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Affaire Epstein : Daniel Siad est mort, emportant ses secrets dans la tombe

Par Abdelouahab Souag7 min de lecture
Affaire Epstein : Daniel Siad est mort, emportant ses secrets dans la tombe
Résumé IA

Daniel Siad, 68 ans, figure centrale des documents américains sur le réseau Epstein comme principal recruteur, est mort le 20 juillet à Colombes avant toute audition approfondie par la justice française.

Cinq femmes au moins l'accusent de viol ou de traite d'êtres humains, dont une agression à Cannes en 1990, mais aucune mise en examen n'avait été prononcée avant son décès.

Né en Algérie, naturalisé suédois puis français, ex-scout mannequin et représentant du MAK aux Émirats, il a recruté pour Epstein pendant plus d'une décennie dans plusieurs pays, y compris après 2008.

Sa disparition s'ajoute aux décès d'Epstein et Brunel sans que l'autopsie n'ait encore tranché entre mort naturelle et hypothèses d'assassinat, laissant l'enquête sans témoin clé.

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El Watan

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Daniel Amar Siad est mort avant de pouvoir être entendu en profondeur par la justice française. Son corps a été découvert le 20 juillet dans son pavillon de Colombes, dans le département des Hauts-de-Seine, en région parisienne (France), par la jeune femme qui partageait son domicile. Âgé de 68 ans, cet ancien recruteur de mannequins figurait depuis quelques semaines parmi les noms les plus cités dans les documents judiciaires américains relatifs au réseau de Jeffrey Epstein.

Son décès intervient alors que plusieurs procédures étaient ouvertes en France et relance les interrogations dans une affaire où plusieurs protagonistes ont disparu avant que les enquêtes ne livrent toutes leurs conclusions. Le parquet de Nanterre a ouvert une enquête en recherche des causes de la mort et ordonné une autopsie. Aucune trace de violence n’a été rendue publique. L’avocate de Daniel Siad privilégie l’hypothèse d’un arrêt cardiaque, estimant que son client subissait depuis plusieurs mois une forte pression médiatique et judiciaire. Cette explication ne met toutefois pas un terme aux interrogations. Parmi certaines plaignantes, sur les réseaux sociaux et dans plusieurs médias spécialisés, le calendrier de cette disparition alimente les spéculations. Certains évoquent un possible assassinat destiné à faire taire un témoin important, d’autres parlent d’un «nettoyage» visant à protéger d’éventuels acteurs encore inconnus de l’enquête. À ce stade, aucune preuve ne vient étayer ces hypothèses. Elles témoignent néanmoins de la défiance qui entoure un dossier déjà marqué par les décès successifs de Jeffrey Epstein en 2019 et de Jean-Luc Brunel en 2022. Né en 1957 en Algérie, Daniel Amar Siad quitte le pays au début des années 1980 pour s’installer en Suède. Il obtient ensuite la nationalité suédoise avant d’être naturalisé français. Son parcours professionnel se construit dans le monde international du mannequinat où il travaille comme «scout», chargé d’identifier de nouveaux visages pour les agences, mais aussi comme photographe, consultant et chef de projet pour plusieurs chaînes de télévision spécialisées dans la mode. Son activité le conduit à séjourner à Stockholm, Barcelone, Paris ainsi que dans plusieurs pays du Golfe. Entre 2017 et 2020, Daniel Siad exerce une fonction de représentation pour le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) entre autres aux Émirats arabes unis. Le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) est classé comme organisation terroriste en Algérie. Il multiplie les déplacements dans les pays du Golfe et élargit son réseau de relations dans différents milieux politiques, diplomatiques et associatifs. Il participe à plusieurs rencontres internationales. En 2020, son nom commence à apparaître dans les premiers éléments liés à l’affaire Epstein.

Principal recruteur d’Epstein

Cette activité passe rapidement au second plan avec les révélations de l’enquête américaine. Jusqu’en 2026, Daniel Siad demeure relativement inconnu du grand public. La publication des archives judiciaires américaines le place soudainement au centre de l’attention. Son nom apparaît entre un millier et plus de deux mille fois dans les courriels, listes de contacts et documents saisis par les enquêteurs du Département de la Justice des États-Unis. Selon ces documents, Daniel Siad figure parmi les principaux intermédiaires chargés de recruter de jeunes femmes pour Jeffrey Epstein pendant plus d’une décennie. Les archives décrivent l’envoi de photographies, de vidéos, de descriptions physiques et de renseignements personnels concernant des candidates recrutées en Europe de l’Est, en Espagne, en France, au Maroc, à Cuba ainsi qu’en Afrique du Sud. Elles mentionnent également l’organisation de déplacements, des avances de fonds et des paiements transitant notamment par Dubaï. Les mêmes documents montrent que Jean-Luc Brunel, longtemps considéré comme le principal recruteur d’Epstein dans le milieu de la mode, identifie Daniel Siad comme l’un de ses collaborateurs. Les archives indiquent également que les échanges entre Jeffrey Epstein et Daniel Siad se poursuivent après la condamnation du financier américain en 2008 pour des faits liés à l’exploitation sexuelle de mineures.
En France, la publication des documents américains entraîne l’ouverture de plusieurs procédures judiciaires. Au moins cinq femmes accusent Daniel Siad de viol ou de participation à un système de traite des êtres humains. Parmi elles figure l’ancien mannequin suédois Ebba Karlsson, qui affirme avoir été violée à Cannes en 1990 après avoir été recrutée dans le milieu de la mode. Le parquet de Paris ouvre une enquête pour traite des êtres humains en bande organisée. Plusieurs actes d’investigation, dont des interceptions téléphoniques, sont réalisés afin de vérifier les accusations portées contre lui.
Au moment de son décès, Daniel Siad n’avait fait l’objet ni d’une condamnation ni d’une mise en examen dans ces procédures. Avec sa disparition, les enquêteurs perdent un acteur susceptible d’éclairer les mécanismes de recrutement décrits dans les documents américains. Les investigations devront désormais déterminer si des archives, des échanges électroniques ou d’autres éléments matériels permettent de reconstituer le fonctionnement du réseau et d’identifier d’éventuels intermédiaires ou complices. Les résultats de l’autopsie et la poursuite des investigations devront établir les circonstances exactes du décès. En attendant, aucune preuve ne permet de retenir la thèse d’un homicide. Cette disparition, survenue avant toute audition judiciaire approfondie, ajoute toutefois une nouvelle zone d’ombre à une affaire qui, plus de vingt ans après les premiers faits reprochés à Jeffrey Epstein, continue de soulever davantage de questions que de réponses.

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