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Visas délivrés par la France aux algériens : La victoire de l’extrême droite

Par Lakhdar Hagani6 min de lecture
Visas délivrés par la France aux algériens : La victoire de l’extrême droite
Résumé IA

L'ambassadeur de France à Alger a évoqué un retour à 250 000 visas annuels pour les Algériens, déclenchant une vive réaction de l'extrême droite française.

Emmanuel Macron a publiquement désavoué son ambassadeur, insistant sur l'absence de « laxisme » et rappelant sa propre réduction drastique des visas en 2017.

La politique des visas envers l'Algérie reste ainsi otage des calculs électoraux français, au détriment de milliers de familles, étudiants et professionnels algériens.

Aucune amélioration durable n'est possible tant que la mobilité des Algériens dépendra de la politique intérieure française plutôt que d'une relation bilatérale apaisée.

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Alors qu’un possible retour à un niveau de délivrance plus « normal » semblait ouvrir une perspective d’apaisement entre Paris et Alger, le dossier reste soumis aux pressions de l’extrême droite, ce qui affecte des milliers de parcours personnels, familiaux et professionnels en Algérie.

La polémique franco-française autour des visas délivrés par la France aux algériens révèle une nouvelle fois l’imbrication entre diplomatie et politique intérieure française. Alors qu’un possible retour à un niveau de délivrance plus « normal » semblait ouvrir une perspective d’apaisement entre Paris et Alger, le dossier reste soumis aux pressions de l’extrême droite, ce qui affecte des milliers de parcours personnels, familiaux et professionnels en Algérie. L’épisode est révélateur du malaise chronique qui caractérise la relation franco-algérienne : il aura suffi de quelques mots prononcés par l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, pour que l’Élysée batte en retraite en moins d’une semaine.
Le 14 juillet, dans un entretien accordé à TSA, Stéphane Romatet évoquait la perspective d’un retour du volume de visas délivrés aux Algériens à son niveau d’avant-crise, soit environ 250 000 par an.
Une déclaration mesurée, presque technique, qui n’annonçait ni largesse ni rupture, mais un simple retour à la normale diplomatique. Il n’en fallait pas plus pour déclencher, côté français, une levée de boucliers à droite et à l’extrême droite.
Le Quai d’Orsay a d’abord réagi qu’aucun objectif chiffré n’avait été fixé. Puis, mercredi 22 juillet, c’est Emmanuel Macron lui-même qui est monté au créneau, en Conseil des ministres, pour « corriger » son propre ambassadeur. Par la voix de sa porte-parole Maud Bregeon, le président a insisté : aucun chiffre arrêté, et surtout, « aucun laxisme » de la part de la France. Le choix des mots n’est pas anodin. Parler de « laxisme » à propos de la délivrance de visas à des familles algériennes qui veulent simplement rendre visite à leurs proches, c’est déjà céder au vocabulaire de ceux que l’on prétend combattre. Plus révélateur encore, Maud Bregeon a cru bon de rappeler que c’est Emmanuel Macron lui-même qui, dès son arrivée au pouvoir en 2017, avait décidé de réduire drastiquement un volume de visas alors fixé à 500 000 par an. Un chiffre invoqué non pas comme un aveu de rigueur excessive, mais comme un argument de fermeté à brandir face à une droite et une extrême droite toujours promptes à instrumentaliser la question migratoire.
C’est là que le bât blesse. En rappelant sa propre décision de 2017, le président français ne fait que confirmer ce que beaucoup d’Algériens vivent depuis des années : la politique des visas n’obéit pas à des critères administratifs stables, mais aux rapports de force politiques internes à la France. Elle se resserre quand l’extrême droite gronde, elle se desserre quand la diplomatie l’exige.

Le RN dicte l’agenda

Les familles séparées, les étudiants et les professionnels, n’ont pas voix au chapitre : ils sont les variables d’ajustement d’un débat qui les dépasse. Le paradoxe est là : un président de la République qui dispose, en théorie, de toute la latitude constitutionnelle pour fixer une politique de mobilité cohérente choisit de désavouer publiquement son propre ambassadeur plutôt que d’assumer une évolution qu’il avait pourtant lui-même annoncée en creux, quelques mois plus tôt, à travers son propre gouvernement. On est loin de la posture d’homme d’État qui affronte ses oppositions ; on est plutôt dans la gestion défensive d’un agenda dicté, de fait, par le Rassemblement national et une partie de Les Républicains.
Cette séquence illustre une réalité: la relation franco-algérienne reste otage d’un calendrier électoral français qui n’a que faire des vies concrètes qu’il affecte. À l’approche de 2027, chaque geste envers Alger devient un totem que l’extrême droite s’empresse de récupérer, et que l’exécutif s’empresse de désamorcer, quitte à se contredire publiquement en l’espace de quelques jours. Pour les Algériens qui suivent ce feuilleton, le message est sans ambiguïté : tant que la question des visas restera un enjeu de politique intérieure française plutôt qu’un sujet traité dans le cadre d’une relation bilatérale apaisée, aucune amélioration durable n’est à attendre. Les déclarations d’un ambassadeur, aussi mesurées soient-elles, continueront d’être décrédibilisées dès qu’elles heurteront la sensibilité d’un électorat que Macron cherche visiblement à ménager plus qu’à convaincre. La réaction de Macron a ainsi suscité de nombreuses réactions en Algérie, où une partie importante de l’opinion publique refuse de réduire le débat à des statistiques. Derrière chaque visa refusé ou retardé se trouvent des réalités humaines et la perception dominante est que ces liens ne devraient jamais servir de variable d’ajustement dans les affrontements politiques parisiens. La mobilité des Algériens vers la France ne devrait pas dépendre de la météo politique de Paris. Elle mérite un traitement digne, stable et déconnecté des calculs électoraux. La France et l’Algérie partagent une histoire complexe, des liens familiaux profonds et des intérêts communs : faire des visas un symbole de fermeté politique risque davantage d’alimenter la méfiance que de construire un dialogue durable. 

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