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On applaudit le champion, on soupçonne lhomme

Par Mustapha Aggoun5 min de lecture
On applaudit le champion, on soupçonne lhomme
Résumé IA

Lorsqu'il a été évoqué pour diriger les Bleus, Zinedine Zidane a vu le débat dériver vers sa religion et ses origines, des questions jamais posées à Deschamps, Blanc ou Santini.

Ce double standard révèle un racisme poli qui, sous couvert de curiosité, exige des enfants d'immigrés qu'ils prouvent sans cesse leur appartenance à la nation.

Malgré un palmarès exceptionnel et une carrière consacrée à la France, Zidane reste pour certains un homme à qui l'on demande inlassablement « d'où tu viens vraiment ? ».

La véritable question n'est pas sa foi, mais pourquoi cette suspicion ne s'adresse qu'à certains noms.

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Le Quotidien d'Oran

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Lorsque le nom de Zinedine Zidane est revenu au cur de lactualité, on aurait pu- croire que le débat porterait sur le football. Après tout, cest lun des plus grands joueurs de lhistoire, un entraineur au palmarès exceptionnel, un homme dont chaque choix sportif mérite dautre analyse. On pouvait sattendre à des discussions sur son projet de jeu, sur sa vision de léquipe de France, sur les défis qui lattendent. Pourtant, en quelques heures, le ballon a disparu du terrain.

À sa place sont apparues d’autres questions. Les mêmes que l’on ressort inlassablement lorsqu’un nom, un visage ou une origine semblent déranger certains regards. Quelle est sa religion ? Est-il musulman ? Jeûne-t-il pendant le Ramadhan ? Que croit son épouse ? Quelle religion ont ses enfants ? Ces interrogations peuvent sembler anodines. Elles ne le sont pas. Elles ne cherchent pas mieux connaître un homme ; elles cherchent à le classer. Elles déplacent le regard de ce quil fait vers ce quil est supposé être. Ce nest plus un entretien, cest une mise à lépreuve.

Personne ne sest jamais demandé quelle était la religion de Didier Deschamps, de Laurent Blanc, de Roger Lemerre ou de Jacques Santini avant de leur confier les destinées de léquipe de France. Leur foi appartenait à leur intimité, comme il se doit dans une République qui affirme ne reconnaître que des citoyens. Avec Zidane, cette frontière semble soudain disparaître. Sa vie privée devient un sujet dintérêt public, comme si son nom lempêchait définitivement davoir droit à la même évidence que les autres.

Cest ainsi que le racisme sest transformée. Il ne porte plus toujours le masque de linsulte. Il se fait discret, presque poli. Il avance sous les habits de la curiosité, emprunte le langage du débat et prétend simplement poser des questions. Mais ce sont toujours les mêmes qui doivent y répondre. « Doù viens-tu ? » Puis, inévitablement : à « Oui... mais doù viens-tu vraiment ? » Cette seconde question est peut-être la plus cruelle. Elle signifie quaucune naissance, aucun passeport, aucune victoire, aucun service rendu à son pays ne suffiront jamais. Il restera toujours, pour certains, un doute à lever, une origine à rappeler, une différence à souligner. Depuis près de trente ans, Zinedine Zidane porte ce fardeau silencieux. En 1998, il faisait pleurer de joie des millions de Français. Pendant quelques heures, les rues ne connaissaient plus ni quartiers, ni origines, ni religions. Il ny avait quun peuple uni derrière son équipe. Pourtant, derrière les chants, les drapeaux et les accolades, une question continuait de roder, presque honteuse : jusquà est-il vraiment français ? 

Cette question ne blesse pas seulement Zidane. Elle atteint tous ceux dont le nom raconte une autre histoire, dont le visage rappelle une autre rive de la Méditerranée, dont les parents ou les grands-parents sont venus dailleurs avec lespoir dune vie meilleure. 

Elle leur souffle, quils devront toujours faire davantage que les autres pour être considérés comme leurs égaux. Toujours prouver. Toujours rassurer. Toujours expliquer.

Cest peut-être cela, la forme la plus insidieuse du racisme. Non pas la violence des mots, mais lusure des regards. Cette fatigue profonde de devoir démontrer, toute une vie durant, que lon est chez soi dans le pays où lon est né, que lon aime et que lon sert. Zidane, lui, na jamais répondu par lamertume. Il a choisi une autre langue : celle du travail, de lexcellence et de la dignité. Il na jamais brandi ses origines comme un drapeau, ni sa foi comme un argument. Il a laissé parler son talent, convaincu que les actes finissent toujours par répondre mieux que les discours. Pourtant, certains continuent de regarder son patronyme avant de regarder son parcours. Comme si quatre syllabes héritées dun père pesaient davantage quune vie entière consacrée à faire rayonner les couleurs de son pays.

Lhistoire nous apprend pourtant que les grandes exclusions ne commencent presque jamais par des lois. Elles naissent dabord dans les regards. Elles sinstallent dans les mots, dans les soupçons, dans ces petites différences que lon croit sans conséquence. Puis elles deviennent des habitudes. Un jour, sans même sen apercevoir, on ne voit plus un homme ; on ne voit plus quune origine.

Voilà pourquoi cette affaire dépasse largement le football. Elle nous oblige à regarder notre propre regard. Car le véritable enjeu nest pas de savoir quelle religion pratique Zinedine Zidane. La seule question qui mérite dêtre posée est bien plus dérangeante : pourquoi continue-t-on à la poser uniquement à certains ?

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