Culture

Renato Fontanarosa. Acteur de théâtre et de cinéma italien : «Présenter Don Quichotte au public algérien est un projet qui nous tient à cœur»

Par R. C.•9 min de lecture
Brifa
Renato Fontanarosa. Acteur de théâtre et de cinéma italien : «Présenter Don Quichotte au public algérien est un projet qui nous tient à cœur»
Résumé IA

La Compagnie Aux 4 Vents triomphe depuis 2024 avec Don Quichotte mis en scène par Carlo Boso, où Renato Fontanarosa incarne un Sancho Panza dont la transformation poétique touche le public.

L'œuvre, qui souligne la captivité de Cervantès à Alger et son procédé littéraire de Cide Hamete Benengeli, porte un message d'idéaux et de justice porté par une troupe unie par des années de collaboration.

Après des représentations acclamées à Avignon, en Italie, en Bulgarie et en Moldavie, la compagnie envisage une tournée française 2026-2027 et rêve surtout de jouer en Algérie.

E

Publié par

El Watan

Publié le

ou lire sur le site source →

Article Original

Contenu complet de la source

lPortée par la Compagnie Aux 4 Vents, Don Quichotte est une pièce théâtrale qui a connu un grand succès depuis sa création en 2024. Elle a été mise en scène par l’Italien Carlo Boso.

Sur scène, les personnages sont incarnés par un groupe de comédiens remarquables. Parmi eux, Renato Fontanarosa qui interprète le rôle de Sancho Panza. Dans cet entretien, on revient sur le parcours et la pertinence de cette pièce qui va de succès en succès.

Propos recueillis
Par Tahar Houchi

Vous faite partie de la Compagnie Aux 4 Vents qui a mis en scène Don Quichotte. Pourquoi est-il pertinent d’adapter ce texte aujourd’hui au théâtre ?

Don Quichotte est un classique intemporel qui continue de résonner avec une étonnante actualité. Derrière les aventures de ce chevalier errant se cache une réflexion profonde sur notre capacité à croire en nos idéaux, même lorsque la réalité semble constamment les contredire. Don Quichotte devient fou à force de lire des récits de chevalerie qui exaltent l’honneur, la justice et le courage. Pour lui, ces valeurs ne sont pas de simples histoires : elles méritent d’être vécues et défendues. Malgré les moqueries, les échecs et les désillusions, il poursuit inlassablement son combat pour tenter de rendre le monde meilleur. À une époque où le cynisme, la violence et le découragement occupent souvent le devant de la scène, il nous semble essentiel de faire entendre à nouveau ce message. Le théâtre est un lieu où l’on peut interroger notre rapport au réel, mais aussi réaffirmer la nécessité de croire en des idéaux plus grands que nous. En portant Don Quichotte sur scène aujourd’hui, nous souhaitons rappeler que l’honneur, la justice, la solidarité et l’imaginaire ne sont pas des valeurs dépassées, mais des forces capables d’inspirer notre présent. À notre manière, nous poursuivons le même combat que Don Quichotte : celui de défendre ces idéaux et de croire qu’ils peuvent encore transformer le monde.

Vous avez campé le rôle de Sancho. Que trouvez-vous de particulier à ce personnage ?

Ce qui me touche particulièrement dans le personnage de Sancho Panza, c’est sa profonde poésie. Au premier regard, il paraît naïf, et il l’est en partie. C’est précisément cette simplicité, associée à une fidélité sans faille, qui pousse Don Quichotte à le choisir comme écuyer. Au début de leur aventure, Sancho ne partage pas vraiment les idéaux de son maître. Il doute, il questionne, il garde les pieds sur terre. Pourtant, par affection, par loyauté et par curiosité, il accepte de l’accompagner dans sa quête. Peu à peu, au contact de Don Quichotte, il se transforme.

Sans même s’en rendre compte, il finit par intégrer cette manière de regarder le monde. C’est ce parcours qui me bouleverse. À la fin du roman, lorsque Don Quichotte renonce à ses idéaux et retrouve la raison, c’est Sancho qui tente de raviver en lui cette flamme. Les rôles s’inversent : celui qui était le plus pragmatique devient le gardien du rêve. Je trouve cette scène finale d’une puissance et d’une poésie extraordinaires. Elle nous rappelle que les idéaux se transmettent d’une personne à une autre et qu’ils continuent à vivre, même lorsque celui qui les portait le premier n’a plus la force de le faire. C’est, à mes yeux, l’un des plus beaux messages de toute l’œuvre.

Vous êtes nombreux sur scène qui s’enflamme souvent avec une énergie remarquable grâce à toute une équipe qui travaille en symbiose. Comment êtes-vous arrivés à ce résultat ?

Ce qui fait la force de notre lien sur scène, c’est avant tout, le temps. Cette complicité ne s’est pas créée avec Don Quichotte : c’est le fruit de plusieurs années de travail ensemble au sein de la compagnie Aux Quatre Vents.

Bien sûr, Don Quichotte est le spectacle que nous avons le plus joué, mais notre alchimie est née bien avant. Nous avons partagé de nombreuses créations, des répétitions, des tournées, des réussites, des difficultés et des moments de vie. Toutes ces expériences communes ont progressivement construit une confiance et une écoute qui sont devenues presque instinctives. Cette complicité dépasse le cadre du plateau. Elle existe aussi dans notre vie quotidienne, dans les liens humains que nous avons tissés au fil des années. Je suis convaincu que le public la ressent immédiatement. C’est cette énergie collective, nourrie par une véritable histoire commune, qui donne au spectacle sa vitalité et qui entraîne les spectateurs avec nous, comme s’ils faisaient eux aussi partie de l’aventure.

Dans la pièce vous avez évoqué le passage de Cervantès à Alger. En quoi cette référence est-elle importante ?

Pour Carlo Boso, l’adaptateur et le metteur en scène, semblait essentiel de rappeler cette genèse. Comprendre d’où vient cette œuvre permet d’en saisir toute la profondeur : Don Quichotte n’est pas seulement le récit d’un homme qui poursuit des rêves impossibles, c’est aussi le fruit d’une expérience humaine intense, née de l’épreuve, de l’enfermement et d’un immense désir de liberté. On associe souvent Don Quichotte à l’Espagne, mais on connaît moins les circonstances de son écriture. Miguel de Cervantès a commencé à concevoir cette œuvre après avoir lui-même vécu une captivité à Alger, une expérience qui a profondément marqué son regard sur le monde et sur la liberté.

Vous dites aussi que Cervantès a repris un auteur mauresque pour finaliser sa version finale. Le débat est-il réellement tranché ?

Oui, c’est un point fascinant de l’histoire de Don Quichotte. Dans le roman, Cervantès affirme que son récit est la traduction d’un manuscrit écrit par un historien arabe, Cide Hamete Benengeli. Il présente ainsi son œuvre comme s’il n’en était que le traducteur.

Les spécialistes s’accordent aujourd’hui à considérer qu’il s’agit avant tout d’un procédé littéraire imaginé par Cervantès. C’est bien lui qui est l’auteur de Don Quichotte dans sa version que nous connaissons. Cependant, ce choix n’est pas anodin. En inventant cette figure de Cide Hamete Benengeli, Cervantès joue avec les frontières entre fiction et réalité et rend également hommage à la richesse culturelle de l’Espagne de son époque, marquée par les héritages chrétien, musulman et juif. C’est un aspect de l’œuvre que nous trouvons particulièrement intéressant à partager avec le public.

La pièce a triomphé à Avignon lors de la dernière édition. Est-elle jouée ailleurs avant ?

Oui, ce spectacle a déjà eu un très beau parcours. Il a été créé au Mois Molière 2024 à Versailles, avant d’être présenté au Festival Off d’Avignon en 2024 puis en 2025. Au fil des représentations, Don Quichotte a voyagé bien au-delà de la France. Nous avons eu la chance de le présenter en Italie, en Bulgarie, en Moldavie, ainsi que dans de nombreuses villes françaises. Cette circulation internationale montre que les thèmes de l’œuvre dépassent largement les frontières : les idéaux de Don Quichotte, sa quête de justice et son regard sur le monde touchent des publics très différents.

C’est sans doute ce qui fait la force de ce spectacle : où qu’il soit joué, il trouve un écho auprès des spectateurs et rappelle que les grands classiques ont encore beaucoup à nous dire aujourd’hui.

La pièce a-t-elle été jouée ailleurs  ? Quelles sont les perspectives qui s’offrent à vous, après ce succès avignonnais.

Nous avons eu la chance de rencontrer de très nombreux programmateurs au cours de nos dernières représentations, et les retours ont été particulièrement encourageants. Plusieurs discussions sont en cours et laissent entrevoir la possibilité d’une belle tournée en France pour la saison 2026-2027, ainsi que de nouvelles dates l’été suivant. Rien n’est encore officiellement confirmé, mais nous sommes très enthousiastes et nous croisons les doigts pour la suite de cette aventure.

Souhaiteriez-vous jouer cette pièce en Algérie ?

Nous aimerions énormément présenter Don Quichotte en Algérie. Au-delà de la portée universelle de cette œuvre, ce serait un symbole très fort. Cervantès lui-même raconte que c’est au cours de sa captivité à Alger qu’est née l’idée de son chef-d’œuvre. Jouer ce spectacle là où cette inspiration a pris racine aurait, pour nous, une valeur artistique et historique toute particulière. Ce serait une manière de refermer, plusieurs siècles plus tard, un magnifique cercle entre l’œuvre, son histoire et le public.

Posez votre question à la rédaction

Votre question…

Prénom ou pseudo *

Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.

Votre question * 0/1000

Envoyer Annuler

Voir sur le site source