Israël instrumentalise le Maroc pour affaiblir l’Espagne

L'afflux massif de migrants à Ceuta, avec 67 noyés et près de 70 000 refoulements en trente heures, révèle une instrumentalisation délibérée de la migration par le Maroc comme arme de pression contre l'Espagne.
Ce chantage survient après le vote au Congrès espagnol d'une proposition de nationalité pour 80 000 Sahraouis nés avant 1977, une ligne rouge pour Rabat qui réplique systématiquement par des vagues migratoires depuis 2021.
Derrière cette rétorsion, l'article identifie une convergence d'intérêts avec Israël, allié du Maroc depuis les accords d'Abraham, qui souhaite sanctionner l'Espagne pour son soutien à la Palestine et son récent rapprochement avec l'Algérie.
Alger observe cette guerre par procuration depuis sa position historique de non-ingérence et de soutien à l'autodétermination sahraouie par les voies onusiennes.
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Soixante-sept morts noyés. Des dizaines de milliers de personnes projetées en quelques jours sur une frontière de 83 000 habitants. Près de 69 500 migrants refoulés vers le Maroc en trente heures. Derrière ces chiffres vertigineux affleure une évidence que Rabat ne prend même plus la peine de dissimuler : la migration humaine est devenue un interrupteur que l’on ouvre et que l’on ferme au gré de calculs qui n’ont rien de spontané.
Ce que révèle Ceuta, ce n’est certainement pas une crise humanitaire isolée, mais la convergence d’intérêts entre un régime marocain acculé et un Etat sioniste désireux de punir toute solidarité européenne avec la Palestine. Les migrants, eux, ne sont qu’une variable d’ajustement, sacrifiée sur l’autel d’une pression hybride qui ne dit jamais son nom.
Au-delà de cette façade migratoire, il y a d’abord l’enjeu inapparent du détroit de Gibraltar. Ce verrou maritime par lequel transitent chaque année une centaine de milliers de navires et plus de 10% du commerce mondial concentre trois strates de pouvoir : la souveraineté britannique sur le Rocher, contestée par Madrid depuis le traité d’Utrecht ; la présence espagnole sur la rive nord, prolongée par les enclaves de Ceuta et Melilla ; et le droit international de passage en transit, garanti par la Convention de Montego Bay. Affaiblir l’Espagne sur ses propres enclaves nord-africaines, c’est fragiliser sa capacité à peser sur ce point de passage stratégique entre Méditerranée et Atlantique ; un enjeu que l’emprise israélienne sur les capacités marocaines de surveillance maritime consolide méthodiquement.
Le chantage migratoire n’a rien d’improvisé. Il survient quelques jours à peine après que la commission de la justice du Congrès espagnol a validé une proposition visant à accorder la nationalité espagnole aux Sahraouis nés avant 1977 sous administration coloniale, soit environ 80 000 personnes. Pour un régime marocain qui érige toute reconnaissance de l’identité sahraouie en ligne rouge absolue, le signal était intolérable. La grammaire est connue depuis 2021 et l’affaire Brahim Ghali : chaque avancée sur le dossier sahraoui se paie, du côté espagnol, par une vague migratoire savamment orchestrée à Ceuta ou à Melilla.
Mais il y a une troisième punition, plus profonde encore : celle du rapprochement algéro-espagnol scellé par le récent voyage de Pedro Sánchez à Alger. Rabat ne pardonne pas à Madrid de renouer avec Alger ni de vaciller, même timidement, sur le statut du Sahara occidental. Et dans cette entreprise de rétorsion, le Maroc n’agit plus en acteur autonome. Totalement soumis à Israël depuis les accords d’Abraham, il sert un agenda qui le dépasse. Car Israël a tout intérêt à voir l’Espagne (l’une des voix européennes les plus claires en soutien à la cause palestinienne) payer le prix fort de ses positions.
L’Algérie assiste à ce spectacle depuis la position qu’elle a toujours défendue : celle de la non-ingérence et du soutien à l’autodétermination sahraouie par les voies onusiennes. Cette crise peut tout de même être nommée pour ce qu’elle est : une guerre par procuration par la coercition, qui instrumentalise des vies humaines pour régler des comptes géopolitiques et qui, à Gibraltar comme à Ceuta, cherche moins à protéger des frontières qu’à redessiner des rapports de force.
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