Société

Tiaret : Ces métiers informels qui font tenir la ville

Par Amellal Fawzi•5 min de lecture
Brifa
Tiaret : Ces métiers informels qui font tenir la ville
Résumé IA

À Tiaret, l'économie informelle anime la ville dès l'aube avec gardiens de parking, transporteurs clandestins, cordonniers et vendeurs à la sauvette, acteurs invisibles mais indispensables du quotidien.

Les artères principales se transforment en couloirs de restauration rapide et marchés à ciel ouvert où fruits, vêtements et pièces détachées s'étalent désormais sans complexe.

Une micro-économie de survie s'organise autour de revendeurs d'occasion, de gardiens de véhicules et de femmes «dellalates» pour qui le commerce de rue constitue l'unique filet financier.

Face aux loyers exorbitants et contrôles stricts, des artisans comme les coiffeurs se reconvertissent en services à domicile pour préserver leur clientèle sans assumer de local commercial.

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A Tiaret, la ville s’éveille bien avant l’ouverture des administrations. Dès l’aube, les artères du chef-lieu s’animent sous l’impulsion d’une multitude de travailleurs sans statut. Gardiens improvisés veillant sur les parkings et les devantures, transporteurs dits «fraudeurs» reliant les périphéries au centre-ville, cordonniers installés à même le sol, ou vendeurs à la sauvette étalant leurs marchandises sur un carton : invisibles pour l’administration, ces acteurs du secteur informel n’en sont pas moins les rouages essentiels du quotidien. Au cœur de la cité, la rue a progressivement changé de vocation.

Le trottoir n’est plus seulement un espace de transit, il est devenu un lieu de travail et de consommation immédiate. Autrefois, l’adage populaire voulait qu’entre deux cafés se trouve toujours un autre café. Aujourd’hui, le paysage a muté : entre deux pizzerias s’intercale désormais une autre pizzeria, un local de fast-food ou un étal de restauration rapide. C’est à se demander si la ville n’a plus d’yeux que pour la «bouffe». Mais derrière cette «fast-foodisation» des artères principales se cache une double réalité : l’exutoire d’une jeunesse en quête de lieux de sortie et un créneau de survie économique où la restauration éclair apparaît comme le seul investissement encore accessible.

Dans ce décor saturé d’odeurs de pâte cuite et de grillades, le commerce de rue déballe le reste. De la rue Emir-Abdelkader jusqu’à la gare, en passant par la rue Ali-Bekhatou, les abords du marché couvert, le marché Sonatiba ou les boulevards de la cité Hachemi-Belhadj et d’Ahmed-Hallouz : partout, l’espace est réinvesti. Fruits et légumes, produits ménagers, habillement, pièces détachées et parfois même des stocks capables d’alimenter un commerce pignon sur rue s’y étalent sans complexe. L’informel ne se dissimule plus : il s’installe, se structure et s’impose comme une composante ordinaire du paysage urbain. Les marchands de primeurs incarnent l’une des façades les plus visibles de cette économie parallèle. Du secteur de la Médersa jusqu’au marché couvert, le quotidien oscille entre fuite et routine : une partie joue au chat et à la souris avec les agents de contrôle, s’évanouissant pour réapparaître quelques mètres plus loin, tandis qu’une autre reste immobile, poursuivant son activité comme si sa présence allait de soi.

Bric-à-brac

Autour de ce noyau commerçant gravite toute une micro-économie de subsistance. Les gardiens, souvent des jeunes sans emploi ou des aînés dépourvus de retraite, veillent sur les véhicules contre une pièce laissée à la discrétion des usagers. Les revendeurs de téléphones, de bicyclettes ou d’électroménager d’occasion prolongent la vie d’objets devenus inaccessibles au prix du neuf. Enfin, les transporteurs clandestins pallient les carences chroniques des transports urbains, désenclavant les quartiers périphériques à toute heure. A cette précarité masculine s’ajoute une dynamique de plus en plus féminine, incarnée par le phénomène des «dellalates». A proximité du grand bazar, dans le quartier de la Gare, des femmes de tous âges investissent quotidiennement un périmètre bien défini. Vêtements, vaisselle, bric-à-brac, linge ou ornements divers s’y négocient dans une ambiance populaire et résiliente. Pour ces mères et cheffes de famille souvent privées de revenus stables, le marché informel constitue l’unique filet de sécurité financière.

Sur le terrain des métiers traditionnels, l’adaptation est reine. Faute de moyens pour assumer des baux commerciaux exorbitants ou pour s’astreindre aux charges réglementaires, la reconversion devient sauvage. Sous la pression des contrôles rigoureux, certains artisans du quotidien adaptent leur offre : des coiffeurs privés de registre du commerce se sont, par exemple, reconvertis en «coiffeurs à la demande», la tondeuse dans la sacoche, offrant leurs services à domicile pour conserver une clientèle fidèle sans essuyer de loyer. Fawzi Amellal

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