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Un débat sur l’école vire au procès idéologique : Le pédagogue Ahmed Tessa au cœur d’une polémique

Par Nabila Amir6 min de lecture
Un débat sur l’école vire au procès idéologique : Le pédagogue Ahmed Tessa au cœur d’une polémique
Résumé IA

Le pédagogue Ahmed Tessa a déclenché une vive polémique idéologique après avoir défendu la place du français et de la philosophie à l'école algérienne lors d'une émission télévisée.

L'ancien ministre El Hachemi Djaboub, cadre du MSP, a riposté en attaquant personnellement Tessa sur sa maîtrise de l'arabe, son patriotisme, son passage au ministère sous Nouria Benghabrit et un prix reçu en France.

Tessa a répondu en expliquant son cursus primaire en français à l'époque coloniale, en invoquant cinq oncles morts au combat contre l'armée française, et en réclamant un recentrage sur les vrais problèmes pédagogiques.

Plusieurs voix appellent désormais à dépasser l'affrontement identitaire pour débattre sereinement des programmes, de la complémentarité des langues, de la philosophie et de la formation des enseignants.

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El Watan

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Les propos du pédagogue Ahmed Tessa sur la place du français, de la philosophie et de certaines disciplines dans l’école algérienne ont déclenché une vive polémique, avec des critiques venues notamment de figures de la mouvance islamiste. Plusieurs voix ont appelé à préserver la place du français et de la philosophie et à privilégier le débat pédagogique sur les attaques personnelles.

Exprimer un avis sur l’école, ses programmes et ses méthodes doit-il conduire à être attaqué personnellement, voire à devoir justifier son patriotisme ? La polémique déclenchée par les propos du pédagogue Ahmed Tessa sur la place du français, de la philosophie et de certaines disciplines dans l’école algérienne pose, au-delà du débat pédagogique, une question plus large, qui est celle du droit de chacun à exprimer une opinion sans être immédiatement fustigé, disqualifié ou renvoyé à son appartenance supposée. Elle ravive une nouvelle fois les tensions idéologiques autour de la langue, de l’identité et du modèle scolaire algérien, avec des attaques venues notamment de figures issues du courant islamiste.

Ahmed Tessa, qui s’exprimait sur ces questions en tant que pédagogue et ancien cadre du secteur de l’Education, s’est retrouvé au centre d’une controverse après son passage sur El Khabar TV. Le lendemain de son intervention, des voix issues de la mouvance islamiste, parmi lesquelles celle d’El Hachemi Djaboub, ancien ministre du Commerce et cadre du MSP, ont vivement réagi à ses positions sur la place du français dans l’école algérienne. Mais la critique de Djaboub ne s’est pas limitée à cette question, elle a également porté sur le parcours de Tessa, sa maîtrise de l’arabe et jusqu’à son patriotisme.

Dans son texte, le cadre du MSP revient sur les positions connues de Tessa en faveur de l’enseignement du français et rappelle notamment le prix que le pédagogue a reçu en France en 2018. Aussi, il s’en prend à son niveau d’arabe et évoque son passage au ministère de l’Education ainsi que les responsabilités qu’il y a exercées durant la période de Nouria Benghabrit. La polémique quitte ainsi rapidement le seul terrain pédagogique pour investir celui de l’identité, de l’histoire et du patriotisme.

La défense du français est présentée par ses détracteurs comme une position idéologique liée «à l’influence française, tandis que le recul de cette langue dans l’école est défendu au nom de la souveraineté nationale et de l’achèvement de la décolonisation». Ahmed Tessa choisit de répondre directement à El Hachemi Djaboub. Sur la question de l’arabe, il ne nie pas ses difficultés.

L’attaque et l’insulte remplacent l’argument

Il les explique par son cursus primaire effectué en français durant la période coloniale et affirme faire des efforts pour mieux s’exprimer dans cette langue. Mais il refuse surtout que cette question serve à disqualifier sa parole. Pour lui, «l’essentiel est dans les idées développées et non dans le style de la langue utilisée». Une réponse qui ramène le débat à son objet initial : les propositions et les analyses d’un pédagogue sur l’école algérienne. Concernant le prix reçu en France en 2018, Tessa confirme l’avoir obtenu, tout en précisant qu’il avait refusé de demander un visa pour la France et ne s’était donc pas rendu à Paris pour recevoir la distinction.

Il assume également pleinement les années passées au ministère de l’Education nationale. A ceux qui mettent en cause son patriotisme en raison de son rapport au français, il oppose également son histoire familiale. Il affirme que cinq de ses oncles sont morts les armes à la main contre l’armée française. Surtout, Tessa tente de ramener la discussion à l’école. Plutôt que de s’attaquer au français, estime-t-il, il faudrait s’attaquer aux difficultés qui touchent l’enseignement dans son ensemble : programmes, méthodes, manuels et formation des enseignants. Toutes les disciplines sont concernées, affirme-t-il, «à commencer par la langue arabe». La réponse de Tessa n’a pas mis fin à la polémique.

D’autres réactions particulièrement virulentes ont continué à circuler. Pour les voix qui ont pris la défense de Tessa, cette évolution est révélatrice : «Au lieu de répondre aux arguments d’un pédagogue sur l’école, ses détracteurs chercheraient à le discréditer en raison de sa langue, de son parcours ou de ses positions sur le français.» Ses défenseurs ne sont toutefois pas en reste dans la polémique. Certains ont retourné les accusations contre Djaboub, en mettant en avant son propre parcours politique et les responsabilités qu’il a exercées lorsqu’il était ministre du Commerce. D’autres ont contesté également sa légitimité à distribuer des certificats de patriotisme ou à réduire le débat sur l’école à la seule question de la langue française. Au-delà de la polémique autour d’Ahmed Tessa, plusieurs voix ont appelé à recentrer le débat sur les enjeux pédagogiques.

Elles défendent une approche fondée sur la complémentarité des langues, la place de la philosophie et le développement de l’esprit critique, considérant l’école comme un espace d’ouverture sur les savoirs et non comme un terrain d’affrontement idéologique. Plusieurs parties se sont alignées sur les idées de Tessa et ont ainsi plaidé pour le maintien du français et de la philosophie, contestant leur retrait au regard du rôle que ces disciplines jouent, selon elles, dans la formation intellectuelle des élèves et leur ouverture sur les savoirs.

Il est clair que le débat sur l’école algérienne mérite précisément une confrontation sur les programmes, les langues, les méthodes et la formation des élèves, plutôt qu’une succession de procès faits à ceux qui prennent position.Nabila Amir

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