5e anniversaire du 25 Juillet en Tunisie : Reddition des comptes tous azimuts, relance économique au ralenti

La Tunisie commémore le 5e anniversaire du 25 juillet 2021, date à laquelle le président Kaïs Saïed a gelé le Parlement et engagé une refonte institutionnelle aboutissant à une nouvelle Constitution, un Parlement bicaméral et sa réélection en octobre 2024.
Le pouvoir rejette les conditionnalités du FMI, assume un service de la dette à 31‑32 % du budget et déploie le programme « Amen social » — allocations doublées pour 260 000 familles, aides aux jeunes enfants, logements et transports publics rénovés sans hausse des tarifs.
Sur le plan judiciaire, d’anciens dirigeants d’Ennahdha et de gouvernements post‑2011 sont lourdement condamnés : Rached Ghannouchi à la perpétuité, Ali Laarayedh à 42 ans, Hichem Mechichi à 35 ans par contumace, pour atteinte à la sûreté de l’État et envoi de jihadistes en Syrie.
Dans le volet financier, l’ex‑chef du gouvernement Youssef Chahed écope de six ans de prison et 800 millions de dinars d’amende pour le dégel illégal des avoirs de l’homme d’affaires Marouane Mabrouk, quatre de ses ministres étant également sanctionnés.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Maitrise totale du Président Saied sur l’Etat en Tunisie depuis le 25 juillet 2021 avec la nouvelle Constitution, les élections de la nouvelle Assemblée et du Conseil national des régions et des districts. Satisfaction populaire grâce aux acquis sociaux en faveur des plus démunis et aux résultats de la lutte contre les réseaux de terrorisme et de malversations. Difficultés persistantes dans la relance économique et déficit latent dans la création d’emplois, notamment pour les diplômés.
La Tunisie vit ce 25 juillet 2026 le 5e anniversaire de l’attribution d’un véritable pouvoir au Président Kais Saied, en gelant les activités du Parlement et destituant le chef du gouvernement.
Le pays a connu une refonte de ses législations constitutionnelles et de ses institutions politiques avec l’adoption par Référendum d’une nouvelle Constitution, le 25 juillet 2022. Une nouvelle Assemblée des représentants du peuple (ARP) a été élue le 17 décembre 2022, alors que la 2e Chambre, le Conseil national des régions et des districts a vu le jour en avril 2024. Le Président Saïed avait ainsi installé une nouvelle structure politique en Tunisie, avant d’entamer son deuxième mandat suite à la présidentielle du 06 octobre 2024. Cinq ans après le 25 juillet 2021, deux ans écoulés de son second mandat, il est utile de faire le bilan de la Tunisie dans cette conjoncture internationale dominée par les tensions géopolitiques et l’incertitude.
Non au dictat du FMI
A l’actif de la Tunisie, côté satisfactions, son rejet du dictat du Fonds monétaire international (FMI), qui exigeait la levée progressive de la subvention des produits de base et du carburant. Le Président Saïed avait refusé pareilles décisions, les jugeant susceptibles de faire dégrader les conditions de vie des couches populaires. Plusieurs experts avaient prévu à l’époque la banqueroute de la trésorerie publique tunisienne. Mais, cinq ans plus tard, la Tunisie continue d’honorer ses engagements internationaux malgré la lourdeur du service de la dette, héritée surtout des gouvernements de l’après 2011. Les remboursements annuels oscillent entre 31 et 32% du budget de l’Etat durant les trois dernières années (2023/24/25), alors que le service de la dette extérieure représentait 13,4% du budget de l’Etat en 2023, 15,2% en 2024 et 12,8% en 2025. L’endettement global est au niveau de 79,81% du PIB. Le Trésor public tunisien a fait preuve de solidité pour gérer l’endettement en maintenant les choix sociaux de l’Etat.
Amen social
L’autre action très appréciée concerne le programme ‘Amen social’, une initiative ciblant les citoyens les plus démunis en leur offrant des allocations monétaires, la gratuité des soins médicaux ainsi que des opportunités de créer des projets autonomes. L’allocation mensuelle est même passée depuis Mai 2024 de 180 D à 280 D aujourd’hui. Elle a pratiquement doublé depuis 2011. Près de 260 000 familles (près de 9% des ménages tunisiens) bénéficient de ces allocations. Par ailleurs, une autre allocation mensuelle de 30 dinars est accordée depuis 2024 pour les enfants de 0 à 5 ans, pour améliorer la nutrition, la santé et l’éducation de ces enfants. 160.000 enfants, issus de 103 000 familles bénéficient de ces avantages. C’est dire l’intérêt accordé par le Président Saïed à ces familles démunies, dont les listes ont été épurées, en toute transparence, pour éviter toute malversation dans ce domaine.
Primauté socioéconomique
En plus du programme ‘Amen Social’, plus de rigueur a été observé dans l’attribution des logements sociaux, dont les projets avaient mis des années pour être distribués, pour éviter les connivences. Après le 25 juillet 2021, les instructions du Président Saïed étaient claires concernant les critères de choix des bénéficiaires de logements sociaux. Le respect des critères était de mise et les contestations étaient réduites au strict minimum avec des arbitrages sévères et transparents. Par ailleurs, et dans cette même logique de soutien aux plus démunis, le parc du transport public a été rénové, en 2025, sans qu’il n’y ait de révision significative du prix du transport. Plus d’un millier d’autobus ont été importés de Chine et affectés dans toutes les régions de la République pour relayer le parc très vétuste du transport public. Le ticket de bus et de métro vaut de 0,15 à 0,3 Euro, alors que la semaine de transport varie de 2 à 4 euros dans un pays dont le SMIG mensuel est aux alentours de 170 euros. Le pouvoir d’achat du Tunisien moyen est certes très limité, mais la Tunisie reste l’un des pays les moins chers du monde avec une baguette à six centimes d’euro, paquet de 500 grammes de pâtes alimentaires à douze centimes d’euro et le litre de lait à quarante centimes d’euros. Le litre d’essence se situe à 77 centimes d’euro, le prix le moins cher dans les pays du pourtour méditerranéen pour les non-pétroliers. Le Président Saïed s’est opposé au dictat du FMI pour préserver ces acquis sociaux.
Reddition des comptes I
Le 2e mandat du Président Saïed, entamé le 06 pctobre 2024, a été marqué par différentes affaires où sont impliquées d’anciens responsables politiques et des hommes d’affaires. Les politiques sont accusés, soit de complot perpétré, entre fin 2022 et début 2023, contre la sûreté de l’Etat, ou des affaires politico-criminelles lors de leur gestion de l’Etat entre 2012 et 2021, comme l’envoi de plusieurs milliers de jeunes Tunisiens combattre en Syrie, la falsification de passeports, l’octroi de la nationalité tunisienne à des personnes qui ne répondent pas aux critères, etc. Parmi ces personnes figure l’ex-président de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) et fondateur du Mouvement islamiste d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, condamné à perpétuité dans l’affaire de l’appareil secret du Mouvement Ennahdha, en plus d’autres condamnations. L’ex-chef du gouvernement et ex-ministre de l’intérieur, l’islamiste Ali Laareyedh, est condamné à 42 ans de prison dans la même affaire. Laareyedh est également condamné dans l’affaire d’envoi de jeunes tunisiens en Syrie.
L’autre chef du gouvernement Hichem Mechichi est condamné à 35 ans de prison par contumace dans l’affaire Instalingo, dont le délit est la création de contenus pour déstabiliser l’Etat. Des ex-ministres, soit d’Ennahdha, Noureddine Bhiri, ou des partis sociaux-démocrates comme Ahmed Néjib Chebbi, Ghazi Chaouachi, Ridha Belhaj ainsi qu’une soixantaine d’autres acteurs de la scène politique, notamment des islamistes, ont été condamnées pour diverses affaires de déstabilisation pendant leur exercice du pouvoir (entre 2012 et 2021) ou après. C’est pendant le 2e mandat du Président Saïed que ces affaires ont été jugées alors qu’elles trainaient dans les couloirs de la justice depuis 2013 pour certaines. «Le mouvement islamiste Ennahdha n’est pas spécialement visé. Plusieurs figures de premier plan ont été épargnées, comme le fondateur du mouvement et ex-vice-président de l’ARP, Abdelfattah Mourou. Les condamnations portent sur des actes et visent des implications», assure le chroniqueur Khalil Rekik.
Reddition des comptes II
L’autre aspect de la reddition des comptes est économico-financier. L’ex-chef du gouvernement, Youssef Chahed a été ainsi condamné en appel, début juillet 2026 dans l’affaire de la levée du gel des avoirs de l’homme d’affaires Marouane Mabrouk, décidée en janvier 2018 lors d’un conseil ministériel restreint. Il écope de six ans de prison ferme ainsi que d’une amende de 800 millions de dinars (près de 250 millions d’euros). Quatre autres ministres, Mabrouk Korchid, Ridha Chalghoum, Mohamed Anouar Maarouf et Khemaies Jhinaoui, ainsi que le conseiller économique du gouvernement Lotfi Ben Sassi et l’ancien directeur général d’Al Karama Holding Adel Grar ont été condamnés dans la même affaire, alors que les ministres, Riadh Mouakher, Salma Elloumi, Imed Hammami et Samir Taïeb, qui ont voté contre la décision, ont bénéficié d’un non-lieu. «C’est dire que les malversations sont arrivées au sommet de l’Etat», constate le chroniqueur Khalil Rekik. L’affaire de l’homme d’affaires, Marouane Mabrouk, gendre de Ben Ali en est le flagrant témoignage, c’est une affaire de gros sous.
Reddition des comptes III
D’autres dossiers d’affaires, aussi lourdes, ont été jugés ces deux dernières années. Le premier concerne l’homme d’affaires Slim Chiboub, l’autre gendre de Ben Ali, alors que le deuxième concerne le dossier de l’affaire entre l’Etat tunisien et la Banque franco-tunisienne, soumise à l’arbitrage international. Des affaires de plusieurs centaines de millions d’euros. «Et comme par hasard, l’Instance de Vérité et Dignité (IVD) est impliquée dans ces deux dossiers, avec un arbitrage sur-mesure dans le dossier Chiboub et une attestation de victime pour Abdelmajid Bouden dans l’affaire de la Banque franco-tunisienne, qu’il a utilisée pour justifier sa demande d’indemnisation monstre de près de 400 millions d’euros. Il avait fallu un recours de dernière minute auprès de la cour d’arbitrage pour faire éviter à la Tunisie un sort pareil», relate le chroniqueur Khelil Rekik, en ajoutant que «la présidente de l’IVD a tenté d’induire en erreur tout le monde, en présentant des versions différentes du rapport final de l’Instance, une pour la présidence de la République, une autre pour l’Assemblée des Représentants du Peuple et une dernière pour la la Présidence du gouvernement et le Journal Officiel, où c’est précisément l’affaire BFT apparait comme par enchantement ».
Concernant l’homme d’affaires Slim Chiboub, les faits montrent qu’en 2016, il est rentré de Dubaï et a proposé un arrangement avec l’Etat tunisien dans le cadre de la loi de réconciliation. Et alors que l’Etat tunisien lui réclamait 1.120 millions de dinars (350 millions d’euros) pour les multiples malversations commises au détriment du bien public, l’arbitrage de l’IVD lui a permis de faire baisser la somme à 307 millions de dinars (90 millions d’euros), avec un paiement échelonné sur quatre ans, annoncé entre 2018 et 2021. Déjà en décembre 2019, Slim Chiboub n’avait pas payé le moindre centime à la caisse de l’Etat. D’ailleurs, les deux récentes condamnations de la présidente de l’IVD, Sihem Ben Sedrine, à cinq et vingt ans de prison et à une amende de 1,79 milliard de dinars (525 millions d’euros) d’amende, concernent des accusations d’obtention d’avantages injustifiés dans le dossier d’arbitrage et de réconciliation de Chiboub, cinq ans de prison et 1,776 milliard de dinars (520 millions d’euros) d’amende (solidaire avec d’autres co-accusés). Ben Sedrine a écopé de vingt ans de prison et de 16 millions de dinars d’amende dans l’affaire BFT où elle a été accusée de falsification du rapport final de l’IVD et de préjudice causé à l’Etat tunisien. Pour sa part, le vice-président de l’IVD et président de sa commission d’arbitrage et de réconciliation, Khaled Krichi a écopé de cinq ans de réclusion pour chacune des deux affaires. Il est solidaire de Ben Sedrine pour les amendes prononcées contre les accusés dans ces affaires.
Enfin
La Tunisie a dû attendre le plein pouvoir du Président Kais Saïed, après 2021, pour pouvoir condamner les instigateurs des assassinats politiques de 2013 à l’encontre de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, ainsi que les diverses opérations terroristes depuis 2012 et jusqu’à la fin de 2015, quand le cycle d’attaques terroristes avait pris fin, ne laissant place qu’à de rares incidents de loups isolés. Le chroniqueur Khalil Rekik a régulièrement insisté sur l’implication de la justice, pour «diluer les affaires, voire même libérer les criminels». Ainsi, «les affaires des diverses attaques terroristes et celles en rapport avec le ralliement de milliers de jeunes Tunisiens dans les luttes en Syrie, Irak, Libye, etc. sont restées dans les tiroirs ou désorientées en raison de la complicité de Béchir Akremi, ancien procureur général près du Tribunal de première instance de Tunis et de son réseau de complaisance», ajoute Rekik, avant de conclure qu’il a fallu «l’éviction de Akremi, en juin 2022 au sein d’un groupe de 57 magistrats, pour avancer dans les affaires précitées. Béchir Akremi a été arrêté en février 2023 et condamné à plusieurs peines atteignant 29 ans de prison».
Attentes
Il est clair qu’en Tunisie, le dossier de reddition des comptes, aussi bien des corrompus sous Ben Ali ou après, est en cours. De même pour les écarts commis durant la décennie de 2012 à 2021. La quasi-majorité des partis politiques et des organisations ont condamné le ralliement de jeunes Tunisiens dans les zones de tension. La société civile tunisienne trouve équitable que «les personnes impliquées soient condamnées», selon le journaliste Soufiane Ben Farhat. Cela n’empêche que plusieurs chantiers restent à réaliser, notamment la croissance économique qui piétine et n’a jamais dépassé les 3% durant les 15 dernières années, ce qui a eu une incidence directe sur le taux de chômage chez les diplômés du supérieur qui frôle les 25% alors que le taux de chômage global n’est que de 15% selon les chiffres de l’Institut National des Statistiques. Les Tunisiens attendent avec impatience la réalisation des projets dans le cadre de la conciliation pénale, promulguée par le Président Saied et qui consiste à l’arrêt des poursuites judiciaires et le financement des régions pauvres. Il s’agit d’un processus visant à récupérer l’argent public détourné et à le réinvestir localement. En attendant, le Trésor public ne dégage pas suffisamment pour le développement économique.
L’Etat ne trouve pas de fonds suffisants pour le développement. Sur le plan constitutionnel, les Tunisiens attendent encore l’installation de la Cour constitutionnelle. Les chantiers ne manquent pas en Tunisie. «Le goût amer de l’expérience 2012 / 2021 laisse à l’hésitation avant d’entamer la moindre tentative», conclut le chroniqueur Khelil Rekik.
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler