Il a fait ses débuts à «M’Quidèch» : Mahfoud Aïder, un pionnier de la BD, s’en va

Le dessinateur algérien Mahfoud Aïder, pionnier de la bande dessinée et créateur des «Aventures de Kouider» et de «Sindbad le marin», est décédé jeudi à Alger à l'âge de 74 ans.
Entré à 17 ans à la revue M'Quidèch en 1968, il a marqué l'histoire du neuvième art algérien en fondant plusieurs titres dont El Manchar et en publiant de nombreux albums aux thèmes variés.
Son talent a été récompensé internationalement avec le prix Unicef «Premio Caran d'Ache» à Lucca et Angoulême, ainsi que le prix d'honneur du FIBDA en 2011 pour l'ensemble de sa carrière.
La ministre de la Culture Malika Benadouda, le commissaire du FIBDA Salim Brahimi et l'éditrice Dalila Nadjem ont salué la mémoire d'un artiste engagé, généreux et bâtisseur du patrimoine culturel algérien.
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Dessinateur des séries de BD Les Aventures de Kouider et Sindbad le marin, Mahfoud Aider
est décédé jeudi, à l’âge de 74 ans, à Alger. Il a été inhumé, hier, au cimetière de Sidi Yahia à Alger.
Le neuvième art perd aujourd’hui l’une de ses plus belles plumes. Qualifié de monument de la bande dessinée algérienne par les connaisseurs, Mahfoud Aider s’est distingué, tout au long de sa riche carrière, par son adresse graphique hors pair, son don inné pour la scénographie et par la puissance évocatrice de ses portraits si attachants. Le tout baignant dans une douce poésie. C’est à l’âge de 17 ans à peine que Mahfoud Aïder entame sa carrière en 1968, en intégrant les rangs de la revue M’Quidèch où il donne naissance aux Aventures de Kouider entre 1969 et 1973. Après un passage par le secteur privé, il revient à sa passion en 1979 en participant au lancement de Tarik. Soutenue par le Musée du Moudjahid, cette revue de bande dessinée historique publie – en versions arabe et française – trois numéros dans lesquels il crée le personnage de Kalitous Lazhar. Par la suite, l’auteur enrichit le paysage éditorial en collaborant aux revues Fantasia (1987, avec un épisode de Sindbad le marin), L’album de bandes dessinées et Baroud. Au cours de sa prolifique carrière, Mahfoud Aïder multiplie les collaborations nationales et internationales.
A l’orée des années 70, il publie ses premières planches dans le quotidien El Moudjahid (1971) et la revue Alouane (1972). Durant la décennie suivante, il fonde le journal Sindbad et s’ouvre au monde arabe au milieu des années 1980 : il exporte son talent au Koweït dans le magazine El Arabi Assaghir avec sa série Kalitous, et en Tunisie dans Kaous Kouzah, où il donne vie au personnage de Nadjib en duo avec le journaliste Larbi Khalfoun. En 1989, il participe également à l’aventure Tim, une revue qui malheureusement ne sera jamais diffusée. Durant cette même période, il s’associe à Mustapha Tenani pour fonder le magazine Scorpion.
Parallèlement, il enrichit de ses planches de bande dessinée les pages de la revue Boa -lancée en 1988 comme supplément illustré de l’hebdomadaire Révolution africaine- ainsi que celles du quotidien du soir Horizons. Enfin, en 1990, il fait partie-rappelons-le- de l’équipe fondatrice et directrice d’El Manchar, l’un des journaux satiriques les plus influents du continent africain. Ce titre phare cessera sa publication en 2000. Mahfoud Aïder s’est distingue dans l’édition en publiant deux tomes de Ça c’est du sport ! (1982-1984), mettant en scène le footballeur Ali Bitroul. Sa bibliographie inclut également Le rêve de Yasmina et Histoires pour rire, publiés chez Enal en 1984. Une année plus tard, il publie le premier tome des Aventures de Sindbad le marin, un personnage initialement conçu pour l’unique numéro de la revue Pango.
Bien que réédité en 2002, cet album n’aura jamais de second volet. Quelques années plus tard, en 1990, il publie au Liban La machine infernale (El-ala al-djahanamia), un ouvrage poignant dédié au combat du peuple palestinien. Son parcours éditorial se prolonge en 2002 avec Aïcha et Bendou (Enag), un recueil de planches d’humour initialement publiées dans le journal El Manchar entre 1998 et 1999. Mahfoud Aïder s’illustre également comme un scénariste prolifique. En 1983, il signe le scénario de La route de l’espoir, illustré par Mansour Amouri et publié par le célèbre magazine Pif. Il collabore ensuite avec les éditions Enal pour deux autres projets : Les Mésaventures du djinn Faraon en 1985, mis en images par Abdelhalim Riad, puis Échec aux léopards en 1986, dessiné par Ahmed Hebrih et publié simultanément en versions française et arabe. Fidéle à la presse écrite, Mahfoud Aïder participe en 2006 au recueil collectif Dessine-moi l’humour tout en continuant à croquer l’actualité dans la presse. En 2009, il rejoint l’équipe du magazine de BD El Bendir.
Deux ans plus tard, en 2011, il signe sous le nom d’Aladin l’album Les aventures de Sindbad El Harrague (Dalimen Éditions), un recueil majeur regroupant ses planches de bande dessinée et ses dessins de presse. Le défunt a reçu plusieurs distinctions. Preuve en est : ses nombreuses expositions en Algérie et sa présence aux salons de Lucca (1982, 1984) et d’Angoulême (1984) ont été couronnées de succès. Il y remporte, aux côtés de Slim et du regretté Sid-Ali Melouah, le premier prix collectif «Premio Caran d’Ache» de l’Unicef, récompensant l’excellence des bédéistes algériens. La 4e édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Alger (FIBDA) lui a remis son prix d’honneur lors de l’édition 2011 pour saluer l’ensemble de sa carrière.
M’quidech
Dans un message de condoléances, la ministre de la Culture et des Arts Malika Benadouda a salué la mémoire de l’artiste Mahfoud Aïder, le qualifiant d’un des « piliers les plus brillants et les plus ancrés du neuvième art algérien et un symbole de la caricature et du neuvième art. Il laisse derrière lui un riche parcours d’accomplissements dans son domaine. Créateur unique dans l’humour et la critique sociale, il était dessinateur et auteur de bandes dessinées. Il fut notamment membre du célèbre magazine M’quidech et l’un des membres fondateurs du journal satirique El Manchar.
En cette douloureuse circonstance, Madame la Ministre présente ses condoléances les plus attristées et l’expression de sa profonde sympathie à la famille du défunt, à ses amis et à ses admirateurs. Elle prie Dieu le Tout-Puissant de lui accorder Sa sainte miséricorde, de l’accueillir dans Son vaste paradis et de prêter patience et réconfort à ses proches »témoigne la ministre. Abondant dans le même sens, le commissaire du festival international de la bande dessinée d’Alger Salim Brahimi a soutenu que le nom de Mahfoud Aïder restera à jamais gravé dans l’histoire de la bande dessinée algérienne et dans la mémoire du FIBDA, «qui perd aujourd’hui non seulement un immense artiste, mais aussi un ami fidèle, un homme noble et l’un des véritables bâtisseurs de notre mémoire et de notre patrimoine culturel » dit-il.
De son côté Dalila Nadjem, Directrice générale des éditions Dalimen a rappelé : «L’œil vif sous la visière de sa casquette, il était de ceux qui ont permis à la bande dessinée algérienne d’exister autrement que comme un simple divertissement destiné aux enfants. Mahfoud Aider faisait partie de ces auteurs qui incarnent une période d’ouverture, de créativité et d’audace. Son talent, son humour et son engagement auront marqué durablement l’histoire de la bande dessinée et de la presse satirique en Algérie. Nous garderons de lui le souvenir d’un homme profondément attachant, généreux et passionné».
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