Revirement américain 24 heures après la signature de l’accord : Trump conditionne le nucléaire saoudien à une normalisation avec Israël

Les États-Unis et l'Arabie saoudite ont signé un accord de coopération nucléaire civile de trente ans, mais Donald Trump l'a conditionné vingt-quatre heures plus tard à une normalisation saoudienne avec Israël.
L'accord vise à diversifier le mix énergétique saoudien, mais suscite des critiques américaines sur l'enrichissement d'uranium potentiel et l'absence du « gold standard » de non-prolifération.
Des experts craignent une course aux armements régionale, d'autant que Mohammed ben Salmane a lié l'acquisition de l'arme nucléaire au programme iranien.
Le texte doit passer au Congrès sous 90 jours, mais le silence de Riyad face à la nouvelle condition de Trump place l'accord en « suspension diplomatique ».
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A peine vingt-quatre heures après la signature du texte, Donald Trump a affirmé que cet accord ne pourrait finalement entrer en vigueur que si Riyadh acceptait de normaliser ses relations avec Israël en rejoignant les accords d’Abraham. Une exigence qui ne figurait pas dans le texte.
Les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite ont signé un accord de coopération nucléaire civile de trente ans destiné à permettre au royaume de développer un programme nucléaire avec l’appui de la technologie et de l’expertise américaines. Mais à peine vingt-quatre heures après la signature du texte, Donald Trump a affirmé que cet accord ne pourrait finalement entrer en vigueur que si Riyadh acceptait de normaliser ses relations avec Israël en rejoignant les accords d’Abraham. Une exigence qui ne figurait pas dans le texte.
L’accord en question répond à un objectif affiché par les autorités saoudiennes depuis plusieurs années, à savoir diversifier leur mix énergétique. Malgré ses immenses réserves d’hydrocarbures, le royaume souhaite produire une partie de son électricité grâce au nucléaire afin de réserver davantage de pétrole à l’exportation. Cette stratégie s’inscrit dans le vaste programme de transformation économique porté par le prince héritier Mohammed ben Salmane.
Le lendemain de la signature, Donald Trump a annoncé sur son réseau Truth Social que la coopération nucléaire était désormais «totalement conditionnée» à une adhésion de l’Arabie Saoudite aux accords d’Abraham, qui ont permis en 2020 la normalisation des relations entre Israël, les Emirats arabes unis, Bahreïn puis le Maroc. Quelques heures plus tard, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, confirmait : «Si les Saoudiens ne rejoignent pas les accords d’Abraham, l’accord est annulé».
Un accord qui ne fait pas l’unanimité
En faisant des entreprises américaines, les principaux partenaires du développement nucléaire saoudien, les Etats-Unis cherchent à empêcher la Chine ou la Russie de s’imposer sur un marché et d’étendre leur influence dans le Golfe.
Le secrétaire américain à l’Energie, Chris Wright, a présenté l’accord comme un partenariat destiné à répondre aux «besoins énergétiques» de l’Arabie Saoudite tout en renforçant les relations économiques entre les deux pays. Mais aux Etats-Unis, l’accord n’a pas fait l’unanimité. D’aucuns ont émis des craintes liées à l’enrichissement de l’uranium sur le territoire saoudien. Contrairement à de nombreux pays exploitant des centrales nucléaires, Riyadh souhaite disposer, à terme, de capacités nationales d’enrichissement. Cette technologie peut, si l’uranium est enrichi à un niveau beaucoup plus élevé, ouvrir la voie à la fabrication d’une arme nucléaire. Selon plusieurs sources proches du dossier citées par les médias, toute éventuelle installation d’enrichissement resterait sous contrôle d’entreprises américaines utilisant une technologie qui ne serait pas transférée aux Saoudiens. Les Etats-Unis conserveraient également un droit de regard sur l’uranium enrichi ainsi que sur le combustible usé, afin «d’empêcher tout détournement militaire». L’accord prévoit en outre une étude conjointe de deux ans destinée à déterminer si une installation d’enrichissement est réellement nécessaire en Arabie saoudite. La décision finale pourrait ainsi revenir au successeur de Donald Trump à la Maison Blanche.
Des experts soulignent néanmoins que le texte ne reprend pas ce qu’ils appellent le «gold standard» imposé lors de l’accord conclu entre les Etats-Unis et les Emirats arabes unis. A l’époque, Abou Dhabi avait accepté de renoncer explicitement à l’enrichissement de l’uranium et au retraitement du combustible usé. Selon les informations disponibles, l’Arabie saoudite ne serait pas soumise au Protocole additionnel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), considéré comme le mécanisme de vérification le plus poussé. Ce protocole permet notamment des inspections renforcées destinées à vérifier que les matières nucléaires sont exclusivement utilisées à des fins civiles.
Le spectre d’une course aux armements
Les critiques ne portent pas uniquement sur les aspects techniques. Depuis plusieurs années, les organisations spécialisées dans la non-prolifération mettent en garde contre l’effet domino qu’un tel accord pourrait provoquer dans la région.
Mohammed ben Salmane lui-même avait déclaré par le passé que si l’Iran obtenait l’arme nucléaire, l’Arabie Saoudite chercherait à en acquérir une également. Pour plusieurs observateurs, autoriser Riyadh à développer des capacités d’enrichissement tout en combattant simultanément le programme iranien expose Washington à des accusations de double standard. Le sénateur démocrate Chris Murphy estime que cet accord risque de «déclencher une course au nucléaire dans la région» tout en réduisant les incitations de l’Iran à limiter son propre programme. Israël partage aussi ces inquiétudes. l’Etat sioniste, qui dispose d’ un arsenal nucléaire jamais officiellement reconnu, redoutent qu’un programme saoudien n’incite d’autres puissances régionales, comme la Turquie, à réclamer des capacités comparables.
Est-ce pour cette raison que Donald Trump a ajouté une nouvelle condition à l’accord ? Il est à rappeler, à ce propos, que sous Joe Biden déjà, Washington avait tenté de négocier un accord similaire. En échange de l’accès au nucléaire civil américain, Riyadh devait établir des relations diplomatiques avec Israël. Les discussions étaient relativement avancées en 2023 avant d’être brutalement interrompues par la guerre contre les Palestiniens de Ghaza menée par l’armée génocidaire israélienne. Depuis, les dirigeants saoudiens affirment qu’aucune normalisation n’est envisageable sans avancées concrètes vers la création d’un Etat palestinien. Sans surprise, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou n’a pas manqué de saluer cette exigence, prétendant qu’une adhésion saoudienne aux accords d’Abraham constituerait «un bond historique pour la paix au Moyen-Orient».
Un accord encore loin d’être définitivement acquis
Le texte doit désormais être transmis au Congrès américain, qui disposera d’un délai de 90 jours pour l’examiner. Même si plusieurs élus démocrates y sont opposés, il paraît peu probable qu’ils disposent de la majorité pour bloquer définitivement l’accord face à un éventuel veto présidentiel. Le principal obstacle pourrait désormais venir non du Congrès, mais de la nouvelle condition politique ajoutée par Donald Trump lui-même. Jusqu’à hier, les autorités saoudiennes n’ont pas officiellement réagi à la nouvelle condition imposée par Donald Trump. Ce silence est interprété par plusieurs observateurs comme le signe d’une certaine prudence, Riyadh préférant éviter une confrontation publique avec Washington tout en refusant de modifier sa position de fond. Pour Steven Cook, spécialiste du Moyen-Orient au Council on Foreign Relations, l’accord se trouve désormais dans « une forme de suspension diplomatique». Même si l’accord venait à être définitivement validé, le chantier qui attend l’Arabie saoudite est immense. Le royaume ne dispose aujourd’hui d’aucune véritable filière nucléaire civile. Construire une industrie de cette ampleur suppose non seulement des investissements colossaux dans les infrastructures, mais aussi la formation de milliers d’ingénieurs, de techniciens et de spécialistes de la sûreté nucléaire. La question de l’approvisionnement en combustible reste également entière.
Deux scénarios sont aujourd’hui envisagés par les spécialistes. Le premier consisterait à importer de l’uranium faiblement enrichi auprès de fournisseurs étrangers, comme le font de nombreux pays exploitant des centrales nucléaires. C’est notamment le modèle retenu par les Emirats arabes unis, qui achètent leur combustible à plusieurs partenaires internationaux, parmi lesquels la France, le Royaume-Uni ou encore la Russie. Le second scénario, verrait l’installation en Arabie Saoudite d’une unité d’enrichissement exploitée par des entreprises américaines. Cette option ne pourrait toutefois être retenue qu’à l’issue de l’étude conjointe américano-saoudienne prévue sur une période de deux ans. Selon plusieurs médias américains, Washington envisage la création d’une installation dite de « noire» (black box). Concrètement, l’usine serait implantée sur le territoire saoudien mais fonctionnerait sous le contrôle exclusif d’entreprises américaines. Les technologies resteraient inaccessibles aux autorités saoudiennes. De tels exemples existent déjà. La Russie exploite déjà des centrales nucléaires en Turquie et en Egypte dans lesquelles ses entreprises assurent la gestion technique, fournissent le combustible et récupèrent le combustible irradié. Dans ces projets, Moscou ne procède pas à l’enrichissement de l’uranium directement sur le territoire des pays partenaires. Des analystes estiment d’ailleurs que ladite étude de deux ans pourrait surtout constituer un moyen de repousser cette décision. Washington pourrait utiliser cette période comme un levier de négociation. Au terme de l’étude, l’administration américaine pourrait, selon des analystes, finalement conclure qu’un enrichissement sur le sol saoudien «ne se justifie pas» et privilégie durablement l’importation de combustible.
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