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Le Maroc rejoue la carte de la pression migratoire

Par A. Z.6 min de lecture
Le Maroc rejoue la carte de la pression migratoire
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Le Maroc a facilité fin juillet le passage d'environ 60 000 migrants vers l'enclave espagnole de Ceuta, utilisant la pression migratoire comme levier politique sur le gouvernement Sanchez.

La presse internationale et des experts confirment que les autorités marocaines ont activement encouragé cet afflux record, impossible sans leur aval selon le directeur du Centre d'études arabes de Madrid.

Les autorités espagnoles dénombrent 67 morts, tandis que des témoins racontent au New York Times que la police marocaine a ouvert la frontière et dirigé les migrants vers l'Espagne.

L'AMDH et le PJD réclament une enquête indépendante sur cette crise qui aurait fait près de 130 victimes, dénonçant le silence du gouvernement et l'échec des politiques socio-économiques.

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Le Quotidien d'Oran

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Une spectaculaire vague migratoire venant du Maroc à destination de lenclave espagnole de Ceuta a augmenté les inquiétudes des Européens, déjà aux prises avec ce phénomène sans arriver à accorder leurs violons, et révélé les inconstances des autorités marocaines qui serrent et desserrent à volonté les vis à la frontière. 

Les comptes rendus de la presse internationale au lendemain de cette vague migratoire sont unanimes à dire que les autorités marocaines ont activement encouragé, fin juillet, des milliers de personnes à franchir dans un décor chaotique la frontière vers la ville espagnole de Ceuta, soutenant dans ce sens que le Makhzen utilise la carte de la migration illégale pour faire pression sur l'Espagne. 

Notons, pour être précis, que la pression est mise sur le gouvernement Sanchez qui, après avoir résisté à la pression intérieure, notamment de récentes manifestations de lopposition espagnole, fait face à une pression extérieure manipulée par des puissances étrangères (avec la collaboration de Rabat) qui nont jamais caché leurs différends avec le Premier ministre espagnol. 

Dans ce contexte, le journal britannique "The Telegraph" assure, sur la base d'informations fournies par des services de renseignement occidentaux, que le Maroc a facilité le passage de 60.000 migrants, majoritairement de jeunes marocains, vers la ville espagnole de Ceuta, comme moyen de pression politique sur l'Espagne. Environ 60.000 migrants sont arrivés à Ceuta en 48 heures, à la nage et par voie terrestre, ce qui représente un chiffre record, souligne le même média. 

Citant également le directeur du Centre d'études arabes contemporaines de Madrid, Haizam Amirah Fernandez, qui estime que "le passage d'un aussi grand nombre de personnes depuis le Maroc vers Ceuta n'aurait pas été possible sans que les autorités marocaines n'en aient été informées à l'avance ou sans qu'elles n'aient permis à un tel phénomène de se produire". Tous les observateurs relèvent le fait quune population (marocaine) sous étroite surveillance ne peut pas bouger sans quon lui lâche du leste. L'ancien ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations unies, Zalmay Khalilzad a rappelé, quant à lui, au journal que "le Maroc a déjà utilisé auparavant les migrants comme moyen de pression pour obtenir des concessions de Madrid". Le journal rappelle qu'en mai 2021, pas moins de 8000 migrants illégaux sont entrés à Ceuta suite à un différend diplomatique entre Rabat et Madrid.

Selon les autorités espagnoles, 67 migrants sont décédés au cours de la traversée. De son côté, le journal américain "The New York Times", qui a récolté les témoignages de plusieurs jeunes ayant fait la traversée vers l'enclave espagnole, met en évidence l'implication directe des autorités marocaines. Les jeunes interrogés affirment que les autorités marocaines ont ouvert la frontière de leur côté. Ayoub, un jeune de 24 ans, a dit aux journalistes du "New York Times" que les autorités marocaines avaient tout simplement "ouvert la frontière et laissé tout le monde passer". Youssef, 26 ans, soutient, quant à lui, avoir été encouragé par les policiers marocains à passer du côté espagnol. "Ils n'arrêtaient pas de dire : Va par là, va par là, en montrant la frontière espagnole, se souvient-il.

Appels au Maroc à la création dune commission denquête indépendante

Mohammed, 37 ans, a déclaré avoir entendu parler, à travers les réseaux sociaux, de la possibilité de passer en Espagne. Il a ajouté que lorsqu'il s'est approché de la frontière, les policiers marocains l'avaient encouragé. Le journal allemand "Die Welt" abonde dans le même sens, en signalant que le Maroc avait pris la décision délibérée de faciliter le passage des migrants vers le territoire espagnol. "Die Welt" a noté que cette crise concernait l'ensemble de l'Europe, car elle révèle la fragilité du dispositif de protection des frontières de l'Union européenne. De son côté, l'association marocaine des droits humains (AMDH) a appelé samedi à l'ouverture d'une enquête indépendante afin de faire "toute la lumière" sur les causes de l'afflux inédit de migrants survenu entre la ville marocaine de Fnideq et l'enclave espagnole de Ceuta. L'AMDH, qui fait état de "près de 130 victimes" et de dizaines de disparus, a appelé dans un communiqué à "ouvrir une enquête sérieuse et indépendante afin de faire toute la lumière sur les circonstances et les causes ayant conduit aux récentes vagues d'exode, et établir les responsabilités". Elle a condamné "le silence inquiétant des responsables et des institutions" du pays - qui n'ont toujours pas réagi publiquement à la crise- estimant que ce mutisme a contribué à créer l'énorme afflux de gens cherchant à émigrer. Dans ce sillage, l'AMDH a également dénoncé "la montée des discours d'extrême droite (...) qui incitent à la haine contre les migrants et les présentent comme une menace existentielle pour les sociétés occidentales". L'ONG a dit tenir l'Etat marocain "pleinement responsable" de la situation ayant conduit à cet afflux, alimenté par "la colère populaire face à l'échec des politiques" du pays, qui connaît une croissance mais encore beaucoup d'inégalités et un fort taux de chômage. L'ONG a en outre appelé à "inscrire la revendication de la restitution" des deux enclaves espagnoles (Ceuta et Melilla) "à l'ordre du jour politique" marocain et "considérer cette revendication comme relevant du processus de décolonisation". Le Parti de la justice et du développement (PJD), formation islamiste conservatrice de l'ancien Premier ministre Abdelilah Benkirane, a lui aussi appelé à la création d'une "commission nationale" chargée de mener une "enquête impartiale et transparente afin d'établir la vérité sur les événements". Dans un communiqué, le PJD a "condamné avec force le silence du gouvernement face à ces événements douloureux et regrettables ainsi que son absence de communication avec l'opinion publique".

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