Gabriel Souleyka. Historien, écrivain, cinéaste et réalisateur : «Apprendre son histoire est un acte de résistance»

L'historien et cinéaste franco-algérien Gabriel Souleyka explore les trajectoires africaines et diasporiques à travers une œuvre romanesque et filmique qui conjugue rigueur historique et narration immersive.
Sa trilogie « Insoumis » sur la guerre d'Algérie (1954-1962) fait l'objet d'une adaptation cinématographique, le court-métrage « Terre et Silence » en constituant la première étape.
Son positionnement contre les récits coloniaux lui vaut une hostilité marquée en France, où la presse et l'édition lui restent largement fermées.
Il prépare une trilogie sur l'émir Abdelkader, un essai historique pour octobre 2026, et espère lancer le tournage du long-métrage « Insoumis » en 2027.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Historien de formation, Gabriel Souleyka est romancier, scénariste et réalisateur franco-algérien. Depuis plus de vingt ans, il explore les grandes trajectoires de l’histoire africaine et diasporique à travers des récits qui conjuguent rigueur historique et narration cinématographique.
Auteur de douze romans historiques, dont Nos Héroïnes noires : 30 héroïnes d’hier et d’aujourd’hui (janvier 2025), suivi du Cri de l’innocence (juin 2025). Il a ensuite inauguré sa fresque romanesque consacrée à la guerre d’Algérie avec Insoumis 1954 – Volume 1 (mai 2026.) et Insoumis 1957 – Volume 2 (juillet 2026.) Certains de ces ouvrages, dont le dénominateur commun est la mise en lumière de figures, d’événements et de mémoires longtemps absents des récits dominants sont en cours d’adaptation à l’écran. Nous l’avons rencontré en marge du festival du film d’Avignon et il nous a livré le fond de sa pensée.
Propos recueillis
Par Tahar Houchi
Gabriel, vous avez eu un riche parcours : de l’histoire à la littérature en passant par le cinéma. Pouvez-vous nous le résumer ?
J’ai un parcours assez particulier, dans la mesure où j’ai pu aller aux USA dans mon adolescence dans le cadre de ma pratique des arts martiaux à l’Inosanto Academy de Los Angeles crée par Bruce Lee. C’est de là que j’ai pu rencontrer des gens du monde entier, et surtout beaucoup de personnes travaillant dans le cinéma. Par la suite, ayant choisis d’étudier l’histoire, j’ai pu m’ouvrir à d’autres horizons, et commencer une carrière de scénariste.
Quel est votre domaine de prédilection ?
L’histoire, car quand on ne sait pas d’où l’on vient, on ne sait pas où l’on va. Mon champ d’exploration est large. De l’Algérie à Haïti, en passant par le Sénégal et les Antilles, je m’interroge sur les convergences historiques qui relient les trajectoires africaines et diasporiques à travers le temps et les continents.
Votre roman historique Insoumis s’enrichit aujourd’hui d’un deuxième volet. Pour les lecteurs qui découvrent votre œuvre, quel était le cœur du premier tome, et qu’est-ce qui a rendu cette suite indispensable ?
En effet, la guerre d’Algérie est un sujet inépuisable pour l’historien que je suis. J’ai écrit Insoumis comme un seul livre en 1997, avec plus de mille pages manuscrites. J’en ai donc fait une trilogie qui débute en 1954 et se termine en 1962. Mon premier roman historique, Le Cri de l’innocence, faisait 650 pages. Beaucoup de lecteurs se disait passionnés, mais que cela constituait un gros livre. Ainsi, je pense qu’en ayant découpé Insoumis en trois volume, je permets à mes lecteurs de s’approprier ce récit progressivement.
L’écriture dans ce roman est proche de celle du cinéma. Est-ce un choix volontaire ?
Très honnêtement, je ne me destinais pas à devenir écrivain au sens propre du terme. J’ai d’abord écrit des histoires pour le cinéma ; la majorité de mes livres sont d’abord des projets de films d’ailleurs. Lorsque je me suis essayé à l’écriture romanesque, j’ai naturellement adopté la position d’un spectateur pour permettre à mon lecteur d’être immergé dans le récit avec beaucoup de détails, de descriptions qu’on retrouve en effet dans l’écriture cinématographique. Je suis à l’aise avec cela et je poursuis dans cette voie.
En tant que réalisateur, envisagez-vous une adaptation cinématographique de L’Insoumis ?
Oui. Nous y travaillons. Nous avons produit avec Yasmina Fagbemi le court métrage Terre et Silence qui permet d’apprécier le potentiel de cette histoire authentique et de raconter la guerre de libération nationale à la hauteur de tout ce qu’elle représente. Nous sommes actuellement à la recherche d’investisseurs et de partenaires pour mener à bien la production du long métrage.
Vos thèses vont à contre-courant de la vision occidentale sur l’Afrique en général et de l’Algérie en particulier. Comment en êtes-vous arrivé à forger cette manière intellectuelle de voir différemment l’histoire de ce continent écrite, pour ne pas dire voilée, par le colon ?
J’ai forgé ma pensée sur une notion : «Apprendre son histoire est un acte de résistance», très tôt dans mes études, j’ai pu constater qu’on racontait notre histoire à notre place, surtout pour l’Algérie et l’Afrique en général. Bien sûr, nous avons la chance en Algérie d’avoir de très bons historiens, et la majorité des Algériens connaissent leur histoire. Mais il est clair que mon positionnement répond à celui du colon, qui veut s’approprier la narration, mais aussi de minimiser les crimes coloniaux. Tout mon travail s’inscrit donc dans cette opposition pour permettre, modestement, d’apporter une contribution à l’édification d’un récit national Algérien
Vous abordez des sujets très forts, parfois douloureux, liés à la mémoire. Comment votre travail est-il reçu par le public ?
Je peux le dire sans complexe, très mal du côté de la France, car je subis énormément d’attaques sur les réseaux sociaux, dans la presse en général. Souvent, on veut m’attribuer des identités et des cultures qui ne sont pas les miennes. On tente de décrédibiliser l’ensemble de mon travail par la calomnie, la diffamation et le harcèlement. La presse française dans son ensemble ne m’ouvre pas la porte depuis que je parle de l’Algérie. Quand je parlais de l’esclavage, j’ai pu faire plusieurs interviews et être invité sur des plateaux télévisuels. Au-delà de ces aspects, le monde éditorial lui-même en France est totalement hermétique à ce que je fais.
Quels sont vos projets futurs ?
J’ai une trilogie sur l’Emir Abdelkader dont le premier volume sortira normalement cette année, ainsi qu’un premier essai historique sur l’histoire de l’Algérie, le 17 octobre 2026. Au-delà des livres, nous préparons activement le film Insoumis avec Tioleja et gardons bon espoir de pouvoir commencer la production de ce film en 2027. Pour les intéressés, mes ouvrages sont disponibles sur notre site Internet : www.tioleja.com.

Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler