AMOURS... (IM)POSSIBLES

Par Belkacem Ahcene-Djaballah•8 min de lecture
Brifa
AMOURS... (IM)POSSIBLES
Résumé IA

L'article présente deux romans algériens explorant des amours impossibles à travers des fractures politiques et historiques.

« Les jours inquiets » d'Arezki Metref suit un journaliste algérien en RDA en 1980, épris d'une étudiante allemande sur fond de guerre froide et de séisme natal.

« Le bagnard amoureux » de Rachid Hamou raconte la passion contrariée d'un ouvrier algérien pour la fille d'un colon, brisée par la déportation au bagne de Guyane.

Les deux œuvres mêlent intimité et grande histoire, faisant de l'amour un prisme pour interroger l'identité, l'exil et la violence systémique.

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Le Quotidien d'Oran

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Livres :

Les jours inquiets. Roman de Arezki Metref. Casbah Editions, Alger 2026, 254 pages, 1300 dinars

Une histoire de rencontre (à l’étranger), d’amour, de séparation et, peut-être, plus tard, de retrouvailles comme notre jeunesse en a connu par centaines.

Celle-ci a une autre dimension car se déroulant sur un fond politique (idéologique) assez particulier. Lorsque le monde se conjuguait bien plus clairement que maintenant en blocs idéologiques assez distincts l’un de l’autre : le capitaliste, le socialiste et... les non-alignés.

Berlin-Est, hiver 1980. Un jeune journaliste algérien, engagé mais critique (un autre alignement) y est officiellement invité pour un court séjour (trois mois) de « formation ». Le brasier des étés d’Ariwa (son douar natal où habite toujours sa maman, Magdouda) dans une ville figée dans le givre. Le froid, la neige, mais aussi et surtout une vie quotidienne sous surveillance.

Rencontre d’une étudiante allemande aux yeux d’azur et à l’âme en miettes, Gaby. En principe, un amour « interdit ». Il sera plus fort que tout.

En Algérie, la terre a tremblé et Ariwa s’effondre entraînant la mort de la maman.

Neuf années plus tard, après la séparation, le monde a changé, le Mur s’est lézardé mais pas encore totalement écroulé. Et, hasard heureux, c’est le retour en Rda... Toujours la même ambiance sans la grande euphorie, le système chancelant.

Retrouvailles. Gaby mariée... et une grosse surprise. Magdouda est « revenue ». Certainement pour reprocher à son fils de ne pas voir assister à son enterrement et de l’avoir (quelque peu) oubliée.

L’Auteur : Né le 21 mai 1952 à Sour El-Ghozlane. Sciences Po Alger. Journaliste –chroniqueur (El Moudjahid, Algérie Actualité, Horizons, Nouvel Hebdo, Le Soir d’Algérie...), écrivain, poète, documentariste, auteur de plusieurs recueils de poésie, de nouvelles et de romans, de pièces de théâtre, d’essais...

Extraits : « Finalement, la vie des hommes se bornait à des murs. On les construit pour se distinguer des autres et on les détruit quand on estime qu’ils nous distinguent trop. Parfois, ce sont des forces incompréhensibles qui les détruisent, introduisant même des différences dans cet acte irrationnel » (pp 66-67), « Ils veulent que je ne te quitte pas d’une semelle. Ils ? Pas besoin de demander qui. C’était houma, les fameux « eux » du murmure algérien, l’hydre qu’on ne nomme pas de peur qu’elle se mette à bouger en entendant son nom» (p 79), « Même fréquenté par les passagers de l’Ouest (note : de Berlin), le Linden Corso n’était différent des autres dancings que lorsque les Huns débarquaient vaillamment. Ils mettaient cette ambiance chaotique à laquelle n’était pas habituée la civilisation de l’angle droit et de la géométrie des convenances » (p 151), « I like you, c’est sûr, ce n’est pas I love you mais c’est de la même famille, tout de même » (p 163), « Avec ces traits d’homme blanc, fruit des mélanges et des mixités qui peut-être remontaient jusqu’aux Vandales, partis d’ici pour détruire la moitié de l’Europe et l’Afrique du Nord, j’avais erré, moi aussi, dans l’exil de ceux qui ne sont jamais à leur place « (p 254).

Avis : Il n’y pas un seul et unique amour. Pour la mère, pour une jeune femme, pour ses amis, pour son pays, pour sa culture, pour son idéologie... La géographie des sentiments est si complexe et si puissante. Heureusement, pour s’y retrouver, il y a l’écriture d’un auteur qui jongle, avec brio, avec les mots et les phrases.

Citations : « La vie ne bascule jamais sans prévenir » (p 43), « Quand tu chevauches une faille sismique, un pied sur chaque plaque tectonique, tu finis par t’assoupir » (p 59), « Attirer deux séismes au même emplacement, sur deux générations successives, c’est avoir les faveurs du hasard » (p 67), « Les langues, comme les ingrédients en cuisine, ne sont-elles pas plus savoureuses mélangées ? » (p142), « Aimer, mourir, mourir d’aimer, impuissance à vivre et force de mourir pour la même et unique raison : l’amour ! » (p 166), « On ne choisit pas plus son pays qu’on ne choisit sa mère. Et pourtant, on l’aime, sa mère, forcément. Même si on ne l’a pas choisie. Alors, pourquoi pas son pays ? « (p 169), « Ôter le nom, dé-nommer, c’est anéantir. « Ils » tuent l’ombre, allant jusqu’à lui enlever le nom qui la désigne. Même le néant a un nom. Et s’il n’en avait pas ? (p 183), « On finit poussière, et ne serait-ce que le souvenir des proches qui fait la différence, on se retrouve réduit aux quelques lettres de l’épitaphe gravée sur la pierre tombale » (p 229).

Le bagnard amoureux. Roman de Rachid Hamou. Nouba Editions, Alger 2025, 153 pages, 1 000 dinars (Fiche de lecture déjà publiée en janvier 2026.Extraits pour rappel. Fiche complète un www.almanach-dz.com/histoire/bibliotheque d’almanach)

Un roman d’amour ? Peut-être. En tout cas une très belle histoire d’amour consommée jusqu’au sacrifice entre Chérif B., un « indigène » et Mathilde D., la fille d’un colon raciste et haineux chez qui il travaille en simple journalier.

Mais un amour qui commence très mal, notre héros se retrouvant assez vite arrêté, et embarqué, menottes aux poings et fers aux pieds, sur le tristement célèbre « Bateau blanc » qui vient périodiquement à Alger emmener les déportés vers le bagne en la lointaine Guyane. Il s’en échappe et retrouvera sa chère Mathilde! (...)

L’auteur nous conte donc une belle histoire d’amour, que l’on croyait impossible ou impensable (alors qu’effectivement ce genre de rapports a réellement existé, rarement certes mais bel et bien existé). C’est beau mais douloureux.

La douleur est encore plus forte en abordant l’autre volet de l’ouvrage. Un véritable roman d’aventures. Celui consacré aux souffrances endurées par les condamnés aux travaux forcés et envoyés au bagne de Saint Laurent de Maroni. Tous, en permanence réduits à l’état d’infrahumain et en proie aux pires exactions, entre brimades et tortures, pas seulement morales (...)

La fin est tragique... Chérif, rapidement repris (alors qu’il avait rejoint clandestinement l’Algérie et retrouvé sa sœur et son aimée, réfugiées dans un bidonville de la Capitale) et réexpédié en Guyane, est guillotiné... Mais, Mathilde ayant accouché d’un enfant va continuer, avec le soutien de la sœur de son époux, sa lutte.

L’Auteur : Né le 20 août 1953. Économiste et journaliste (dont Algérie Actualités), puis enseignant et directeur d’un service informatique à l’étranger (Guyane, colonie française) (...)

Extraits : « L’historien Pierre Michel, spécialiste du bagne, estime à soixante-dix mille le nombre de personnes (dont 15 000 à 20 000 le nombre d’Algériens), toutes origines confondues, ayant séjourné dans le bagne de Guyane » (Introduction, p 5), « Le bagne de Guyane, un crime contre l’humanité, ces chiffres effroyables sont proches de ceux atteints dans les camps de concentration nazis » (Robert Badinter cité, p 63), « C’est un véritable enfer où peu de prisonniers arrivent à survivre longtemps. La durée de vie moyenne d’un détenu au bagne est de trois à cinq ans » (p 73).

Avis : Un titre en apparence assez banal mais un écrit chargé de vérités historiques et sociales... et d’émotion. (...)

Citations : « C’est quoi une vie d’homme ? C’est le combat de l’ombre et de la lumière... C’est une lutte entre l’espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur » (Aimé Césaire cité, p 77) (...)

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