Octroi de la nationalité espagnole aux Sahraouis : Une réparation historique arrachée de haute lutte
La commission de la justice du Congrès espagnol a validé une proposition de loi accordant la nationalité aux Sahraouis nés sous administration espagnole avant 1977 et à leurs descendants, concernent environ 80 000 personnes.
Ce texte aboutit après un an de combat mené par la coalition Sumar et la députée Tesh Sidi, contre les réticences initiales du PSOE, dans un contexte de dette coloniale depuis l’abandon du référendum promis en 1974.
Une contradiction majeure persiste : depuis 2022, le gouvernement Sánchez soutient le plan d’autonomie marocain, niant le droit à l’autodétermination que cette naturalité reconnaît implicitement.
Le vote plénier reporté à septembre et l’examen au Sénat restent exposés à l’opposition de la droite, tandis que le Front Polisario réclame une cohérence que Madrid applique ailleurs mais suspend pour le Sahara occidental.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
En Espagne, la commission de la justice du Congrès des députés vient de valider une proposition de loi accordant la nationalité espagnole aux Sahraouis nés sous administration espagnole avant le 29 septembre 1977, ainsi qu’à leurs descendants. Environ 80 000 personnes sont concernées. Le vote en séance plénière, initialement attendu ce même 23 juillet, a été reporté à la rentrée parlementaire de septembre. Une étape décisive donc, mais pas encore un aboutissement.
Il faut se garder d’y voir un geste de bienveillance spontané de Madrid. Cette loi est d’abord le fruit d’un combat de plus d’un an mené par la coalition de gauche Sumar, portée notamment par la députée Tesh Sidi, elle-même d’origine sahraouie, et soutenue par des formations comme Más Madrid, contre les réticences longtemps affichées par le Parti socialiste ouvrier espagnol lui-même. Ce n’est qu’en juin, après des mois de blocage, qu’un accord a finalement été trouvé. La mobilisation de la diaspora sahraouie et de ses braves relais politiques a payé. Cette avancée s’enracine dans une dette historique que Madrid ne peut éluder. L’Espagne a colonisé le Sahara occidental depuis 1958. Sous la pression des Nations unies, qui l’ont inscrite dès 1963 sur la liste des territoires non autonomes, elle s’est engagée en 1974 à organiser un référendum d’autodétermination pour sa population. Cet engagement a été trahi l’année suivante : en 1975, l’Espagne a signé les Accords de Madrid, ouvrant la voie à l’occupation du territoire par le Maroc sans consulter les Sahraouis eux-mêmes. Ce renoncement a plongé la région dans une guerre de libération que le Front Polisario mène avec héroïsme et bravoure depuis lors. La loi votée en commission ne répare donc pas seulement une injustice administrative liée à l’apatridie et à des délais de naturalisation pouvant atteindre dix ans : elle rouvre, malgré elle, le dossier d’une responsabilité coloniale jamais pleinement assumée. Mais cette réparation partielle ne saurait masquer une contradiction que les partisans de la cause sahraouie ne peuvent ignorer. Depuis 2022, le gouvernement de Pedro Sánchez a rompu avec des décennies de neutralité espagnole pour apporter son soutien au plan de colonisation marocaine, un revirement réitéré en décembre 2025 lorsque Madrid a salué la résolution 2797 des Nations unies validant cette approche. Comment un Exécutif peut-il reconnaître, d’une main, le lien historique qui unit l’Espagne à des dizaines de milliers de Sahraouis au point de leur accorder sa nationalité, tout en niant, de l’autre, le droit collectif de leur peuple à disposer librement de son destin ? Cette incohérence n’a pas échappé aux propres rangs du PSOE, où des militants dénoncent l’abandon d’une position historique du parti, ni à ses partenaires de coalition, Sumar et Podemos, qui n’ont jamais digéré le tournant de 2022. Le Front Polisario, de son côté, réclame une cohérence que Madrid applique pourtant à d’autres conflits internationaux, mais semble suspendre dès qu’il s’agit du Sahara occidental.
Le calendrier de ce vote, intervenu peu après un déplacement de Pedro Sánchez en Algérie, invite également à y lire un possible geste d’équilibre diplomatique envers Alger, sans que cela ne remette en cause l’alignement malheureux de Madrid sur Rabat. Les prochaines étapes (vote plénier en septembre, puis examen par le Sénat) restent en outre exposées à la pression du Parti populaire et de Vox, opposés au texte. Cette loi doit donc être saluée comme une victoire de la mobilisation sahraouie et un rappel salutaire de la responsabilité historique de l’Espagne. Mais elle ne doit en aucun cas servir d’alibi humanitaire à un renoncement politique. Le seul horizon légitime demeure celui promis par l’ONU depuis 1963 : un référendum d’autodétermination, seul à même de rendre au peuple sahraoui la souveraineté que les Accords de Madrid lui ont confisquée en 1975.
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler