Zoom sur le Projet phosphate intégré : Le pari de l’intégration industrielle pour l’après-pétrole

L'Algérie lance le Projet phosphate intégré de Bled El Hadba à Tébessa, un mégaprojet de 7 milliards de dollars visant à réduire la dépendance aux hydrocarbures en faisant du pays un acteur majeur mondial des engrais.
Le gisement de 1,2 milliard de tonnes sera relié par 422 km de voie ferrée aux usines de Oued Kebrit et au port d'Annaba, pour produire annuellement 10,5 millions de tonnes dont 6 millions de phosphate enrichi et 4 millions d'engrais finis.
Le modèle intégré exploite la synergie entre mines et pétrochimie en utilisant le gaz naturel pour synthétiser l'ammoniac nécessaire aux engrais azotés, générant 2 milliards de dollars de revenus et 14 000 emplois dans quatre wilayas.
La mise en service est prévue début 2027 sous pilotage direct des plus hautes autorités, qui y voient un levier de souveraineté économique et le moteur d'une agriculture post-pétrole.
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L’ambition affichée est de décupler la dynamique sectorielle en propulsant la production nationale annuelle de 2,5 à 10,5 millions de tonnes, positionnant le pays en acteur majeur du marché mondial des intrants agricoles.
A l’heure où l’Algérie accélère sa transition pour s’affranchir de la rente des hydrocarbures, le Projet phosphate intégré (PPI) de Bled El Hadba, dans la wilaya de Tébessa, s’impose comme la clé de voûte de cette mutation. Planifiée pour les premiers mois de 2027, l’entrée en production de ce mégaprojet est rigoureusement pilotée par les plus hautes autorités de l’Etat. Celles-ci y voient un levier de souveraineté nationale et un puissant accélérateur de la diversification économique, orienté vers le développement d’une agriculture post-pétrole performante.
L’ampleur du projet repose d’abord sur l’importance géologique de ses réserves. Avec un patrimoine national estimé à plus de 3 milliards de tonnes de phosphate, selon les experts en la matière, l’Algérie figure dans le top 10 des réserves mondiales. Le seul gisement de Bled El Hadba recèle 1,2 milliard de tonnes, garantissant une exploitation pérenne sur plus de 80 ans. L’ambition affichée est de décupler la dynamique sectorielle en propulsant la production nationale annuelle de 2,5 à 10,5 millions de tonnes, positionnant le pays en acteur majeur du marché mondial des intrants agricoles.
La véritable rupture de ce modèle réside dans son intégration verticale complète : le paradigme de l’exportation brute est abandonné au profit d’une valorisation locale intégrale. Le minerai extrait à Bled El Hadba sera acheminé via une nouvelle ligne ferroviaire minière de 422 km vers le pôle de transformation de Oued Kebrit (Souk Ahras) et le port minéralier d’Annaba, actuellement en phase d’extension. L’objectif industriel est de générer «chaque année 6 millions de tonnes de phosphate enrichi et 4 millions de tonnes d’engrais finis — phosphatés (DAP, MAP, NPK) et azotés».
Cette reconfiguration industrielle s’appuie sur une convergence technique majeure, comme l’expliquait le Docteur Rabah Kadi, enseignant-chercheur à l’université M’hamed Bougara de Boumerdès (UMBB) et expert à la Direction centrale recherche et développement de Sonatrach : «Le projet de transformation du phosphate de Oued El Hadba consacre la synergie parfaite entre les hydrocarbures et la chimie des phosphates. Le minerai y est valorisé en engrais azotés grâce à l’ammoniac, une synthèse qui requiert du gaz naturel, une ressource dont nous maîtrisons parfaitement les flux. Ce maillage entre l’extraction minière et la pétrochimie repose sur une solide assise académique et technique visant à capter le maximum de valeur ajoutée le long de la chaîne.»
Cette stratégie soulève une question centrale : dans quelle mesure le Projet de phosphate intégré peut-il s’affirmer comme le véritable catalyseur de l’après-pétrole en Algérie, et comment le pays compte-t-il capter le maximum de valeur ajoutée face à des concurrents historiques déjà solidement ancrés sur le
Marché international des engrais phosphatés ?
Pour relever ce défi, l’Algérie capitalise sur l’abondance de ses réserves — le district de Djebel Onk concentrant à lui seul 2,8 milliards de tonnes — et sur un investissement global de 7 milliards de dollars.
Ce capital permet de structurer une chaîne de valeur hermétique, englobant l’extraction à Tébessa, la transformation en acide phosphorique à Oued Kebrit, la production d’engrais complexes à Hadjar Soud et l’exportation depuis Annaba. Cette architecture logistique intégrée, adossée à la nouvelle voie ferrée conçue pour transporter plus de 10 millions de tonnes de flux annuels, optimise la compétitivité structurelle du pays. Sur le plan macroéconomique, les retombées prévisionnelles tablent sur des revenus annuels proches de 2 milliards de dollars et la création de 14 000 emplois, installant un moteur de croissance pérenne pour les wilayas de Tébessa, Souk Ahras, Skikda et Annaba.
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