence internationale et sa reconnaissance juridique.
L’historien britannique Eric Hobsbawm, ajoute à ces éléments, un autre lié au quatrième : une reconnaissance par la FIFA qui compte 211 associations membres, plus que l’ONU avec ses 193 membres : « La communauté imaginée de millions de personnes semble plus réelle qu’une équipe de onze personnes nommées. L’individu, même celui qui se contente d’applaudir, devient lui-même un symbole de sa nation. Ainsi, en l’absence de reconnaissance par les instances politiques formelles, la reconnaissance par la Fédération Internationale de Football Associé (FIFA) – qui est plus grande que les Nations Unies – peut être une aubaine dans les luttes pour l’autodétermination politique ».
C’est la raison pour laquelle dès sa création l’équipe du FLN avait demandé aussi sa reconnaissance par la FIFA.

(*) Youcef FATES est Docteur d’Etat en Sciences Politiques de l’Université Paris1 Panthéon-Sorbonne, Professeur des Universités, honoraire à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Il est l’auteur de quatre ouvrages : Sport et Tiers-Monde (Paris, PUF, 1994) et De l’Indochine à l’Algérie. La jeunesse en mouvement des deux côtés du miroir colonial, (sous la direction de Youcef Fates, Nicolas Bancel et Daniel Denis, Paris, Editions La découverte, 2003), Sport et politique en Algérie (Paris, l’Harmattan, 2009). Mémoire du sport algérien. Quand le ballon était une arme de lutte. Edition BOD 2023.

Lire la version intégrale de la contribution sur notre site web www.elwatan.dz

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