L’Algérie et ses pionnières en politique
L’élection de la docteure Khalida Boufedeche à la présidence de l’Assemblée populaire nationale marque une première historique depuis l’indépendance, aucune femme n’ayant jamais occupé le perchoir ni le troisième rang protocolaire de l’État.
L’Afrique compte déjà une trentaine de cheffes d’État ou de gouvernement et plusieurs présidentes de Parlement, tandis que l’Algérie ne compte que 5,6 % de députées élues en 2026, soit 23 sièges sur 407.
Cette nomination s’inscrit dans une lignée nationale initiée par Z’hor Ounissi, première femme ministre en 1982, et poursuivie par Nouria Benghebrit, qui a conduit d’importantes réformes éducatives de 2013 à 2019.
Le véritable test ne sera pas la présidence de Mme Boufedeche elle‑même, mais sa capacité à transformer une avancée symbolique en politique structurelle de parité, à l’image du modèle éthiopien.
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L’élection de la docteure Khalida Boufedeche au poste de présidente de l’Assemblée populaire nationale restera une date dans l’histoire institutionnelle algérienne. Une première depuis l’indépendance : jamais une femme n’avait accédé au perchoir de la Chambre basse, ni occupé le troisième rang protocolaire de l’Etat. L’événement mérite d’être salué. Mais il gagne surtout à être mesuré à sa juste échelle, celle du continent africain. Sur ce terrain, l’Afrique a une longueur d’avance. Depuis 2005, une trentaine de femmes ont exercé une fonction de cheffe d’Etat ou de cheffe de gouvernement au Libéria, en Ethiopie, en Tanzanie, en Namibie et ailleurs sur le continent. En Tunisie, Najla Bouden devenait, en septembre 2021, cheffe de gouvernement. Côté législatif, le Ghana avait sa Joyce Bamford-Addo, Madagascar sa Christine Razanamahasoa.
L’élection au perchoir de Mme Boufedeche, nouvelle députée FLN et médecin allergologue, invite à distinguer la nomination hautement symbolique de la politique volontariste. L’Ethiopie a montré, avec un cabinet ministériel paritaire, qu’une présence féminine au sommet peut être structurelle et non exceptionnelle. C’est cette bascule (du symbole à la politique) que l’Algérie gagnerait à opérer : les femmes ne représentent que 5,6% des députés élus le 2 juillet 2026, soit 23 sièges sur 407. Le chemin reste long, et les défis immenses. Il serait néanmoins réducteur de lire cette élection comme une simple photocopie de tendances continentales.
Elle s’inscrit aussi dans une généalogie nationale, patiente et souvent sous-estimée. Z’hor Ounissi ouvrait la voie dès 1982 comme première femme membre d’un gouvernement algérien, avant de devenir ministre de l’Education. Nouria Benghebrit a dirigé ce même ministère de 2013 à 2019, portant des réformes modernistes qui ambitionnaient de réconcilier une école fière de son identité amazighe et arabo-algérienne avec une ouverture assumée aux sciences et aux langues étrangères, un chantier identitaire autant que pédagogique mené avec courage et talent dans un secteur hautement stratégique pour l’avenir du pays. Peu de figures ont conjugué, comme elle, la maîtrise technique des réformes pédagogiques et la légitimité politique nécessaire pour les porter dans l’intérêt de la nation. A l’heure où l’Ecole algérienne peine à se réinventer (surcharge des programmes et d’idéologie, débat non tranché sur les langues d’enseignement), son expérience et sa compétence reconnue constituent un atout que le pays aurait tort de laisser inemployé. Rappeler cette compétence n’est pas céder à la nostalgie : c’est reconnaître qu’en matière d’éducation, la continuité d’une vision cohérente compte autant que la volonté de réforme elle-même.
Khalida Boufedeche s’inscrit dans cette lignée de pionnières qui, chacune à son échelle, ont déplacé une ligne. Sa singularité est d’atteindre un poste de souveraineté institutionnelle, au cœur du pouvoir législatif, là où ses devancières intervenaient dans des ministères, aussi stratégiques fussent-ils. Reste que le symbole ne doit pas dispenser de la question structurelle. Dans le monde, les femmes n’occupent qu’environ 20% des présidences de Parlement. L’Algérie rejoint donc une minorité mondiale, pas une norme. Le vrai test ne sera pas la présidence de Mme Boufedeche elle-même, mais ce qu’elle rendra possible après elle : une représentation féminine qui cesse d’être l’exception qui confirme la règle, pour devenir, comme en Ethiopie, une politique assumée.
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