L’économie américaine ne peut pas croître sans les énergies renouvelables
L'économie américaine, tirée par la consommation des ménages qui représente 56 % de la croissance du PIB, ne peut plus reposer sur les combustibles fossiles bon marché et doit accélérer le déploiement des renouvelables pour soutenir sa croissance.
La loi OBBBA a accru les subventions aux hydrocarbures tout en abrogeant les crédits verts de l'IRA, ce qui selon Princeton ajouterait 28 milliards aux factures d'ici 2030, pendant que les centres de données d'IA absorbent déjà la moitié de la nouvelle demande électrique.
Parallèlement, l'éolien et le solaire sont devenus respectivement 53 % et 41 % moins chers que les fossiles en 2024, et la demande de véhicules électriques explose malgré l'inflation, confirmant la compétitivité des énergies propres.
Rétablir l'IRA et développer une fabrication nationale pour les composants stratégiques comme les onduleurs, tout en important les panneaux solaires bon marché, sécuriserait les chaînes d'approvisionnement et préserverait le socle d'énergie abordable du modèle américain.
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Le Quotidien d'Oran
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Au cours des vingt dernières années, la consommation des ménages a représenté en moyenne environ 56 % de la croissance annuelle du PIB des États-Unis – reflet d’une structure économique atypique, à la fois sous-produit involontaire de la domination du dollar et résultat d’une stratégie de croissance délibérée.
Le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale a, sans le vouloir, créé des conditions idéales pour le consommateur américain dépensier. Fournir des dollars au reste du monde permet aux États-Unis de maintenir indéfiniment des déficits courants. De plus, la forte demande d’actifs libellés en dollars fait monter le taux de change du billet vert, rendant les exportations américaines relativement plus chères, dopant les importations et contribuant au déclin de l’industrie manufacturière américaine.
Depuis des décennies, les responsables politiques américains ont cependant aussi recouru à diverses politiques pour stimuler la consommation des ménages. Dans le logement, par exemple, l’État fédéral propose depuis longtemps des allègements sur la dette hypothécaire, des crédits d’impôt et des subventions, permettant aux propriétaires d’utiliser leur bien comme garantie pour emprunter davantage. De même, l’État réduit le risque du crédit pour le secteur financier via des dispositifs de garantie et de liquidité, ce qui crée une sorte de « culture de la finance » qui normalise le fait de dépenser au-delà de ses moyens.
Surtout – et c’est moins souvent relevé –, le gouvernement américain soutient la consommation des ménages par sa politique énergétique. Une forte consommation d’énergie est au cœur du mode de vie américain. Les maisons sont plus grandes, ce qui exige davantage d’énergie pour les construire, les chauffer et les climatiser. Par rapport à une grande partie du reste du monde, les Américains achètent plus de voitures (et plus grosses), parcourent de plus longues distances et consomment davantage de viande et d’autres biens à forte intensité carbone.
En outre, le gouvernement américain subventionne l’industrie pétrolière et gazière depuis plus d’un siècle, via le traitement fiscal des coûts de forage immatériels. Les États-Unis disposant d’immenses réserves d’hydrocarbures, cela incite la production à dépasser la demande, entraînant une sous-évaluation systématique des combustibles fossiles.
Le paysage énergétique évolue pourtant, sous l’effet de la flambée des prix de l’énergie pour les ménages américains et de la chute des coûts des renouvelables. Le problème, c’est que le président américain Donald Trump, tout en reconnaissant que l’abondance d’une énergie bon marché sous-tend le modèle de croissance américain tiré par la consommation, confond cela avec les combustibles fossiles, prenant une corrélation historique pour une relation de cause à effet.
Le programme « drill, baby, drill » de Trump a cherché à accroître la production de pétrole et de gaz, alors même que d’autres pays sortent progressivement des combustibles fossiles. La loi One Big Beautiful Bill Act (OBBBA) de son administration a augmenté les subventions à l’industrie pétrolière et gazière tout en abrogeant presque tous les crédits d’impôt instaurés par l’Inflation Reduction Act (IRA) de l’administration Biden pour accélérer le déploiement des énergies propres.
Des travaux du laboratoire ZERO de l’université de Princeton estimaient qu’à l’horizon 2030, l’OBBBA ferait augmenter de 28 milliards de dollars les coûts énergétiques des ménages et des entreprises aux États-Unis. Un an après l’adoption du texte, cette prévision semble se confirmer et pourrait même s’avérer optimiste, alors que les chocs d’offre liés à la guerre en Iran et le boom des centres de données pour l’IA font bondir les prix de l’énergie. L’an dernier, les centres de données ont représenté environ la moitié de la nouvelle demande d’électricité aux États-Unis, et leur croissance rapide pourrait faire grimper les factures d’électricité des consommateurs jusqu’à 25 % dans certaines régions d’ici 2030.
Pendant ce temps, le prix des énergies renouvelables continue de tomber à de nouveaux planchers. En 2024, l’éolien et le solaire étaient respectivement 53 % et 41 % moins chers que les combustibles fossiles. La fermeture pendant plusieurs mois du détroit d’Ormuz, qui a gravement perturbé les flux mondiaux de pétrole et de gaz, a conduit des pays du monde entier à se tourner vers les renouvelables, en recourant à des technologies vertes largement fabriquées par la Chine. Même aux États-Unis, la demande des consommateurs pour les véhicules électriques a explosé en même temps que l’inflation.
L’économie américaine de la consommation ne peut plus fonctionner aux combustibles fossiles. Pour maintenir la croissance, les États-Unis doivent suivre l’exemple d’autres pays et accélérer le déploiement des renouvelables. Relancer l’IRA, principalement axée sur l’abondance énergétique, est une première étape évidente.
Certes, de nombreux décideurs aux États-Unis et dans l’Union européenne s’inquiètent des risques de sécurité que ferait peser la tech verte chinoise ; l’UE est même allée jusqu’à envisager d’interdire les onduleurs en provenance de Chine. Mais la meilleure manière de répondre à ces inquiétudes consiste à moderniser l’appareil productif existant afin de fabriquer sur le territoire les composants à haut risque, comme les onduleurs, tout en continuant d’importer des pièces sûres et bon marché, comme les panneaux solaires eux-mêmes. Cela supposerait de mettre en œuvre une politique industrielle, mais rien qui sorte de l’ordinaire.
La détermination de l’administration Trump à ignorer l’énergie propre n’est pas seulement coûteuse ; elle compromet aussi la croissance économique de long terme. Réprimer activement les renouvelables alors que les prix des combustibles fossiles augmentent régulièrement sonnera le glas d’un modèle de croissance fondé sur la promesse d’une énergie bon marché.
*Maître de conférences en sociologie à l’université de Virginie et chercheur non résident au Roosevelt Institute.
L’auteur de l’ouvrage à paraître Why Carbon Taxes Failed (Oxford University Press, août 2026).