Lamine Merbah, réalisateur et producteur algérien, est mort à 80 ans : Le perfectionniste de l’image

Par Nacima Chabani•6 min de lecture
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Lamine Merbah, réalisateur et producteur algérien, est mort à 80 ans : Le perfectionniste de l’image
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Le réalisateur, documentariste et producteur algérien Lamine Merbah est décédé le 24 juillet à Alger à l'âge de 80 ans, après une longue maladie, et a été inhumé au cimetière Boudjemaâ Temime.

Figure emblématique du cinéma algérien, il a marqué l'histoire par son perfectionnisme rigoureux et une filmographie dense incluant Les Spoliateurs, Beni Handel, Les Déracinés et la série documentaire L'Afrique, des ténèbres à la lumière.

Il a dirigé l'Entreprise nationale de production audiovisuelle de 1988 à 1995, fondé sa maison de production Amine Intaj en 2003, et coordonné la Tricontinentale des cinéastes à Alger en 1973.

Pionnier de la bande dessinée algérienne avec la revue M'Quidech dès 1969, il a reçu en 2013 le Prix du Patrimoine Sid Ali Melouah du FIBDA pour ses récits engagés.

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Lamine Merbah, cet immense réalisateur, documentariste et producteur algérien, a tiré sa révérence à l’âge de 80 ans, le 24 juillet, à Alger suite à une longue maladie. Il a été inhumé, hier, au cimetière Boudjemaâ Temime, à Draria, à Alger. Retour sur la trajectoire de cette figure lumineuse, dont la vie fut guidée par une profonde modestie et une impeccable droiture morale.

Le réalisateur Lamine Merbah, à qui l’on doit une filmographie dense et variée à la fois, a combattu le cinéma à bras-le-corps pour imposer sa vision artistique. Véritable pilier du cinéma algérien, il s’est donné pour vocation de placer l’histoire, le patrimoine mémoriel et l’identité nationale au centre de sa création artistique.
Le défunt était réputé pour son perfectionnisme et son exigence dans le travail. Il exigeait plus de prises pour une simple scène de discussion ou encore il se plaisait à répéter chaque plan de jeu des acteurs plusieurs fois pour obtenir un réalisme. Sa discipline et son dévouement absolu pour le septième art, il les a puisés dans un solide cursus universitaire ainsi que dans des stages prestigieux à l’étranger. Fils de Moulay Merbah, figure historique du Mouvement national algérien, Lamine Merbah est né le 28 juillet 1946 à Tighennif à Mascara. Après une scolarité primaire effectuée à Ksar Chellala dans la wilaya de Tiaret, sa ville d’origine, il poursuit ses études secondaires au lycée Bencheneb de Médéa. Son parcours artistique s’ouvre ensuite avec son admission à l’Institut national du cinéma (INC) de 1964 à 1967, consolidée par un stage formateur à la télévision polonaise en 1968. Il enrichit enfin son profil en obtenant une licence en sociologie à l’université d’Alger en 1973. A partir de 1970, il partagé son temps entre le monde des lettres et celui de l’audiovisuel. Il travaille ainsi pour la maison d’édition algérienne SNED (Société nationale d’édition et de diffusion) parallèlement à ses fonctions de réalisateur au sein de la Radiodiffusion télévision algérienne. Pour rappel, à cette époque, la SNED jouait un rôle historique et central à la fois. C’était l’organisme public d’édition en Algérie. Elle éditait et propulsait M’Quidech, la toute première revue de bande dessinée 100% algérienne lancée en 1969. C’est ce bouillonnement artistique que Lamine Merbah a choisi de poser ses jalons. Entre 1970 et 1971, il devient un scénariste attitré et régulier, signant pour la rubrique patriotique «De nos montagnes» plusieurs récits courts dédiés à la guerre de Libération nationale, à l’image du Prisonnier, le Pont ou encore Documents Secrets. Pour Lamine Merbah, le cinéma et le neuvième art se rejoignaient dans une même grammaire visuelle, faite de cadrages, de découpages et de story-boards. Son passage à la SNED auprès des illustrateurs lui a permis d’entrecroiser sa rigueur de cinéaste perfectionniste avec l’art séquentiel, unissant ainsi le dessin et le septième art.

Une force de la nature

En 1988, il prend la direction générale de l’Entreprise nationale de production audiovisuelle (ENPA). Il occupe ce poste jusqu’en 1995, année où la maladie l’éloigne brutalement des plateaux et le contraint à une longue convalescence. Force de la nature, il opère un retour remarqué derrière la caméra en 2002 avec le feuilleton Le Miroir Brisé. Fort de ce succès, il fonde en 2003 sa propre maison de production, Amine Intaj, donnant ainsi naissance à une multitude de projets audiovisuels et documentaires. En effet, il enchaîne, par la suite les réalisations et diversifie ses projets. Il signe ainsi la célèbre série documentaire historique L’Afrique, des ténèbres à la lumière en 2008, L’Imam Ibn Youcef Es-snoussi en 2011 ainsi que le feuilleton à grand succès Darna Kdima (Notre ancienne maison). Il signe, également, plusieurs œuvres majeures qui marqueront l’histoire du cinéma algérien dont entre autres le long-métrage de fiction Les spoliateurs, marquant le début de sa reconnaissance nationale. Suivra par la suite, entre autres l’œuvre mémorielle sur l’histoire rurale Beni Handel en 1976, Les Déracinés en 1977 et Radhia en 1992, sélectionné dans les festivals internationaux tels que les Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) et le Fespaco (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou) au Burkina Faso. Maillon fort du cinéma des pays non-alignés, le réalisateur et producteur Lamine Merbah a œuvré à l’émergence de la Tricontinentale des cinéastes à Alger en décembre 1973. Son rôle de coordinateur au Bureau des cinéastes du Tiers-Monde a largement favorisé le rapprochement des réalisateurs engagés d’Afrique, d’Asie occidentale et d’Amérique latine. Il a su transcrire, ainsi, dans le champ artistique la dynamique solidaire insufflée par les sommets historiques d’Alger de 1969 et 1973. Il est à noter qu’au-delà de sa riche carrière cinématographique, Lamine Merbah a vu son rôle de pionnier de la bande dessinée algérienne officiellement récompensé. Le FIBDA lui a décerné en 2013 le Prix du Patrimoine Sid Ali Melouah en hommage à ses récits engagés publiés dans le journal M’Quidech quarante ans plus tôt.
En somme, par la richesse de ses films et son engagement de pionnier, Lamine Merbah restera, sans conteste, un passeur de mémoire. Il laisse derrière lui un legs inestimable qui continuera d’inspirer les futures générations de créateurs et de cinéphiles.

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