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27 morts et 42 blessés dans un terrible accident à Boumerdès : Le pays sous le choc

Par Ramdane Kebbabi9 min de lecture
27 morts et 42 blessés dans un terrible accident à Boumerdès : Le pays sous le choc
Résumé IA

Un bus transportant des estivants en provenance d'El Eulma a fait plusieurs tonneaux dans un ravin à l'entrée ouest de Boumerdès, faisant 27 morts et 42 blessés, dont de nombreux enfants.

Le président Tebboune a décrété trois jours de deuil national et ordonné la mise en berne des drapeaux, tandis que le Premier ministre et plusieurs ministres se sont rendus sur place et dans les hôpitaux accueillant les blessés.

L'accident, survenu vers 9h30 sur une descente longue d'environ deux kilomètres, relance le débat sur la sécurité de cet axe interdit aux poids lourds depuis un dérapage l'an dernier, dont le panneau n'a manifestement pas été respecté.

Un vaste élan de solidarité s'est organisé à travers le pays, avec des dizaines de donneurs de sang se présentant spontanément au centre de transfusion de Corso pour venir en aide aux blessés.

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Une terrible tragédie a plongé hier l’Algérie dans le deuil et la consternation. Un bus transportant des estivants en provenance d’El Eulma (Sétif) a quitté la chaussée avant de faire plusieurs tonneaux et de finir sa course dans un ravin, à l’entrée ouest de Boumerdès.

Le dernier bilan communiqué par la Protection civile fait état de 27 morts et 42 blessés, dont plusieurs enfants, des femmes et des personnes âgées, faisant de cet accident l’un des plus meurtriers de ces dernières années. Dès l’annonce de la mauvaise nouvelle, un immense élan d’émotion s’est propagé à travers le pays. Le président de la République a décrété trois jours de deuil national et ordonné la mise en berne des drapeaux sur l’ensemble du territoire, en hommage aux victimes.

Ce drame, qui rappelle la tragédie d’oued El Harrach, est survenu vers 9h30. Les opérations de secours ont duré plus de trois heures.  Sur place, le silence est pesant. Cette atmosphère de sidération est brisée par moments par les sirènes et les va-et-vient des ambulances.

La Protection civile a souligné que trois camions de secours et 20 ambulances, dont neuf de l’Armée nationale populaire, ont été mobilisés pour secourir les blessés. Le Premier ministre, Sifi Ghrieb, accompagné de la wali de Boumerdès, du Directeur général de la Sûreté nationale, Ali Badaoui, arrivent vers midi sur les lieux de l’accident avant de se rendre au chevet des blessés admis à l’hôpital des 240 Lits de Boumerdès.

Ils ont été rejoints par la suite par le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locale et des Transports, Said Sayoud, et le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudène, qui se sont enquis des conditions de prise en charge des blessés. «Cinq blessés ont été évacués à l’hôpital des 240 Lits, 14 vers l’EPH de Thénia, 3 à l’UMC de Boumerdès, tandis que six autres ont été transférés vers les hôpitaux d’Alger», indique une source hospitalière. Immatriculé à Sétif, le bus (de marque Higer) a été mis en circulation en 2011. Il transportait 69 personnes (27 décédées et 42 blessées), dont une majorité d’enfants venus passer une journée au bord de la mer.

Le véhicule a dérapé au niveau d’un virage situé au bas d’une longue descente reliant l’évitement de Boumerdès à Figuier et la RN 24. Cette pente, longue d’environ deux kilomètres et réputée particulièrement dangereuse, débouche sur un virage serré. Sur place, un important dispositif de sécurité interdit l’accès au site de l’accident. Les gendarmes tentent de contenir une foule de curieux encore sous le choc. Dans le ravin gît le bus, complètement disloqué. Les vitres sont pulvérisées, la carrosserie est broyée et les effets personnels des passagers sont éparpillés sur plusieurs dizaines de mètres. «J’ai vu toute la scène depuis l’autre côté du ravin. Le bus a percuté la glissière en béton, effectué plusieurs tonneaux avant de basculer de l’autre côté de la chaussée et de finir sa course dans le ravin», raconte, encore bouleversé, un jeune témoin.

Aménagements

Quelques mètres plus loin, deux autocars sont stationnés à l’ombre du pont enjambant la descente. L’un est immatriculé à Bordj Bou Arréridj, l’autre à Bouira. Bouleversés par ce qui venait de se passer, des passagers expliquent que le bus accidenté avait quitté El Eulma vers 4h du matin dans le cadre d’une excursion organisée vers les plages de Boumerdès. Mais les circonstances exactes de l’accident restent à déterminer. Le chauffeur a-t-il perdu le contrôle du bus ?

Le système de freinage a-t-il cédé dans la descente ? Pendant que les équipes de la Protection civile, assistées par des agents des travaux publics et des bénévoles, s’efforcent d’extraire l’épave du ravin, les enquêteurs examinent minutieusement les lieux à la recherche du moindre indice susceptible d’expliquer les causes de la catastrophe. Un détail retient particulièrement l’attention. La route empruntée par le bus est interdite à la circulation des poids lourds (lire l’encadré). «La plaque d’interdiction est placée en haut, au niveau du rond-point de Brok. Cette interdiction a été décidée après le dérapage d’un camion-citerne au même endroit l’année dernière», explique un agent de la DTP. Nous avons emprunté cet itinéraire afin de vérifier cette information. Au rond-point en question, le panneau d’interdiction est bien visible.

En revanche, plusieurs observateurs s’interrogent sur les mesures complémentaires de sécurisation de cette descente. Malgré sa forte déclivité, elle ne comporte ni ralentisseurs, ni signalisation renforcée annonçant le danger, ni dispositifs spécifiques destinés à obliger les conducteurs à réduire leur vitesse. Contacté, Brahim Ouled El Amri, président de l’Union nationale des transporteurs algériens (UNTA), attire également l’attention sur la configuration du rond-point de Haouch Brok. «Il n’a pas été conçu dans les normes pour permettre le passage des semi-remorques dans de bonnes conditions. Les autorités doivent engager des aménagements afin de prévenir de nouveaux accidents», plaide-t-il.


Le bus a emprunté un axe interdit aux poids lourds

L’enquête ouverte après le terrible accident de la circulation, qui a coûté la vie à 27 personnes près de Boumerdès, devra établir les circonstances exactes de cette tragédie. Un élément de taille mérite d’être toutefois relevé : le bus transportant les estivants a emprunté un axe interdit à la circulation des poids lourds, une route connue pour sa forte déclivité, a-t-on constaté sur place. Longue d’environ deux kilomètres, cette pente débouche sur un virage particulièrement délicat, a-t-on aussi relevé. L’année dernière déjà, un camion avait dérapé au même endroit, conduisant les autorités à interdire cette voie aux poids lourds et à installer un panneau de signalisation au niveau du rond-point de «Haouch Brok». Cette information soulève une première interrogation : pourquoi le chauffeur a-t-il choisi cet itinéraire alors qu’une interdiction de circulation y était en vigueur ? S’agit-il d’une erreur d’appréciation, d’une méconnaissance des lieux, d’un mauvais guidage ou d’une autre circonstance qui reste à déterminer ? Les réponses appartiennent désormais aux enquêteurs. «Une chose est néanmoins certaine : le respect de la signalisation constitue l’un des fondements de la sécurité routière», indique Brahim Ould El Amri, président de l’Union nationale des transporteurs algériens (UNAT). Les spécialistes rappellent depuis longtemps que les accidents les plus graves résultent rarement d’une seule cause. Ils sont généralement la conséquence d’une combinaison de facteurs où l’erreur humaine occupe une place prépondérante, qu’il s’agisse d’une vitesse inadaptée, du non-respect de la réglementation, de la fatigue, d’une mauvaise anticipation ou d’une prise de risque. Néanmoins, seule l’enquête dira si le choix d’emprunter une voie interdite aux poids lourds a joué un rôle dans ce drame.  


 Un formidable élan de solidarité pour sauver les blessés

Un formidable élan de solidarité s’est rapidement manifesté suite à la tragédie de Boumerdès.  Les appels aux dons de sang ont envahi les réseaux sociaux dès l’annonce du bilan de l’accident du bus. Comme à chaque grande épreuve, les Algériens ont répondu présents. Des dizaines de citoyens, en majorité des jeunes, ont afflué spontanément vers le centre de transfusion sanguine de Corso dans l’espoir de sauver les blessés pris en charge dans les différents établissements hospitaliers de la région. L’affluence était telle que les locaux du CTS se sont révélés trop exigus pour accueillir tous les volontaires. «C’est un devoir et la moindre des choses que nous puissions faire pour sauver des vies», confie Nacer (39 ans). «Je me suis d’abord rendu à l’hôpital de Thénia, où l’on m’a orienté vers le centre de transfusion de Corso. En arrivant, j’ai trouvé des dizaines de donneurs qui attendaient leur tour. Le personnel était complètement débordé et ne savait plus où donner de la tête tellement les volontaires étaient nombreux», raconte-t-il. Afin de faciliter le déplacement des citoyens, plusieurs communes ont mobilisé des bus pour assurer le transport des donneurs vers le centre de Corso. Une initiative qui a permis à de nombreux volontaires de rejoindre rapidement les lieux et de participer à cette chaîne de solidarité. Cet élan démontre une fois de plus que les valeurs d’entraide et de générosité demeurent profondément ancrées dans la société algérienne. 

Boumerdès
De notre bureau Ramdane Kebbabi

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