Transfert illicite de devises à l'aéroport d'Alger : 12 personnes devant la justice

Le tribunal de Dar El Beïda juge depuis dimanche douze personnes pour transfert illicite de devises et trafic d'or à l'aéroport d'Alger, démantelant un réseau opérant vers la Turquie.
L'enquête, déclenchée par la saisie de 9,59 kg d'or et de devises étrangères chez un passager pour Istanbul en février 2025, révèle un circuit de quatre à cinq voyages mensuels entre Alger et Istanbul.
Un agent aéroportuaire est soupçonné d'avoir facilité le passage des lingots contre rémunération, percevant jusqu'à 400 millions de centimes selon les aveux du principal mis en cause.
Les prévenus encourent des poursuites pour blanchiment, contrebande, infractions aux changes et abus d'influence, le procès pouvant élargir l'enquête à d'autres ramifications.
Publié par
ObservAlgérie
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Le tribunal de Dar El Beïda, à Alger, examine ce dimanche 2 août une importante affaire de transfert illicite de devises à l'aéroport d'Alger. Douze personnes sont poursuivies dans un dossier qui met également en cause un vaste réseau de trafic d'or, de blanchiment d'argent et de contrebande entre l'Algérie et la Turquie.
L'enquête, menée par les services de sécurité, a permis de mettre au jour un système organisé reposant sur des méthodes sophistiquées pour faire sortir clandestinement de l'or et des devises du territoire national. Les investigations ont également révélé l'existence de complicités présumées permettant aux trafiquants de contourner les contrôles de sécurité au sein de l'aéroport international Houari-Boumédiène.
Une importante saisie à l'origine de l'enquête
L'affaire remonte au 19 février 2025, lorsqu'un passager s'apprêtant à embarquer sur un vol de Turkish Airlines à destination d'Istanbul est contrôlé au niveau de la porte d'embarquement de l'aéroport d'Alger.
Les policiers découvrent alors 14 lingots d'or d'un poids total de 9,59 kilogrammes, soigneusement dissimulés dans un corset médical, des vêtements et une paire de chaussures de sport. La valeur de cette cargaison est estimée à près de 15 milliards de centimes.
En parallèle, les agents saisissent plusieurs devises étrangères non déclarées, dont plus de 10 000 euros, 3 065 livres turques, 200 livres sterling, 400 livres égyptiennes, 200 riyals saoudiens et 700 dirhams des Émirats arabes unis. Cette découverte marque le point de départ d'une enquête de grande ampleur.
Un réseau structuré entre l'Algérie et la Turquie
Les investigations confiées au Service central de lutte contre la criminalité organisée ont rapidement démontré que le suspect n'agissait pas seul.
Selon ses déclarations, il achetait de l'or usagé auprès de particuliers avant de le faire fondre dans son atelier situé à Blida. Le métal précieux était ensuite transformé en lingots puis acheminé clandestinement vers Istanbul, où des ateliers spécialisés le convertissaient en bijoux destinés à être réintroduits illégalement sur le marché algérien.
Les enquêteurs ont également constaté que le principal mis en cause effectuait quatre à cinq voyages par mois entre Alger et Istanbul, un rythme qui témoigne de l'organisation du réseau et de l'ampleur des opérations menées.
Des soupçons de complicité à l'aéroport d'Alger
L'enquête a également mis en évidence le rôle présumé d'un agent affecté à l'aéroport international Houari-Boumédiène. D'après les déclarations du principal accusé, cet agent introduisait les lingots d'or et les devises dans la zone d'embarquement avant de les déposer dans des lieux discrets, notamment les sanitaires ou la salle de prière, afin qu'ils soient récupérés avant le départ du vol.
En contrepartie, il aurait perçu 5 millions de centimes par kilogramme d'or transporté, ainsi que d'importantes sommes d'argent. Le suspect affirme lui avoir versé jusqu'à 400 millions de centimes au cours de leur collaboration. Ces éléments devront être examinés par la justice au cours du procès.
De lourdes poursuites pour les 12 prévenus
Les 12 personnes renvoyées devant le tribunal de Dar El Beïda sont poursuivies pour plusieurs infractions, notamment le transfert illicite de devises à l'aéroport d'Alger, le blanchiment d'argent, la contrebande, l'importation illégale de produits en or, les infractions à la législation sur les changes et les mouvements de capitaux, ainsi que l'abus d'influence.
L'audience devrait permettre de préciser le rôle de chacun des prévenus et de déterminer l'étendue de ce réseau qui aurait opéré pendant plusieurs années entre l'Algérie et la Turquie. Les révélations issues des investigations pourraient conduire à de nouvelles procédures si d'autres ramifications venaient à être établies lors des débats devant le tribunal.