Désinformation et manipulations sur les réseaux sociaux : L’état passe à l’offensive

Le gouvernement algérien, sous la présidence du Premier ministre Sifi Ghrieb, a décidé de créer un dispositif national de veille et de fact-checking pour lutter contre la désinformation massive sur les réseaux sociaux.
Avec plus de 30 millions d'utilisateurs actifs, les plateformes comme Facebook, TikTok et X sont devenues les principaux vecteurs de rumeurs virales, amplifiées par des algorithmes favorisant l'engagement émotionnel.
La loi 20-06 prévoit désormais des peines d'un à trois ans de prison et 300 000 DA d'amende pour la diffusion volontaire de fausses informations, doublées en cas de récidive, sur le modèle de la loi française contre les infox et du NetzDG allemand.
Cette stratégie répressive s'accompagne d'une dimension préventive avec l'intégration du fact-checking dans les cursus de journalisme et la promotion de l'éducation aux médias selon les recommandations de l'UNESCO.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
L’impact dévastateur des rumeurs, justifie l’urgence de l’intervention étatique. L’exemple de la «crise de la pastèque» est frappant : de fausses informations sur des intoxications alimentaires ont provoqué une chute brutale des ventes, menaçant toute une filière agricole.
Le gouvernement, sous la présidence du Premier ministre Sifi Ghrieb lors de la réunion de jeudi, a franchi une étape importante en examinant la création d’un dispositif national de veille et de vérification des faits (fact-checking). Cette initiative ne se limite pas à une simple surveillance ; elle vise à «protéger l’intégrité de l’information» et à «restaurer la confiance des citoyens dans un écosystème médiatique numérique souvent saturé de rumeurs».
Dans un contexte géopolitique complexe, la manipulation de l’information est devenue une arme de déstabilisation massive. Réseaux sociaux, intox virales, contenus altérés : les risques d’atteinte à la paix sociale et à l’ordre public sont démultipliés.
Les réseaux sociaux (Facebook, TikTok, X, WhatsApp) servent de vecteurs privilégiés en raison de leur algorithme favorisant «l’engagement émotionnel».
Il faut savoir que l’Algérie compte plus de 30 millions d’utilisateurs actifs sur les réseaux sociaux, soit près de 70% de la population connectée. Principalement via mobile. Les Algériens utilisent les réseaux pour l’information, le divertissement, les relations sociales et de plus en plus pour le e-commerce et la politique.
Le plus grand danger n’est plus seulement le faux, mais le doute généralisé sur le réel (reality apathy). Les progrès de l’intelligence artificielle permettent désormais de générer des images, des vidéos et des voix quasiment indiscernables de la réalité. Décrypté, la création de ce dispositif fait ressortir la volonté de l’État de passer d’une posture réactive, où la Présidence et les ministères multiplient les démentis au cas par cas, à une approche structurelle pour combattre la désinformation sur les réseaux sociaux.
L’impact dévastateur des rumeurs, justifie l’urgence de l’intervention étatique. L’exemple de la «crise de la pastèque» est frappant : de fausses informations sur des intoxications alimentaires ont provoqué une chute brutale des ventes, menaçant toute une filière agricole. Pour sauver ce secteur, le gouvernement a dû intervenir par des analyses de laboratoire et des menaces de poursuites judiciaires contre les colporteurs de rumeurs. De même, lors des incendies d’une ampleur inédite, la Protection civile a dû exhorter les citoyens à ne se fier qu’aux sources officielles pour éviter la panique. Les «fake news», définies comme des nouvelles mensongères visant à manipuler ou tromper le public, font désormais l’objet de sanctions sévères. La loi n° 20-06 du 28 avril 2020 a introduit l’article 196 bis dans le Code pénal, prévoyant des peines d’emprisonnement allant de un à trois ans et des amendes pouvant atteindre 300 000 DA pour toute diffusion volontaire de fausses informations susceptibles de porter atteinte à la sécurité ou à l’ordre public.
En cas de récidive, ces peines sont doublées. Cette sévérité s’inscrit dans une tendance mondiale où de nombreux pays, comme la France avec la «loi infox», légifèrent pour protéger la démocratie contre les informations toxiques. En Allemagne, le NetzDG (loi sur les réseaux) impose aux plateformes de supprimer rapidement les contenus illégaux (haine, fake news graves) sous peine d’amendes.
Au-delà de la sanction, la volonté de l’État s’oriente vers la mise en place de mécanismes de prévention et de régulation. Bien que le fact-checking (ou journalisme de vérification) ait été historiquement peu pratiqué en Algérie, son importance est aujourd’hui jugée éminente pour clarifier le débat public et corriger les assertions trompeuses.
Bataille contre les rumeurs
La stratégie étatique intègre également une dimension éducative indispensable. Les spécialistes de la communication suggèrent d’introduire des modules spécifiques sur le fact-checking dans les cursus de journalisme et de favoriser la coopération avec des experts pour mieux contrôler l’avalanche de rumeurs sur les réseaux sociaux. Cette approche rejoint les recommandations de l’UNESCO sur la maîtrise de l’information (MIL), incluant la connaissance de l’éthique journalistique et la compréhension de l’«économie de l’attention» pour éviter les pièges des titres sensationnalistes.
L’action de l’État s’inscrit également dans un contexte de pression accrue face à une montée de l’insécurité physique et numérique. Le gouvernement fait face à une explosion de signalements concernant des faits graves : agressions dans les hôpitaux et violences récurrentes dans les stades, mise en ligne de «vidéos d’humiliation», qui alimentent les tensions sociales et exploitation de migrants. Le gouvernement veut montrer qu’il ne laisse plus passer ces dérives. La création du dispositif de fact-checking se veut être le bras numérique d’une politique plus vaste de restauration de l’autorité de l’État. Il s’agit de protéger tant l’économie nationale que la paix sociale contre les effets délétères d’un espace numérique non régulé, tout en répondant fermement aux violences physiques qui touchent les secteurs sensibles de la société.
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler