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Omar Haroun. sous-directeur de l’évaluation et de l’assurance qualité au MESRS : «Le secteur prévoit de généraliser la certification ISO 9001:2015 pour accroître la visibilité des universités»

Par Kamel Benelkadi14 min de lecture
Omar Haroun. sous-directeur de l’évaluation et de l’assurance qualité au MESRS : «Le secteur prévoit de généraliser la certification ISO 9001:2015 pour accroître la visibilité des universités»
Résumé IA

Le ministère de l'Enseignement supérieur a lancé en janvier un projet de certification ISO 9001:2015 pour les universités, cinq établissements étant déjà certifiés et une généralisation prévue.

La démarche suit une méthodologie en sept étapes avec 130 heures de formation dispensées aux représentants universitaires, couvrant les processus cœur de métier que sont la recherche scientifique et la pédagogie.

L'objectif est d'accroître la visibilité internationale des universités algériennes, faciliter la coopération académique et attirer des étudiants étrangers via le programme «Étudier en Algérie», en cohérence avec les priorités de numérisation et d'intelligence artificielle.

Les enseignants, étudiants et personnels administratifs sont associés comme parties prenantes à travers des enquêtes obligatoires, le système reposant sur l'amélioration continue validée par des audits externes rigoureux.

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Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (MESRS) engage une nouvelle étape dans la modernisation de l’université. Après la certification ISO 9001:2015 de 5 établissements, le secteur prévoit de généraliser cette démarche. Peut-on avoir un aperçu sur les objectifs et la concrétisation de cette opération ?

Le projet d’accompagnement des établissements d’enseignement supérieur pour l’obtention de la certification ISO a été lancé le 3 janvier de l’année en cours, à travers une correspondance adressée aux institutions concernées, précisant les exigences attendues de chaque établissement ainsi que la méthodologie de travail à suivre. Celle-ci comprenait sept étapes, chacune assortie d’un délai d’exécution allant de la constitution de l’équipe de pilotage du projet et de la formation au sein de chaque établissement jusqu’à l’audit interne et externe. Le ministère, à travers la sous-direction de l’évaluation et de l’assurance qualité, a organisé quatre sessions de formation entre les mois de janvier et mai. Un programme de formation de 130 heures a ainsi été dispensé aux représentants des universités concernées en présentiel, avec une transmission aux autres membres des équipes via visioconférence. Les sessions ont été animées par le professeur Amine Allal et la professeure Yousfi Fatima. Cela a permis d’harmoniser les visions des participants et d’accélérer la compréhension des démarches nécessaires à la mise en place du système qualité dans les établissements universitaires, en vue de l’obtention de la certification. Par ailleurs, la sous-direction a mené de nombreuses interventions télévisées et rencontres avec la presse écrite et numérique, afin de promouvoir la culture de la qualité selon des bases solides et conformes aux exigences de la norme internationale. Grâce à ce projet, nous avons réussi à mettre en place un système de management de la qualité au sein des établissements d’enseignement supérieur algériens et à valoriser la qualité existante dans nos institutions universitaires à travers la certification internationale ISO 9001. Celle-ci permet d’accroître la visibilité de nos universités, de faciliter la coopération internationale dans le cadre de projets communs et d’attirer des étudiants internationaux, notamment dans le cadre du programme «Etudier en Algérie» dédié à l’accueil d’étudiants étrangers dans les établissements universitaires algériens moyennant des frais de scolarité.

Ce chantier est-il en adéquation avec la numérisation et l’intelligence artificielle qui sont une priorité actuelle ?

Les efforts considérables et distingués fondés sur l’accumulation des expériences, ainsi que la volonté de développer et d’améliorer la performance des établissements d’enseignement supérieur à travers la maîtrise de l’intelligence artificielle, l’excellence dans le domaine de la numérisation et l’engagement dans la dynamique de l’université de quatrième génération, avec tout ce que ce parcours implique en termes d’ouverture sur l’environnement économique et social, de développement pédagogique et d’orientation de la recherche scientifique au service de l’économie nationale, sont aujourd’hui clairs et visibles pour l’ensemble du secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Désormais, l’enjeu s’oriente davantage vers la recherche d’une reconnaissance formelle attestant de la qualité existante dans les universités algériennes qui forment chaque année des diplômés qualifiés, capables de s’intégrer dans des institutions nationales et internationales, et de contribuer à leur développement, ainsi que des entrepreneurs aptes à créer des petites, moyennes et jeunes entreprises innovantes.

Quels sont les principaux leviers utilisés pour impliquer et motiver le corps professoral, le personnel administratif et les étudiants dans la culture de l’assurance qualité ?

Le système ISO 9001 recense les parties prenantes et les partenaires au sein des établissements, et sollicite leur avis sur les activités et les processus en cours. Les enseignants, les étudiants et le personnel administratif constituent ainsi des partenaires essentiels de ce dispositif. Le fait de former l’ensemble des parties concernées, de recueillir leurs avis sur le fonctionnement de l’établissement et de les intégrer dans une démarche d’amélioration continue en vue de développer l’institution universitaire constitue en soi une avancée notable. Cela a favorisé l’adhésion de tous et leur contribution à la mise en place du système et à l’obtention de la certification au sein des établissements universitaires.

Par ailleurs, l’organisation de certains aspects administratifs et la définition précise des missions de chaque fonction et poste, à travers des fiches de poste ainsi qu’une matrice de répartition des responsabilités entre les différentes parties internes et externes, éléments essentiels du système ISO 9001, ont rendu le travail au sein des établissements ayant mis en œuvre ce système et obtenu la certification plus fluide et plus efficace. De son côté, la communauté universitaire estime désormais qu’il est indispensable de disposer d’une reconnaissance formelle attestant de la qualité des pratiques mises en œuvre, d’autant plus que les diplômés de l’Université algérienne sont recherchés sur les marchés internationaux. A cet égard, l’obtention de la certification ISO 9001 constitue une preuve tangible de la qualité détenue par nos établissements universitaires, ainsi qu’un témoignage des efforts déployés par l’ensemble de la communauté universitaire en Algérie.

Comment les exigences des normes ISO sont-elles adaptées et appliquées concrètement aux processus cœur de métier de l’université, à savoir la pédagogie (enseignement/apprentissage) et la recherche scientifique ?

Nous avons veillé à ce que le périmètre de certification ISO couvre la recherche scientifique à travers ses processus, tels que les concours de doctorat, l’encadrement et les laboratoires de recherche, ainsi que la pédagogie à travers des processus tels que l’inscription, l’enseignement et la délivrance des diplômes. La recherche scientifique et la pédagogie constituent en effet les deux missions principales du secteur, tandis que les autres activités liées à la gestion et aux relations extérieures sont intégrées dans le cadre des fonctions support. Cela signifie que le périmètre retenu pour l’obtention de la certification ISO dans les établissements d’enseignement supérieur a emprunté une voie exigeante, sans se limiter à l’organisation des processus de gestion, comme ceux relatifs à la gestion des ressources humaines, bien que ceux-ci soient inclus dans les fonctions support, au même titre que les activités liées aux relations extérieures. Le principe de l’amélioration continue implique que l’organisation de tout processus, l’analyse de ses intrants, leur traitement et l’amélioration de ses extrants — ainsi que l’ensemble des étapes de sa mise en œuvre, ses références, l’identification des risques potentiels et l’élaboration d’un programme de mise à jour — constituent une garantie pour pérenniser l’approche qualité en tant que principe de gestion et de développement, et non comme un simple slogan. De plus, les enquêtes distribuées de manière obligatoire aux parties prenantes, notamment les étudiants, les enseignants, l’administration, ainsi que les partenaires et acteurs socioéconomiques, permettent de mesurer concrètement le niveau d’évolution de l’établissement et le degré d’application de l’amélioration continue, que ce soit à travers le taux de participation ou la nature des réponses recueillies. L’ensemble de ces éléments doit être documenté conformément à des modalités précisément définies par la norme internationale ISO. Tout écart par rapport à ces exigences relevé lors de l’audit externe peut entraîner le refus de la certification, avec l’octroi d’un délai de trois mois pour corriger les non-conformités. A défaut de correction dans ce délai, l’établissement concerné est privé de la certification jusqu’à la réalisation d’un nouvel audit externe conforme à l’ensemble des exigences de la norme.

Quels sont les indicateurs-clés de performance (KPI) les plus pertinents que vous suivez pour mesurer l’impact réel de cette démarche qualité sur la satisfaction des étudiants, l’employabilité des diplômés et l’efficacité des processus internes ?

Pour l’administration centrale, le principal critère sur lequel porte l’attention est la vérification de la qualité de la mise en œuvre du système ISO au sein des établissements universitaires, étant donné l’importance primordiale accordée au système lui-même. Cela nous a conduits à assurer un suivi étroit du processus de mise en place et du niveau de maturité du système. A cet effet, le ministère de tutelle a formé 20 enseignants à la norme ISO 19011. Par ailleurs, l’évaluation externe, qui conditionne l’obtention de la certification ISO et qui doit se dérouler sans écarts majeurs au sein de l’établissement, constitue également un élément essentiel. En ce qui concerne les établissements engagés dans la mise en place du système ISO, la définition d’indicateurs-clés de performance (KPI) est indispensable à toutes les étapes d’application du système. A titre d’exemple, au niveau du chapitre 4, on mesure le taux de réalisation des objectifs stratégiques fixés ainsi que la satisfaction des parties prenantes, notamment les enseignants, les étudiants et le personnel. Au chapitre 6, on évalue le taux de risques traités. Au chapitre 9, on mesure le nombre de non-conformités, le délai de clôture des actions correctives, ainsi que la performance des processus par rapport aux objectifs atteints. Le système ISO 9001 impose à l’administration d’impliquer l’ensemble de la communauté universitaire dans cette démarche. Il est à noter que la communauté universitaire en Algérie a accueilli cette norme de manière positive, d’autant plus que de nombreuses pratiques et organisations administratives et pédagogiques existaient déjà, mais nécessitaient simplement certains ajustements, notamment en matière de documentation.

L’obtention de la certification ISO constitue-t-elle un argument de poids ou un facilitateur pour renforcer les partenariats stratégiques, les conventions de stage et les projets de recherche collaborative avec le secteur socioéconomique ?

L’Université algérienne s’oriente aujourd’hui vers le modèle de l’Université de quatrième génération, dans lequel l’obtention de la certification ISO constitue l’un des fondements essentiels. L’obtention de cette certification signifie que sur le plan organisationnel, l’université adoptera le même langage, les mêmes principes et les mêmes orientations que les entreprises économiques, tant sur le marché algérien qu’à l’international, ce qui lui permettra de contribuer davantage à la réalisation des objectifs globaux de l’économie nationale. Elle permet également aux étudiants de mieux se préparer à intégrer le monde de l’entrepreneuriat et de l’intrapreneuriat. Par ailleurs, l’environnement économique percevra l’Université algérienne comme une institution moderne capable de répondre à ses besoins, ce qui renforcera inévitablement les niveaux de coopération et de partenariat entre les deux parties, et favorisera la construction de relations plus solides et plus profondes entre les universités algériennes certifiées ISO et les entreprises nationales.

Comment le processus d’assurance qualité intègre-t-il les mutations rapides du marché du travail (transition numérique, automatisation, nouvelles compétences vertes) pour anticiper les besoins futurs des entreprises dans l‘élaboration des volets pédagogiques ?

Cette question peut être traitée dans le cadre de la clause 4.1 de la norme ISO 9001:2015, qui exige l’analyse de l’environnement interne et externe ainsi que l’identification des modalités permettant d’atteindre les résultats escomptés. Cette analyse repose sur des outils techniques, notamment la méthode SWOT qui permet d’identifier les forces, les faiblesses, les opportunités et les menaces, tant internes qu’externes. Chaque établissement universitaire ayant mis en œuvre le système ISO a procédé à cette analyse, ce qui lui a permis d’identifier les filières existantes pouvant être maintenues et développées, ainsi que les spécialités d’avenir à ouvrir. Parallèlement, au niveau du ministère, un travail est également mené dans ce sens.

Au cours de cette année, un ensemble de nouvelles spécialités a été programmé pour ouverture, et d’autres le seront prochainement aux niveaux licence et master pour atteindre, à court terme, un total d’environ 24 spécialités, avec une perspective de développement continu. En outre, le ministère œuvre dans la même logique au développement de spécialités à double compétence, en intégrant, par exemple, des combinaisons telles que le management et l’informatique, ou encore l’économie et les mathématiques, afin de mieux répondre aux besoins du marché et aux évolutions futures.

Propos recueillis par Kamel Benelkadi

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