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Arrêté en Espagne en provenance de Casablanca : Ayoub Aïssiou attend son extradition vers l’Algérie

Par Salima Tlemçani11 min de lecture
Arrêté en Espagne en provenance de Casablanca : Ayoub Aïssiou attend son extradition vers l’Algérie
Résumé IA

L'homme d'affaires Ayoub Aïssiou a été arrêté le 25 juillet 2026 à l'aéroport de Barcelone à son arrivée de Casablanca, sur la base de mandats d'arrêt internationaux émis par l'Algérie pour faux, blanchiment et corruption.

La justice algérienne a transmis une demande d'extradition avec un dossier complet, mettant fin à des années de cavale rendue possible par un passeport d'Antigua-et-Barbuda et des complicités en France, Suisse, Maroc et Émirats.

Ses avoirs, estimés à 30 milliards de dinars dont 17 sociétés et de nombreux biens immobiliers, ont été constitués via des crédits bancaires dépassant 63 milliards de dinars, au détriment de centaines de souscripteurs floués.

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Fin de cavale pour l’homme d’affaires et magnat de l’immobilier en fuite Ayoub Aïssiou. Dès son arrivée à Barcelone en provenance de Casablanca à bord d’un vol de la Royal Air Maroc, il a été arrêté par les services de police, en vertu d’un des mandats d’arrêt internationaux émis à son encontre par l’Algérie pour des faits de faux, usage de faux et blanchiment d’argent. Une demande d’extradition accompagnée d’un dossier de fond a déjà été transmise aux autorités espagnoles par la justice algérienne.

Rien ne laissait présager l’arrestation de l’homme d’affaires et magnat de l’immobilier Ayoub Aïssiou, malgré les nombreux mandats d’arrêt internationaux émis à son encontre pour plusieurs affaires de corruption, de blanchiment d’argent, d’escroquerie, de faux et usage de faux, etc., tant qu’il bénéficiait de l’immunité en France, en Suisse, au Maroc et aux Emirats, où il circulait librement avec un passeport et des papiers d’Antigua-et-Barbuda, achetés à 150 000 USD (pour lui et les membres de sa famille) auprès de ces îles Vierges, très prisées par les criminels au col blanc.
Pourtant, en cette fin de journée du samedi 25 juillet 2026, tout a basculé pour lui en arrivant à l’aéroport de Barcelone, en Espagne, lorsque les services de la Police aux frontières ont pris ses documents de voyage pour un contrôle. Il venait à bord d’un vol de la Royal Air Maroc, en provenance de Casablanca, où il a passé une dizaine de jours. L’attente a été très longue avant qu’il ne soit placé en détention provisoire en raison des nombreux mandats d’arrêt émis à son encontre par l’Algérie, pour des affaires de corruption, blanchiment d’argent, trafic d’influence, faux et usage de faux et d’escroquerie. L’information arrive rapidement à Alger et une demande d’extradition est présentée par le parquet général d’Alger, accompagnée d’un dossier de fond bien ficelé de «faux, usage de faux» et de «blanchiment d’argent».
Méconnu du grand public, agissant à l’ombre des hommes d’affaires médiatisés, Ayoub Aïssiou est parti en début des années 2000 d’un commerce de vente de «brochettes» à Baraki, avant d’être propulsé à la tête d’un empire aux multiples activités, allant de l’importation, aux exploitations agricoles, production laitière, matériaux de construction, chocolateries, à l’aciérie, les concessions automobiles, construction immobilière, avant de monter, dès 2012, une chaîne de télévision privée, «Djazaïria One». Agissant à l’ombre, il a réussi à pénétrer les cercles les plus fermés et à disposer d’un réseau de «complicité» qui lui ouvraient toutes les portes, dans les ports, les aéroports, les banques, les services des Douanes et de sécurité. En 2014, il achète l’hotel «Les Ateliers de Montparnasse» à Paris, à plus de 7,6 millions d’euros, sans que les autorités françaises ne se posent des questions sur l’origine de ses fonds. Bien plus grave. Aucune enquête n’a été ouverte en Algérie, sur ces mouvements, alors que le pays vivait à l’époque une grave crise financière, qui menaçait y compris les salaires des fonctionnaires. Mais en 2019, le vent de la révolte populaire, a levé le voile sur ses richesses à l’origine douteuses. Sentant le vent du Hirak avancer, Ayoub a vite entamé des opérations de transfert de ses avoirs mal acquis vers l’étranger, notamment la France, alors que ses cinq frères et son beau-père ont pris le relais pour assurer le fonctionnement de ses entreprises, mais aussi la poursuite de ses grands projets immobiliers dont les travaux n’ont pas été achevés, laissés à moitié, ou juste entamés, sur lesquels des enquêtes étaient ouvertes, puis vite étouffées par ses soutiens.

L’hôtel «Les Ateliers de Montparnasse» acheté à 7 millions d’euros…

Pour gérer tous ses fonds détournés, le magnat de l’immobilier a ouvert de nombreux comptes offshore et acheté plusieurs propriétés. En 2024, alors que de nombreuses enquêtes sont ouvertes de nouveau, Ayoub, la société IDM international Limited, qu’il détient, ses associés, Bachir Ould Zmirli, son beau-père, et Yasmine Ould Zmirli, son épouse, revendent l’hôtel parisien, à plus de 10 millions d’euros. D’autres pays comme la Suisse, les Emirats, l’Espagne, le Canada ont également servis pour opérer de nombreuses opérations de fuite de capitaux.
C’est à partir de 2024 que les enquêtes commencent à mettre au grand jour les biens de l’homme d’affaires et des membres de sa famille, estimés à près de 30 milliards de dinars et constitués, selon les enquêtes judiciaires, de 17 sociétés, des dizaines de terrains industriels et agricoles, autant d’entrepôts, de nombreuses villas, plus d’une dizaine de projets immobiliers, dont des résidences luxueuses situées dans les quartiers les plus huppés de la capitale et d’Oran, des usines, des bureaux, etc.
Les montants des crédits accordés par les banques Al Baraka, Es Salem, Trust, AGB ou encore la Badr dépasseraient, selon l’enquête judiciaire, les 63 milliards de dinars. Certains de ces établissements financiers ont engagé des poursuites judiciaires et obtenu des saisies sur des biens. Malheureusement, des centaines de souscripteurs ont perdu toutes leurs économies placées dans les projets de construction de logements. Plus d’une centaine d’entre eux ont déposé plainte devant les tribunaux de Bir Mourad Raïs et Sidi M’hamed, à Alger, et ont fini par aboutir à une condamnation contre les Aïssiou pour «escroquerie», «transfert illicite de fonds vers l’étranger dans le cadre d’une association criminelle organisée», après des années de lenteurs en raison des complicités dont jouissait l’homme d’affaires auprès des banques et de la justice. A M’sila, l’homme d’affaires s’est retrouvé au centre d’un immense scandale après avoir repris une aciérie vétuste, lourdement endettée, qu’il a rachetée en 2017 auprès d’un autre homme d’affaires, Abdelali Blikaz, laquelle, malgré plusieurs rééchelonnements des crédits accordés par la Badr, n’a pas redémarré. Le rachat de cette usine, au prix de 9,6 milliards de dinars (960 milliards de centimes) est au centre de plusieurs questionnements.
Car malgré les nouveaux crédits d’exploitation dont va bénéficier Aïssiou, elle n’arrive pas à produire. Il décide de faire une extension de l’activité, pour pouvoir faire des transferts sur des marchandises et équipements importés. A l’époque, des médias avaient révélé que comme les autorisations pour le ciment et l’acier étaient gelées depuis avril 2016, Ayoub a divisé les montants en deux parties, 4,93 milliards de dinars pour la première et 700 millions de dinars pour la deuxième partie, afin de ne pas dépasser le seuil de 5 milliards de dinars et obtenir ainsi deux décisions pour le même projet, violant ainsi le dispositif légal. Ce n’est qu’au mois d’avril 2019, que les deux décisions ont été annulées et une enquête a été ouverte par les services des Douanes et des impôts pour récupérer le montant détourné, sans que les résultats ne voient le jour.

29 millions d’euros transférés vers la France, l’Italie et la Turquie. Le contrôle a posteriori des services des Douanes va établir, plus tard, qu’entre janvier et juin 2018 et 2020, un montant de 29 millions d’euros est transféré principalement vers l’Italie, la Turquie et la France, où les transferts passent par une mystérieuse société intermédiaire dénommée EPI, qui était sous surveillance par les services fiscaux français. A la suite de l’alerte du wali de M’sila, une interdiction de sortie du territoire a été émise à l’encontre de deux gérants de la société en août 2019, suscitant une violente campagne menée contre le wali de M’sila par la chaîne Djazaïria One et d’autres médias connus pour leur proximité avec l’homme d’affaires.

Nouvelles accusations dans l’affaire STAEM…

Et parce que le wali en question refusait de signer l’acte de cession du terrain de l’entreprise en cessation de paiement, il fut débarqué lors d’un mouvement inédit. Son remplaçant signera tous les papiers permettant à la société de transférer la propriété à un nouvel acquéreur à zéro dinar, alors qu’Ayoub Aïssioua lui a expertisé la société et l’a estimée à 12 milliards de dinars. L’usine est alors laissée dans un état lamentable, avec des travailleurs devenus des chômeurs. Toute l’opération n’était que subterfuge au grand dam des habitants qui y voyaient leur salut. Les cinq frères d’Aïssiou quitteront eux aussi le pays pour l’Espagne, le Canada et la France, dès 2021. De nombreuses affaires sont alors mises à jour et celle de M’sila connaîtra son épilogue avec la condamnation de l’homme d’affaires et la saisie par la banque des installations. Ce dernier et sa fratrie continueront cependant de bénéficier de complicité. Ils ne lésinent pas sur le prix à payer. Si ce n’est pas avec des transferts en devises, c’est avec des appartements dans des résidences de luxe, ou encore des voyages à l’étranger tous frais payés. «Blanchiment d’argent», «facturation fictive», «transfert illégal de capitaux», «constitution d’une organisation criminelle», «escroquerie», «trafic d’influence», «corruption de fonctionnaires et d’agents publics» sont les principaux griefs retenus contre Aïssiou et ses frères dans plusieurs affaires, qui leur ont valu des mandats d’arrêt internationaux. Il avait investi beaucoup d’argent pour s’assurer que les biens saisis dans le cadre de ces procès pour escroquerie, intentés par ses clients, ne soient pas confisqués et que rien ne sorte des audiences. Après sa condamnation à 18 ans de prison ferme dans l’affaire Casteel (ex-Les Aciéries de l’Ouest) de M’sila pour plusieurs griefs, dont «escroquerie en bande organisée» (pour 12,29 milliards de dinars), deux autres condamnations de 20 ans de prison, liées à d’autres escroqueries et blanchiment d’argent, ont été prononcées par les tribunaux de Sidi M’hamed et de Bir Mourad Raïs. Une quatrième affaire est pendante au niveau de la justice et concerne l’affaire des 613 conteneurs de marchandises prohibées, importées de Marseille et admises par le port de Mostaganem. L’enquête a révélé que les scanners de ce port ont été mis, par des agents douaniers, volontairement en panne, entre les années 2021 et 2024, pour permettre à la marchandise prohibée de passer le contrôle douanier sans être inquiétée. Il y a quelques semaines, Aïssiou a été cité dans le dossier épineux qui a éclaboussé la société algéro-émiratie de tabac, la Staem. Certains distributeurs poursuivis dans cette affaire auraient avoué n’être que des prête-noms de ce dernier. S. T.

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