Réunion des 27 suite à la crise migratoire de Ceuta : L’Union européenne affiche son unité malgré les fractures

Les ministres de l'Intérieur de l'UE ont tenu une réunion d'urgence après l'arrivée massive de 72 000 migrants à Ceuta, affichant leur solidarité envers l'Espagne tout en révélant de profondes divisions politiques.
L'Italie a réclamé la suspension de l'Espagne de Schengen et rétabli des contrôles frontaliers, tandis que plusieurs capitales critiquaient la régularisation massive de sans-papiers par Madrid comme facteur d'appel.
Aucune décision concrète n'a été prise, la Commission affirmant que Schengen n'a pas été menacé et que les arrivées irrégulières ont chuté de 55 % en deux ans, tout en préconisant un renforcement des frontières extérieures.
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L’Union européenne a tenté, hier, de reprendre la main après plusieurs jours de fortes tensions provoquées par l’arrivée massive de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta.
Réunis en visioconférence lors d’un Conseil extraordinaire des ministres de l’Intérieur, les Vingt-sept ont affiché un message de solidarité envers Madrid. Il n’empêche que les désaccords politiques qui traversent désormais l’Europe sur les questions migratoires apparaissent désormais au grand jour.
Cette réunion d’urgence, réclamée dès le 1er août par vingt-deux dirigeants européens, avait été convoquée dans un climat tendu, tandis que les critiques pleuvaient contre le gouvernement du Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, accusé par plusieurs capitales d’avoir perdu le contrôle de ses frontières et d’entretenir, avec sa politique migratoire, un «effet d’appel». Une accusation que Madrid rejette fermement. Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, savait qu’il serait attendu au tournant. Premier à prendre la parole, il a défendu la gestion espagnole de cette crise, tout en appelant ses partenaires européens à faire preuve de davantage de solidarité.
Selon les derniers chiffres communiqués par Madrid, au moins 72 000 migrants sont entrés illégalement à Ceuta depuis le Maroc au cours de la semaine écoulée. Le ministre espagnol affirme que près de 70 000 d’entre eux sont déjà retournés au Maroc. Il a également annoncé qu’au moins 75 corps de migrants avaient été retrouvés.
Schengen au cœur des débats
Depuis plusieurs jours, une question domine les discussions européennes : la crise de Ceuta a-t-elle mis en péril l’espace Schengen ? Pour Fernando Grande-Marlaska, «en aucun cas l’espace Schengen n’a été compromis dans cette crise». «L’espace Schengen n’a jamais été en danger, pas même en danger minimal», a-t-il déclaré à l’issue de la réunion ministérielle. Cela a été largement repris par plusieurs responsables européens. Le commissaire européen chargé des Migrations, Magnus Brunner, a lui aussi insisté sur la capacité de l’Union à absorber ce choc.
Cet épisode «nous a mis à l’épreuve : d’une part, en termes de rapidité d’action, d’autre part, en matière de solidarité, mais aussi dans notre capacité à résister à la désinformation», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Bruxelles, à l’issue d’un échange entre ministres de l’Intérieur des 27. Pour Bruxelles, malgré l’ampleur des arrivées, l’Union a finalement contenu la crise. «L’Europe a réussi ce test», a estimé le commissaire européen.
A l’issue des échanges, les ministres ont adopté un ton volontairement rassembleur. Le ministre français, Laurent Nunez, a affirmé que «tous les Etats membres ont marqué leur solidarité avec l’Espagne. Tout le monde a salué la gestion espagnole et la coopération remarquable avec le Maroc», a-t-il affirmé. Les discussions n’ont toutefois débouché sur aucune décision concrète. Ce Conseil, organisé sous présidence irlandaise, n’avait d’ailleurs aucun caractère décisionnel. «Il s’agissait d’un moment de discussion», a rappelé Laurent Nunez. Dans les coulisses, plusieurs diplomates reconnaissaient d’ailleurs que la réunion risquait surtout d’être utilisée par les différents gouvernements pour répondre à leurs propres opinions publiques, alors que les partis de droite et d’extrême droite multiplient les attaques sur les questions migratoires. «La réunion sera utilisée par les ministres à des fins de politique intérieure», a confié aussi une de ces sources dans des propos relayés par le journal Le Monde. Elle doit leur permettre «d»adopter un ton plutôt dur pour ne pas laisser la moindre prise aux critiques de l’extrême droite» qui n’a pas tardé à exprimer son mécontentement.
L’Europe durcit sa doctrine
Il est à rappeler que vingt-deux chefs d’Etat et de gouvernement européens ont signé ensemble une lettre réclamant une réunion d’urgence pour examiner la situation. Dans cette lettre, les dirigeants dénoncent des «politiques susceptibles de créer un effet d’appel», une allusion au vaste programme de régularisation de près de 500 000 sans-papiers lancé par le gouvernement espagnol au printemps. Madrid rappelle pourtant que cette mesure concerne uniquement des personnes vivant déjà sur le territoire espagnol et ne constitue en rien un dispositif destiné à attirer de nouveaux migrants. Pedro Sanchez a vivement dénoncé les critiques venues de ses partenaires, les attribuant à «l’intérêt politique, l’ignorance et les préjugés». Son ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a également ciblé l’Italie, estimant que Rome n’avait «pas été à la hauteur de la situation» après avoir demandé la suspension de l’Espagne de l’espace Schengen.
Il fait dire que l’Italie était le principal porte-voix de la ligne dure. Dès le 30 juillet, la Première ministre, Giorgia Meloni, dénonçait des «images choquantes» à Ceuta et réclamait des «mesures exceptionnelles», allant jusqu’à évoquer une suspension de l’Espagne de Schengen. Le lendemain, Rome annonçait des contrôles temporaires visant les voyageurs en provenance d’Espagne. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, qualifiait cette décision «d’inévitable». cette proposition de suspension a trouvé un certain écho au Danemark et en Finlande. Paradoxalement, après la réunion d’hier, Copenhague a salué la réaction espagnole. Le ministre danois de l’Immigration, Morten Bodskov, s’est déclaré «très satisfait» du déploiement rapide de la police et de l’armée espagnoles ainsi que du retour de nombreux migrants vers le Maroc. Tout en ajoutant que cette crise démontrait «qu’il est absolument essentiel que nous gardions le contrôle des frontières de l’Union européenne».
Si aucun changement immédiat n’a été annoncé, cette crise semble accélérer une évolution déjà engagée depuis plusieurs mois. Dans un courrier adressé à Pedro Sanchez, Ursula von der Leyen a appelé à renforcer encore davantage la protection des frontières extérieures. La présidente de la Commission européenne rappelle pourtant un paradoxe rarement mis en avant : les arrivées irrégulières dans l’Union européenne sont en baisse. Selon les chiffres qu’elle avance, elles ont diminué de 55% en deux ans et de 37% depuis le début de l’année 2026. Le nombre d’arrivées illégales est «en chute de 55% au cours des deux dernières années et de 37% depuis le début 2026», a écrit Ursula von der Leyen dans un courrier adressé lundi au chef du gouvernement espagnol. Elle y appelle cependant à trouver une «réponse européenne commune» pour consolider les frontières du bloc. «Cet épisode montre clairement que nous devons aller plus loin pour renforcer nos frontières aux points les plus sensibles.»
Parmi les pistes évoquées : «Une surveillance accrue et, lorsque cela est nécessaire, l’utilisation de barrières physiques». Il est à préciser que la quasi-totalité des gouvernements européens est désormais dirigée par des majorités de droite ou de droite conservatrice, tandis que plusieurs pays, à commencer par l’Italie, affichent une ligne beaucoup plus ferme sur l’immigration qu’il y a encore quelques années. L’Allemagne de Friedrich Merz a réintroduit des contrôles aléatoires à ses frontières intérieures. La France maintient les siens depuis plusieurs années. D’autres Etats envisagent désormais des restrictions comparables.
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