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Le chantage migratoire, larme qui humilie le peuple

Par Mustapha Aggoun5 min de lecture
Le chantage migratoire, larme qui humilie le peuple
Résumé IA

Le Maroc instrumentalise la pression migratoire comme levier diplomatique contre l'Espagne, transformant des milliers d'êtres humains en instruments de chantage plutôt qu'en privilégiant le dialogue avec un voisin qui n'est pas hostile.

En mai 2021, près de dix mille personnes avaient rejoint Ceuta en quarante-huit heures après le relâchement des contrôles frontaliers, une manœque que le Parlement européen a imputée aux autorités marocaines suite à l'accueil de Brahim Ghali par Madrid.

Depuis la normalisation avec Israël, le pouvoir marocain a substitué une stratégie de rapports de force permanents à la diplomatie, multipliant les provocations contre l'Algérie et utilisant ses propres citoyens comme projectiles diplomatiques.

Cette politique humilie le peuple marocain en réduisant ses citoyens à de simples variables de négociation, révélant l'incapacité du régime à leur offrir des raisons de rester plutôt que de les exposer aux frontières.

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Le Quotidien d'Oran

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Elles arrachent le masque des déclarations convenues et montrent, sans artifices, les ressorts profonds dune politique. La pression migratoire exercée sur lEspagne appartient à cette catégorie. Elle ne relève pas dun accident, encore moins dun concours de circonstances. Elle sinscrit dans une méthode devenue familière : lorsquun différend diplomatique surgit, ce ne sont ni les arguments ni les négociations qui sont mobilisés en premier, mais des milliers dêtres humains transformés en instrument de pression.

Le plus frappant est que lEspagne na rien du pays que la propagande marocaine cherche parfois à décrire. Madrid a publiquement pris ses distances avec plusieurs orientations de ladministration Trump. Elle figure parmi les voix européennes les plus fermes pour dénoncer les massacres commis à Ghaza et réclamer le respect du droit international. Elle a engagé un rapprochement avec lAlgérie, convaincue que la stabilité de la Méditerranée occidentale ne peut être pensée sans Alger. Même sur les questions migratoires, lEspagne a souvent défendu des positions qui lont placée en décalage avec une partie de ses partenaires européens.

Autrement dit, le Maroc ne se heurte pas à une puissance hostile. Il sen prend à un voisin avec lequel le dialogue aurait dû prévaloir. Pourtant, à chaque tension, cest toujours le même réflexe : la frontière devient un levier diplomatique. Lhistoire récente fournit un précédent que personne na oublié. En mai 2021, près de dix mille personnes gagnèrent Ceuta en moins de quarante-huit heures après le relâchement des contrôles frontaliers. Le contexte était limpide : lEspagne venait daccueillir Brahim Ghali du Polisario pour des soins médicaux. 

Le Parlement européen lui-même estimera que les autorités marocaines avaient facilité cet afflux exceptionnel. Ce ne fut pas une victoire diplomatique. Ce fut le spectacle dun État laissant croire que la souffrance de ses propres citoyens pouvait devenir un moyen de pression sur un voisin.

Cinq ans plus tard, le scénario semble ressurgir avec une troublante familiarité. À peine vingt-quatre heures après un discours royal saturé dautosatisfaction, daccusations contre lAlgérie et daffirmations que beaucoup dobservateurs contestent, les tensions migratoires reviennent occuper le devant de la scène. Les méthodes changent peu lorsque les arguments sépuisent.

Cette permanence interroge. 

Depuis la normalisation avec lentité sioniste, le pouvoir marocain paraît avoir remplacé une partie de sa diplomatie par une stratégie de rapports de force permanents. Lalignement sur certains intérêts occidentaux devait, pensait-on, offrir au Royaume une légitimité nouvelle. Il lui a surtout donné lillusion que tout lui serait désormais permis. Les campagnes contre lAlgérie se sont multipliées. Les provocations médiatiques se sont banalisées. 

Les opérations de communication ont fini par tenir lieu de politique étrangère. La souveraineté nest pas un mot que lon brandit contre ses voisins. Elle se mesure dabord à la capacité doffrir à son peuple les raisons de rester chez lui. Lorsquun État ouvre délibérément une frontière pour créer une crise internationale, il reconnaît implicitement quil ne maîtrise plus que le désespoir de ceux qui la franchissent.

Les nations responsables exportent leurs produits, leurs idées, leurs chercheurs, leurs artistes ou leurs innovations. Les régimes en difficulté finissent parfois par exporter leurs propres crises. La différence nest pas seulement économique ; elle est profondément morale. Le plus tragique est ailleurs. Le Makhzen na jamais mobilisé une telle énergie pour libérer Ceuta et Melilla, si souvent présentées comme des « villes occupées ». Il ne déclenche aucune démonstration comparable lorsquil sagit de transformer ce contentieux en véritable bataille diplomatique ou juridique. 

En revanche, lorsquil faut adresser un avertissement à Madrid ou détourner lattention dautres difficultés, les frontières deviennent soudain poreuses et des milliers de Marocains servent de messagers malgré eux.

On nenvoie pas une armée. 

On envoie des civils. On ne défend pas un territoire. On expose un peuple. Cest sans doute là que réside la faillite la plus profonde de cette politique. Elle ne considère plus les citoyens comme la finalité de lÉtat, mais comme une ressource stratégique parmi dautres. Or un peuple nest ni un projectile diplomatique, ni une arme géopolitique, ni une variable de négociation.

Lorsquun régime utilise les difficultés économiques, sociales ou politiques de son propre pays pour exercer une pression sur un voisin, il ne fait pas seulement preuve de cynisme. Il humilie son propre peuple. 

Il réduit ses citoyens à de simples moyens de négociation, comme si leur destin, leur dignité et parfois leur vie ne valaient que par leffet diplomatique quils peuvent produire. Il ny a pas de plus terrible aveu déchec pour un pouvoir que dutiliser lexode de son propre peuple comme argument politique

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