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Océans et changement climatique : Quel est le véritable impact sur l’AMOC de la fonte des glaces au Groenland ?

Par R. Envr•7 min de lecture
Brifa
Océans et changement climatique : Quel est le véritable impact sur l’AMOC de la fonte des glaces au Groenland ?
Résumé IA

Une étude publiée dans Science Advances confirme que la fonte des glaces du Groenland entraînerait un affaiblissement supplémentaire de 10 à 20 % de l'AMOC d'ici 2100, mais sans provoquer d'effondrement total et irréversible.

Les chercheurs ont utilisé le modèle climatique EC-Earth3 couplé à un modèle de calotte glaciaire, montrant que la circulation océanique se rétablit une fois l'apport d'eau douce interrompu ou les émissions de gaz à effet de serre réduites.

Ces résultats soulignent la nécessité d'intégrer la calotte groenlandaise dans les futures versions des modèles climatiques pour mieux évaluer l'évolution de l'AMOC selon les différents scénarios.

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Une récente étude s’est intéressée à l’impact que pourrait avoir la fonte des glaces du Groenland sur l’AMOC d’ici à 2100. Si les chercheurs confirment un affaiblissement de ce système de courants océaniques majeurs, ils écartent toutefois le scénario d’un effondrement total et irréversible.

La circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (AMOC) est l’un des principaux systèmes de courants océaniques de la planète et joue un rôle essentiel dans la régulation du climat mondial. Concrètement, elle transporte une immense quantité de chaleur vers l’Europe, contribuant à son climat relativement doux, influence les précipitations en Afrique, en Amérique du Sud et en Amérique du Nord, participe au stockage de la chaleur et du dioxyde de carbone dans les océans et agit sur le niveau de la mer et les événements météorologiques extrêmes.
Cependant, selon certains chercheurs, la fonte accélérée des glaces du Groenland, qui déverse d’importantes quantités d’eau douce dans l’Atlantique Nord, pourrait entraîner d’ici à 2100 une réduction supplémentaire de 10 à 20% de l’intensité de l’AMOC, en plus de l’affaiblissement déjà anticipé pour cet immense système de courants. En cause : cette eau douce, moins salée et donc moins dense, qui ralentit la plongée des eaux froides dans les profondeurs de l’océan, un mécanisme indispensable à son bon fonctionnement. Des scientifiques ont toutefois voulu vérifier cette hypothèse dans une étude récemment publiée dans la revue Science Advances. Leurs travaux montrent que cet apport d’eau douce ne provoquerait pas l’effondrement complet et irréversible de la circulation océanique annoncé par certaines recherches. «D’ici 2100, oui, nous observerons un affaiblissement, mais l’essentiel se produira avec les apports d’eau douce ultérieurs», a expliqué à Live Science Jost von Hardenberg, co-auteur de l’étude et professeur à l’Université polytechnique de Turin, en Italie.
Un modèle modifié pour mieux comprendre l’impact
Alors que les eaux issues de la fonte de l’Arctique sont désormais couramment intégrées aux simulations climatiques, les chercheurs ont été plus longs à inclure les eaux de ruissellement provenant de la calotte glaciaire du Groenland dans leurs modèles. Selon le scientifique, ce retard s’explique en partie par le fait que ces eaux pourraient avoir un impact moins perturbateur que les eaux de fonte arctiques à plus court terme. De plus, «pour représenter correctement la fonte du Groenland, il faut un modèle dynamique spécifique pour la calotte glaciaire groenlandaise. C’est un atout précieux, mais son développement exige d’importantes ressources», a-t-il déclaré.
Pour mener à bien leur étude, Jost von Hardenberg et son équipe ont utilisé un modèle climatique global appelé EC-Earth3, qui n’intègre pas la calotte glaciaire du Groenland. Ils ont ensuite ajouté cette calotte glaciaire au modèle communautaire de calotte glaciaire version 2 CESM2 afin d’explorer son impact potentiel sur l’AMOC au cours des prochains siècles. Ainsi, l’ajout séparé de la calotte glaciaire leur a permis de comparer l’affaiblissement de l’AMOC avec et sans le Groenland, révélant clairement l’influence de la calotte glaciaire sur l’intensité de ce courant.Après analyses, ils ont découvert que la calotte glaciaire du Groenland allait avoir une grande influence sur les courants de l’océan Atlantique, notamment après 2100. «La fonte du Groenland ne commence réellement et fortement qu’après cette date. Si l’on poursuit notre simulation jusqu’en 2300, c’est également à ce moment-là que cette eau de fonte devient extrêmement abondante», a indiqué le chercheur.
Ils se sont également rendu compte que contrairement à d’autres études montrant un effondrement irréversible de l’AMOC sous l’effet du changement climatique, dans ce modèle, la circulation s’est rétablie une fois l’apport d’eau de fonte interrompu ou les émissions de gaz à effet de serre réduites. «La reprise observée dans le modèle suggère que la circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC) est plus stable qu’on ne le pensait et ne bascule pas brutalement d’un état actif à un état effondré. Cela correspond à un fort affaiblissement, mais pas à un arrêt complet», a précisé Jost von Hardenberg.
Fonte des glaces du Groenland, élément à intégrer dans les modèles climatiques
Ces résultats soulignent donc l’importance d’intégrer la calotte glaciaire du Groenland dans les modèles climatiques. C’est pourquoi le principal auteur de l’étude et son équipe prévoient d’ajouter cette composante dans la prochaine version du modèle EC-Earth3. «Il est essentiel de poursuivre cette démarche afin de mieux cerner les incertitudes liées à ces simulations futures», a expliqué von Hardenberg, avant d’ajouter : «Si davantage de modèles prennent en compte cette composante, nous serons mieux en mesure de répondre à une question essentielle : dans quelle mesure l’AMOC pourrait-elle diminuer selon les différents scénarios climatiques ? »
D’autres experts ont également convenu que l’intégration de la calotte glaciaire du Groenland dans les modèles climatiques permettrait d’accroître la précision des prévisions de l’AMOC. «Ce qui rend cette étude particulièrement intéressante, c’est qu’elle teste directement un processus qui a souvent été mis en avant comme une source importante d’incertitude dans les projections futures de l’AMOC», a ainsi déclaré Jonathan Baker, climatologue principal au Met Office au Royaume-Uni, qui n’a pas participé à l’étude. De son côté, Nicholas Foukal, professeur adjoint à l’Institut d’océanographie de Skidaway, s’est dit «ravi que les auteurs soient parvenus à cette conclusion grâce à un modèle climatique couplé aussi réaliste et à haute résolution». Selon lui, cette découverte rejoint également d’autres travaux de modélisation montrant que des volumes d’eau douce considérables, bien supérieurs à ceux actuellement libérés par le Groenland, seraient nécessaires pour provoquer des modifications irréversibles de l’AMOC.

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