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L’unité sacrée, la division des autres

Par Mustapha Aggoun4 min de lecture
L’unité sacrée, la division des autres
Résumé IA

L'article dénonce une contradiction dans la politique française qui sanctuarise l'unité nationale indivisible sur son territoire tout en soutenant des mouvements séparatistes à l'étranger.

La République refuse toute reconnaissance politique des identités régionales comme la Corse ou la Bretagne au nom de l'égalité des citoyens, interdisant même les statistiques ethniques.

Pourtant, la France offre tribunes et légitimité à des revendications indépendantistes dans d'autres États, transformant un principe jugé vital à Paris en droit encouragé ailleurs.

Cette géométrie variable prolonge une logique de puissance qui fragilise les nations rivales sous couvert de droits des minorités, faisant de l'universalisme un instrument diplomatique plutôt qu'une exigence morale cohérente.

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Le Quotidien d'Oran

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Inscrite au cœur de sa Constitution et héritée de toute une tradition politique, cette conception repose sur une idée intangible : il n’existe qu’un seul peuple français, composé de citoyens égaux en droits, quelles que soient leurs origines ou leurs appartenances ethniques. C’est au nom de cette vision que la loi interdit la constitution de statistiques ethniques, afin que les différences culturelles ne deviennent jamais le socle de revendications politiques ou territoriales.

Pourtant, la France n’a jamais été un bloc culturel uniforme. Son histoire est celle d’une mosaïque de peuples et de traditions : Bretons, Corses, Basques, Alsaciens, Flamands, auxquels s’ajoutent les Kanaks, les Polynésiens, les Antillais, les Réunionnais ou encore les Guyanais. Tous possèdent des langues, des mémoires et des héritages distincts. La République ne les ignore pas ; elle leur refuse simplement toute traduction politique. Aux yeux de la loi, il n’existe ni peuple breton, ni peuple corse, ni peuple kanak disposant d’une souveraineté propre. Il n’existe qu’un seul peuple souverain : le peuple français. Toute tentative de faire de l’identité un projet politique est, immédiatement, combattue au nom de l’unité nationale.

C’est précisément là que surgit une contradiction difficilement défendable. Car dès qu’il s’agit d’États étrangers, cette rigueur disparaît comme par enchantement. Les mouvements séparatistes trouvent alors en France des tribunes médiatiques, des soutiens universitaires, des relais culturels et parfois même des complaisances institutionnelles qui leur confèrent visibilité et respectabilité. Ce que Paris condamne comme une menace mortelle lorsqu’il concerne son propre territoire devient soudain, ailleurs, un combat présenté comme noble et légitime.

Comment expliquer qu’un principe jugé vital pour préserver l’unité de la République française devienne, dès qu’il s’applique à d’autres nations, un droit qu’il conviendrait d’encourager ? Comment une même logique peut-elle être qualifiée de dangereuse à Paris et de vertueuse à des milliers de kilomètres ? Une telle gymnastique intellectuelle ne relève plus du droit ; elle relève de l’opportunisme politique.

Cette géométrie variable n’a rien d’innocent. Elle prolonge, sous des habits plus respectables, une vieille méthode de puissance : fragmenter les États que l’on souhaite affaiblir tout en sanctuarisant sa propre cohésion nationale.    Le célèbre « diviser pour régner » n’a pas disparu avec les empires coloniaux ; il a simplement changé de vocabulaire.

On ne parle plus de mission civilisatrice mais de droits des minorités ; plus de protectorats mais d’émancipation des peuples. Le lexique évolue, la logique demeure.

Une démocratie ne mesure pas sa crédibilité à la beauté de ses déclarations, mais à la cohérence de leur application. Si la France estime que la diversité de ses cultures est parfaitement compatible avec l’existence d’un peuple unique et d’une République indivisible, elle ne peut décemment refuser ce même principe aux autres États. À défaut, l’universalisme qu’elle revendique cesse d’être une exigence morale pour devenir un simple instrument diplomatique, mobilisé selon les circonstances et les intérêts du moment. Les principes ne sont alors plus des principes ; ils deviennent des outils de politique étrangère, que l’on brandit ou que l’on range selon les besoins du rapport de force.

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