Dans la forêt congolaise : Découverte d’un mystérieux singe aux lèvres orange

Par R. Mag•6 min de lecture
Brifa
Dans la forêt congolaise : Découverte d’un mystérieux singe aux lèvres orange
Résumé IA

Des chercheurs ont découvert une nouvelle espèce de singe, le Colobus congoensis, dans le parc national de la Lomami en République démocratique du Congo, reconnaissable à ses lèvres orangées et à ses vocalisations uniques.

Confirmée par analyses génétiques après quatorze ans d'observations, cette espèce diverge de son plus proche parent, le colobe satan, depuis plusieurs millions d'années et ne vit que sur 1700 km² entre les rivières Lomami et Lualaba.

Déjà menacée par la chasse et la perte d'habitat, elle devrait être classée en danger par l'UICN, soulignant le potentiel inexploré de la forêt congolaise où d'autres espèces restent à découvrir.

E

Publié par

El Watan

Publié le

ou lire sur le site source →

Article Original

Contenu complet de la source

Au cœur de la forêt congolaise, ce singe intrigue autant qu’il fascine les scientifiques. Sa découverte, rarissime pour un primate africain, pourrait bien n’être que la partie émergée d’une biodiversité encore largement inexplorée.

Voilà une découverte dont ils se souviendront longtemps. Au cœur de l’immense forêt tropicale du bassin du Congo, des chercheurs viennent de décrire une nouvelle espèce de singe jusqu’ici inconnue de la science. Reconnaissable à ses lèvres orangées et à ses vocalisations puissantes, ce primate n’a été observé que dans une zone très restreinte de la République démocratique du Congo. Cette découverte particulièrement rare, détaillée dans la revue PLOS One, pourrait aussi révéler que cette région abrite encore de nombreuses espèces jamais identifiées.

Un primate passé sous les radars pendant des années

Découvrir une nouvelle espèce de primate est devenu exceptionnel. En Afrique, il s’agit seulement de la cinquième espèce de singe décrite au cours des 75 dernières années. Baptisé Colobus congoensis, ce colobe est appelé «likweli» par certains habitants de la région, notamment les chasseurs balanga, même si l’origine de ce nom demeure inconnue.
L’histoire de sa découverte a commencé en 2008, lorsqu’un singe inhabituel a été photographié dans le parc national de la Lomami, en République démocratique du Congo. L’animal apparaissait toutefois partiellement caché par la végétation, empêchant toute identification. Dix ans plus tard, un nouvel individu a été immortalisé, poussant Junior Amboko, chercheur au parc national de la Lomami et anthropologue à la Florida Atlantic University, à lancer une enquête de terrain.
Les chercheurs ont d’abord présenté ces clichés aux habitants de 52 villages situés autour du parc afin de déterminer si ce singe était connu localement. «Ces personnes connaissent très bien la faune et la flore de la forêt», a déclaré Junior Amboko à Live Science. Il précise : «Dans seulement huit villages, les habitants connaissaient ce singe – et il s’agissait de chasseurs, qui connaissent la valeur économique des animaux ou la quantité de nourriture que chacun peut fournir, mais même eux n’en savaient pas beaucoup».
Entre 2018 et 2022, l’équipe a recensé 114 observations de l’espèce dans une aire de répartition estimée à environ 1700 km carrés, située entre les rivières Lomami et Lualaba, qui forment une barrière naturelle. Le nouveau primate se distingue facilement des autres colobes. Son pelage est principalement noir brillant, mais son visage présente une large zone de peau nue de couleur orangée autour de la bouche et du nez. Ses pommettes grises lui donnent l’apparence de porter un masque, tandis qu’une tache de poils blancs est visible autour de l’anus. «Nous retenons deux caractéristiques distinctives : le visage et l’arrière-train, a expliqué Kate Detwiler, anthropologue à la Florida Atlantic University, à Live Science. Si vous voyez le visage, vous remarquez cette peau nue unique, de couleur orange crème. Et si vous le voyez de derrière, vous apercevez cette tache blanche.»
Pesant environ 7 kilogrammes, Colobus congoensis possède également un répertoire vocal inhabituel. Selon les chercheurs, il émet de profonds rugissements entrecoupés de reniflements caractéristiques, des sons qui permettent de le distinguer des autres espèces de colobes. Pour confirmer qu’il s’agissait bien d’une espèce inédite, les scientifiques ont analysé l’ADN de prélèvements réalisés sur des individus tués par des chasseurs et destinés au commerce illégal de viande de brousse. Les données génétiques ont ensuite été comparées aux collections de musées, ainsi qu’à des bases de données regroupant des crânes, des dents, des peaux et des séquences génétiques d’autres colobes.
«Mon laboratoire a reçu l’échantillon de tissu et a réalisé les analyses génétiques, et nous avons été choqués par l’ampleur des différences observées dans une région clé du génome mitochondrial par rapport aux autres colobes», a déclaré Kate Detwiler.

Une espère déjà menacée

Les analyses montrent que son plus proche parent vivant est le colobe satan (Colobus satanas), présent à environ 1200 kilomètres de là, au Cameroun, au Gabon et sur l’île de Bioko. Les chercheurs estiment que leurs lignées se sont séparées il y a entre 5,78 et 3,44 millions d’années, soit la divergence la plus ancienne connue au sein du genre Colobus.
En raison de son aire de répartition très limitée, du faible nombre d’observations et de la disparition progressive de son habitat, les auteurs de l’étude recommandent déjà son classement parmi les espèces en danger sur la Liste rouge de l’UICN. Pour Junior Amboko, cette découverte rappelle surtout le potentiel exceptionnel de la forêt congolaise : «C’est un paradis pour la biodiversité», a-t-il déclaré. Avant d’ajouter en conclusion : «Si nous avons pu découvrir deux grandes nouvelles espèces de primates, qui sait combien d’autres mammifères, poissons, reptiles ou plantes restent encore à découvrir ?»

Posez votre question à la rédaction

Votre question…

Prénom ou pseudo *

Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.

Votre question * 0/1000

Envoyer Annuler

Voir sur le site source