Rue Agbat Sadek à Tiaret : Un point noir qui attend une solution durable

La descente d'Agbat Sadek à Tiaret, artère stratégique aux pentes périlleuses, accumule les accidents graves depuis des décennies, le dernier en date ayant provoqué un carambolage et blessé un vendeur de journaux.
Les services des travaux publics et des transports se renvoient la responsabilité, invoquant des compétences restreintes ou l'attente d'un futur plan de circulation global dont la validation prendra des mois.
L'association de victimes «Acil» propose des mesures d'urgence concrètes : ralentisseurs adaptés, signalisation renforcée, restriction de gabarits et déviation vers la rue Hamdi Ghali adjacente.
L'inaction administrative persiste pendant que les usagers et commerçants cohabitent quotidiennement avec un risque mortel que l'histoire du lieu rend prévisible.
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Véritable artère névralgique reliant les hauteurs de Tiaret aux sorties stratégiques de la ville, la descente dite «Agbat Sadek» continue d’égrener sa série macabre d’accidents. Entre mémoire des drames, tentatives d’aménagement avortées et lourdeurs administratives, ce point noir historique attend toujours une solution durable.
Pour les habitants de Tiaret, le nom d’«Agbat Sadek», tiré du nom du patron du magasin de pièces détachées d’occasion installé à l’amorce de la descente, évoque bien plus qu’une simple contrainte géographique : c’est un nœud routier à la fois historique et critique.
Longtemps appelée «rue du marché» avant d’être baptisée rue Ahmed Feghouli, cette voie accueillait dans les années 1960 le grand marché hebdomadaire du lundi. Aujourd’hui encore, sa position reste stratégique. Elle plonge depuis les hauteurs de la ville pour déboucher sur un carrefour névralgique vers l’ancienne gare, désormais convertie en un immense bazar à ciel ouvert, tout en irriguant les accès vers le centre-ville et la sortie ouest menant à Mechraa-Sfa et Frenda.
Un flux continu de véhicules s’y engouffre quotidiennement sur une déclinaison redoutable, aussi périlleuse à la descente qu’éprouvante à la montée. Cette topographie accidentée a forgé au fil des décennies une triste mémoire collective. Les anciens se souviennent encore du tragique accident survenu dans les années 1980, qui avait coûté la vie à cinq membres de la famille Reggad.
A l’époque, ce drame avait poussé l’APC à envisager de rendre piétonne la rue en y installant des carrés de verdure. Une tentative d’aménagement qui a fait long feu, laissant la voie au trafic automobile et à ses risques systémiques. La semaine dernière, aux premières heures de la matinée, la pente a failli faire de nouvelles victimes. Un véhicule descendant vers le carrefour a vu ses freins lâcher.
La suite est un enchaînement violent : la voiture s’est encastrée contre un arbre, provoquant un carambolage avec trois autres véhicules, dont un a fait plusieurs tonneaux. Dans sa course incontrôlée, un véhicule venant en sens inverse a terminé sa trajectoire sur le trottoir de la rue capitaine Boucif, fracassant des plaques de signalisation et fauchant un vendeur de journaux. Si ce dernier s’en sort miraculeusement avec une fêlure au dos, les dégâts matériels importants rappellent que le danger reste permanent.
Face à la répétition de ces tragédies, un sentiment d’abandon prédomine chez les citoyens. L’accident tend à se banaliser en simple fait divers, sans la moindre réaction ou communiqué officiel de l’APC ou des directions concernées. Interrogée sur la situation, la direction des travaux publics, par la voix de son directeur, Ali Salah, s’est retranchée derrière des attributions strictement restreintes.
Futur plan de circulation de la ville
Bien qu’en congé, notre interlocuteur a indiqué que «ses services n’interviennent que sur des ‘‘points noirs’’ d’ordre matériel (nids de poule et crevasses répertoriés pour réhabilitation)», ignorant de fait la dangerosité structurelle et la configuration géométrique de cette descente urbaine.
Du côté de la direction des transports de la wilaya, le directeur, Mustapha Benfar, a orienté nos démarches vers la délégation représentative de la sécurité routière. Cette instance, créée sous la tutelle du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales (décret exécutif 19-303) pour piloter la prévention et coordonner la sécurité routière, représente en théorie le cadre adapté pour aborder ce dossier. Le directeur des transports a même affirmé «avoir pris note de ce point noir, assurant qu’il sera inscrit à l’ordre du jour des réflexions en cours». Il a précisé que «cette question s’insère dans le cadre de la finalisation des procédures administratives liées au futur plan de circulation de la ville de Tiaret».
Si l’attention portée par la délégation à la sécurité est une étape nécessaire, elle pose une question d’urgence : le calendrier administratif est-il adapté à la réalité du terrain ? Alors que l’élaboration et la validation d’un plan de circulation global s’étalent souvent sur de longs mois, les usagers d’«Agbat Sadek» et les commerçants du secteur de la gare doivent-ils continuer à cohabiter avec le risque au quotidien ? Pourtant, des voix citoyennes et une association de défense des victimes d’accidents «Acil» tirent la sonnette d’alarme et avancent des alternatives concrètes. Mohamed Meghizrou, président de cette association, avance l’idée de «pose de ralentisseurs adaptés aux fortes pentes, signalisation d’avertissement renforcée, restriction d’accès à certains gabarits ou aménagements d’urgence au niveau du carrefour bas, voire dévier les véhicules qui descendent vers la rue Hamdi Ghali adjacente».
Ces propositions trouveront-elles une oreille attentive auprès des concepteurs du nouveau plan de circulation ? L’histoire d’«Agbat Sadek» montre qu’on ne peut plus se contenter de demi-mesures ou de projets avortés. Il y a urgence à agir avant que cette descente ne vienne, une fois de plus, alourdir son bilan humain. Fawzi Amellal
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