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Un tournant sécuritaire aux lourdes implications régionales : Washington étudie des frappes ciblées contre le Jnim au Mali

Par M. F. Gaïdi6 min de lecture
Brifa
Résumé IA

L'administration Trump examine la possibilité de frappes ciblées contre le JNIM au Mali, une initiative révélée par le Washington Post qui marquerait un nouvel engagement américain au Sahel.

Le débat divise Washington : certains responsables, dont Sebastian Gorka, plaident pour une réponse militaire directe, tandis que d'autres redoutent un incident avec les forces russes présentes aux côtés de l'armée malienne.

Bamako n'a reçu aucune notification officielle et affirme compter sur ses propres forces armées, tout en exigeant que toute coopération respecte la souveraineté nationale, selon le ministre Abdoulaye Diop.

Des experts, comme le chercheur Wassim Nasr, préviennent qu'une nouvelle campagne aérienne reproduirait les échecs des interventions françaises et russes sans offrir de solution durable face à l'expansion djihadiste.

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Révélée par le Washington Post, cette option placerait le Mali parmi les nouveaux théâtres
d’opérations militaires américaines si elle venait à être validée.

L’administration du président américain Donald Trump étudie la possibilité de mener des frappes ciblées contre le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM), organisation affiliée à Al Qaïda devenue la principale menace djihadiste au Sahel.
Révélée par le Washington Post, cette option placerait le Mali parmi les nouveaux théâtres d’opérations militaires américaines si elle venait à être validée. En effet, cette réflexion stratégique intervient dans un contexte régional en pleine recomposition.
Après plusieurs mois de fortes tensions diplomatiques entre Alger et Bamako, les deux capitales ont récemment engagé un processus de détente, marqué par une reprise du dialogue politique, le retour des ambassadeurs et l’ouverture totale du ciel à la navigation aérienne. Un apaisement que de nombreux observateurs considèrent comme «essentiel face à la dégradation continue de la situation sécuritaire dans le Sahel». L’éventualité d’une implication militaire américaine conforte, par ailleurs, les inquiétudes exprimées ces dernières semaines par le Commandement américain pour l’Afrique (Africom).
Lors de son intervention au Sommet des chefs d’état-major africains organisé à Luanda, en Angola, son commandant avait alerté sur «la montée en puissance du JNIM, désormais considéré comme l’organisation terroriste connaissant l’expansion la plus rapide sur le continent africain». Quelques jours plus tard, en déplacement au Mali, le responsable militaire américain avait réitéré son appel à «une coopération régionale renforcée pour empêcher les groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation Etat islamique d’étendre davantage leur emprise».
Selon les informations publiées par le quotidien américain, le débat reste toutefois ouvert au sein de l’administration Trump. Plusieurs responsables, dont Sebastian Gorka, conseiller chargé de la lutte antiterroriste au Conseil de sécurité nationale, plaideraient pour «une réponse militaire directe». D’autres voix mettent en garde contre «les conséquences d’une telle opération, notamment en raison de la présence des forces russes aux côtés de l’armée malienne». Depuis la création de l’Alliance des Etats du Sahel, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont profondément réorienté leurs partenariats stratégiques en privilégiant la coopération avec Moscou. Washington critique ouvertement l’efficacité de cet engagement russe, estimant que celui-ci «n’a pas permis d’enrayer la progression des groupes armés». Une éventuelle intervention américaine soulèverait ainsi une difficulté supplémentaire qui n’est pas des moindres. En effet, il s’agit d’éviter tout incident avec les forces russes déployées sur le territoire malien. Sur le terrain, le JNIM poursuit sa progression. Initialement concentrée sur le nord et le centre du Mali, l’organisation étend désormais ses opérations vers les Etats côtiers d’Afrique de l’Ouest, renforçant les inquiétudes des partenaires régionaux et internationaux. Pour autant, l’option militaire est loin de faire l’unanimité parmi les spécialistes du Sahel.

«Le Mali compte sur lui-même»

Le chercheur Wassim Nasr estime qu’une nouvelle campagne de frappes reproduirait les limites des précédentes interventions françaises puis russes, sans apporter de solution durable. Selon lui, «un dialogue avec certaines composantes du JNIM constituerait une approche plus réaliste qu’une escalade militaire susceptible de renforcer indirectement l’organisation Etat islamique au Sahel».
D’autres experts mettent également en garde contre le risque qu’une intervention américaine transforme les Etats-Unis en cible directe des groupes djihadistes, alors que le JNIM n’a jusqu’à présent jamais revendiqué d’attaques contre des intérêts américains dans la région. A Bamako, les autorités observent ces informations avec prudence. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, affirme «n’avoir reçu aucune notification officielle de Washington». Il a, néanmoins, rappelé que toute coopération avec des partenaires étrangers devait s’inscrire dans le respect absolu de la souveraineté nationale. «Le Mali compte sur lui-même», a-t-il déclaré, insistant sur la capacité des forces armées maliennes à faire face aux défis sécuritaires et rappelant que tout partenaire devait avant tout répondre aux besoins exprimés par Bamako.
Si aucune décision américaine n’a encore été annoncée, la simple évocation d’une intervention traduit l’inquiétude grandissante des puissances occidentales face à l’expansion du JNIM. Elle confirme également que le Sahel demeure l’un des principaux foyers de préoccupation sécuritaire mondiale, au moment où les équilibres géopolitiques de la région connaissent une profonde mutation.
Ainsi, alors que les relations entre Alger et Bamako connaissent une phase de décrispation, l’hypothèse d’une intervention militaire américaine contre le JNIM au Mali rebat les cartes sécuritaires au Sahel.

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