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Un rappel diplomatique qui fragilise le récit marocain

Par Salah Lakoues5 min de lecture
Un rappel diplomatique qui fragilise le récit marocain
Résumé IA

La visite à Abuja de l'envoyé spécial sahraoui Mohamed Yeslem Beissat, porteur d'un message du président Brahim Ghali au président nigérian Bola Ahmed Tinubu, a permis de réaffirmer le soutien du Nigeria à la cause sahraouie.

Pour Abuja, la question du Sahara occidental demeure une affaire de décolonisation inachevée, devant être réglée conformément au droit international et au principe d'autodétermination des peuples.

Cette position contredit directement le discours marocain, qui tente de présenter ce dossier comme définitivement clos en sa faveur, notamment en s'appuyant sur le projet de gazoduc Nigeria-Maroc.

Le Nigeria confirme ainsi sa doctrine diplomatique : la coopération économique et énergétique avec Rabat n'implique aucun alignement politique sur la question sahraouie.

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Le Quotidien d'Oran

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Elle constitue un signal politique adressé à l’ensemble du continent africain et à la Communauté internationale : pour Abuja, la question du Sahara occidental demeure une question de décolonisation inachevée qui doit être réglée conformément au Droit international et au principe de l’autodétermination des peuples. Cette position vient contredire les efforts déployés par le Maroc pour présenter le dossier comme définitivement tranché au profit de sa souveraineté.

La visite à Abuja de l’envoyé spécial du président sahraoui, Mohamed Yeslem Beissat, porteur d’un message de Brahim Ghali au président nigérian Bola Ahmed Tinubu, s’inscrit dans cette continuité. Au-delà des échanges protocolaires, les discussions ont permis de réaffirmer la qualité des relations entre la RASD et le Nigeria ainsi que leur attachement aux principes fondateurs de l’Union africaine. Ces principes – respect des frontières héritées de la colonisation, autodétermination des peuples et règlement pacifique des différends – demeurent le socle juridique sur lequel repose la position historique d’Abuja.

Cette clarification possède également une forte portée géoéconomique. Depuis plusieurs années, Rabat met en avant le projet de gazoduc Nigeria-Maroc comme la preuve d’un rapprochement stratégique susceptible d’entraîner un réalignement politique du Nigeria sur la question sahraouie. Or, la réaffirmation officielle de la reconnaissance de la RASD montre que la coopération économique et énergétique ne signifie nullement un changement de position diplomatique. Abuja distingue clairement ses intérêts économiques de ses engagements politiques et juridiques.

Cette distinction est essentielle. Dans les relations internationales contemporaines, les États multiplient les partenariats économiques sans pour autant modifier leurs positions sur les grands dossiers géopolitiques. Le Nigeria confirme ainsi qu’il entend poursuivre ses projets de coopération régionale tout en restant fidèle à la doctrine africaine héritée de la lutte contre le colonialisme. Cette posture illustre une diplomatie pragmatique qui refuse de subordonner ses principes à ses intérêts économiques.

Par ailleurs, cette évolution remet en lumière les nombreuses interrogations qui entourent le gazoduc Nigeria-Maroc. Avec un tracé de plusieurs milliers de kilomètres longeant la façade atlantique, traversant une quinzaine de pays et nécessitant des investissements considérables, ce projet fait face à des défis techniques, financiers et sécuritaires majeurs. Son calendrier demeure incertain et sa réalisation dépend encore de nombreuses conditions économiques et géopolitiques. Dès lors, il apparaît difficile d’en faire le fondement d’une prétendue convergence politique entre Abuja et Rabat. Sur le plan continental, cette séquence diplomatique renforce également la stratégie de la RASD, qui poursuit un travail de consolidation de ses soutiens africains. Membre de l’Union africaine, elle continue de rappeler que le Sahara occidental figure toujours sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies et que son statut définitif reste à déterminer dans le cadre d’un processus politique placé sous l’égide de l’ONU. Cette diplomatie s’appuie sur une mémoire collective africaine profondément marquée par les luttes de libération nationale et par le rejet du colonialisme.

Au-delà du cas du Nigeria, cette réaffirmation rappelle que le paysage diplomatique africain est plus nuancé que ne le suggèrent certains discours. Les coopérations économiques, les investissements et les partenariats énergétiques ne se traduisent pas automatiquement par un alignement politique. Les États africains revendiquent de plus en plus une autonomie stratégique leur permettant de défendre simultanément leurs intérêts économiques et leurs principes diplomatiques.

En définitive, la position nigériane illustre la complexité du rapport de forces autour du Sahara occidental. Elle montre que, malgré les évolutions diplomatiques observées ces dernières années, le débat demeure ouvert sur la scène internationale. Pour Abuja, la coopération avec le Maroc ne remet pas en cause son attachement au droit à l’autodétermination ni aux principes fondateurs de l’Union africaine. Cette distinction entre partenariat économique et position politique constitue aujourd’hui l’un des principaux enseignements de cette séquence diplomatique et rappelle que le règlement de la question sahraouie reste, avant tout, une affaire de Droit international et de négociation sous l’égide des Nations unies.

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