Économie

Projet de la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset : Le Cnese décrypte les enjeux

Par Kamel Benelkadi8 min de lecture
Brifa
Résumé IA

Le Conseil national économique, social et environnemental a organisé une conférence sur le projet stratégique de ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset, longue de 2006 km avec des trains à 220 km/h traversant huit wilayas.

Ce « projet du siècle » vise à créer un corridor logistique réduisant les coûts de transport, désenclavant le Sahara, stimulant l'industrie et l'agriculture, et positionnant l'Algérie comme porte d'entrée vers l'Afrique sahélienne.

Les experts ont identifié d'importants défis techniques liés au milieu désertique, qui seront relevés par maintenance prédictive, capteurs intelligents, surveillance satellitaire et drones pour garantir la pérennité de l'infrastructure.

Au-delà du transport, le projet prévoit de nouveaux pôles urbains et économiques autour des gares, un corridor multimodal intégré et la valorisation du patrimoine culturel saharien pour un développement territorial durable et inclusif.

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Les intervenants ont présenté les principales caractéristiques de cette future liaison ferroviaire reliant Alger à Tamanrasset sur près de 2006 km, avec des trains pouvant atteindre une vitesse de 220 km/h.

Le Conseil national économique, social et environnemental (Cnese) ouvre le débat sur le projet stratégique de la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset, appelé à transformer durablement l’économie nationale et le positionnement continental du pays. Dans ce contexte, il a organisé hier à l’Ecole nationale d’administration, à Alger, une conférence de haut niveau consacrée au projet de la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset, un chantier qualifié de «projet du siècle» en raison de sa portée économique, géostratégique et territoriale. Réunissant des experts, des universitaires et des représentants d’institutions nationales, cette rencontre a permis d’examiner les multiples dimensions d’une infrastructure appelée à redessiner la géographie économique de l’Algérie. Dans son allocution d’ouverture, le président du Cnese, le Pr Mohamed Boukhari, a souligné que «les grandes infrastructures ne constituent pas de simples ouvrages d’ingénierie, mais des choix stratégiques capables de remodeler les territoires, d’accélérer la croissance et de renforcer la souveraineté économique des Etats». A ses yeux, «la géographie représente un levier de développement lorsqu’elle est soutenue par une vision de long terme et une politique d’investissement ambitieuse». Il a rappelé que le projet ferroviaire Alger-Tamanrasset s’inscrit pleinement dans la stratégie du président de la République visant à faire de l’investissement dans les infrastructures un moteur de développement durable, de compétitivité et d’intégration nationale. Les travaux de cette journée ont ainsi porté sur les dimensions économiques, sociales, environnementales, logistiques et géopolitiques du projet, avec l’ambition de formuler des recommandations scientifiques susceptibles d’accompagner sa concrétisation.
Les intervenants ont présenté les principales caractéristiques de cette future liaison ferroviaire reliant Alger à Tamanrasset sur près de 2006 km, avec des trains pouvant atteindre une vitesse de 220 km/h. Le tracé traversera notamment les wilayas de Blida, Médéa, Djelfa, Laghouat, Ghardaïa, El Meniaâ, In Salah et Tamanrasset, assurant une continuité territoriale inédite entre le nord et l’extrême sud du pays.
Le projet est déployé par phases. Certains tronçons sont déjà en exploitation, tandis que d’autres sont en cours de réalisation ou de finalisation des études techniques et administratives. L’objectif affiché est «d’accélérer les travaux afin de respecter les échéances fixées pour les prochaines années».
Au-delà du transport des voyageurs, cette ligne est appelée à devenir un puissant corridor logistique. Les experts estiment qu’elle permettra de réduire significativement les coûts de transport des marchandises et des ressources minières, de désengorger les réseaux routiers et d’améliorer la compétitivité des entreprises nationales.
Le projet devrait également contribuer au désenclavement des régions sahariennes, favoriser la création d’emplois, soutenir le développement industriel et agricole, et renforcer le pouvoir d’achat à travers une meilleure fluidité des échanges.
Sur le plan continental, cette infrastructure est appelée à consolider le rôle de l’Algérie comme porte d’entrée vers l’Afrique, en facilitant les échanges commerciaux avec les pays du Sahel et en s’inscrivant dans les grands corridors africains de transport.

Des défis techniques à relever

Les participants ont néanmoins souligné les défis considérables liés à la réalisation d’une telle infrastructure dans un environnement désertique. L’ensablement, les conditions climatiques extrêmes, les contraintes géologiques, les longues chaînes d’approvisionnement ainsi que la maîtrise des coûts et des délais figurent parmi les principales difficultés identifiées. Pour y répondre, les responsables prévoient de recourir à des technologies avancées de maintenance prédictive, intégrant des capteurs intelligents, la surveillance satellitaire et l’utilisation de drones afin d’assurer un suivi permanent de l’état de la voie ferrée. L’un des enseignements majeurs de cette rencontre réside dans la volonté d’inscrire la ligne ferroviaire dans une stratégie globale d’aménagement du territoire. Le projet ne se limite pas à la construction d’une voie ferrée ; il prévoit la création de nouveaux pôles urbains et économiques autour des principales gares, notamment à El Meniaâ, In Salah et Tamanrasset. Les experts recommandent également d’accompagner cette infrastructure par le déploiement de réseaux énergétiques, de télécommunications et de plateformes logistiques, afin de créer un véritable corridor multimodal capable de stimuler les investissements dans l’industrie, l’agriculture, les mines mais aussi le tourisme saharien.
A cette occasion, le représentants du ministère de l’Intérieur a annoncé la poursuite de l’élaboration du schéma directeur national des plateformes logistiques, destiné à identifier les futurs pôles de connexion entre le rail, la route, les ports secs et les autres modes de transport. Les échanges ont également mis en exergue une dimension souvent moins visible mais tout aussi déterminante : l’impact humain, culturel et démographique de cette future liaison ferroviaire. Plusieurs experts ont insisté sur le fait que la ligne Alger-Tamanrasset ne doit pas être pensée comme un simple corridor de transport de voyageurs et de marchandises vers le Sahel, mais comme un véritable projet de transformation territoriale. Ils ont appelé à anticiper les mutations des modes de vie, les flux migratoires, l’urbanisation des villes traversées et les équilibres sociaux qui en découleront. Selon eux, la réussite du projet dépendra de la capacité à faire bénéficier en priorité les populations locales des retombées économiques, à travers la création d’emplois, l’implantation d’activités productives et le développement de nouvelles centralités urbaines. Les intervenants ont, par ailleurs, plaidé pour une valorisation accrue du patrimoine culturel et touristique du Sahara. La nouvelle infrastructure est perçue comme une opportunité de structurer un tourisme durable, organisé et respectueux des territoires, en rupture avec les pratiques informelles. Le corridor ferroviaire pourrait ainsi devenir un vecteur de promotion des routes historiques transsahariennes, des sites archéologiques, des traditions locales et du patrimoine matériel et immatériel du Sud algérien. Au-delà de son rôle économique, le projet est appelé à renforcer le rayonnement culturel de l’Algérie en Afrique et en Méditerranée, tout en favorisant les échanges universitaires, scientifiques et culturels, dans une approche intégrée du développement durable. Au terme des travaux, un consensus s’est dégagé autour de l’idée que la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset constitue bien davantage qu’un projet de transport. Elle est appelée à devenir l’un des principaux instruments de rééquilibrage territorial, de diversification économique et de renforcement de l’intégration africaine, tout en offrant à l’Algérie une nouvelle dimension géostratégique au cœur des échanges entre la Méditerranée et le continent africain.

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